‹ Lettres à m. Panizzi, 1850-1870, publChapitre 4 sur 31 · M. Taylor était un ami de M. Panizzi · texte numérisé non relu

M. Taylor était un ami de M. Panizzi

cependant est presque terminée ; rarchitecte a eu le bon esprit de vous piller, mais ailleurs il a voulu perfectionner, et il s'est grossièrement fourvoyé. A chaque salle, il y a des marches à monter, ce qui indique peu d'intelligence des besoins d'une bibliothèque. Il y a des armoires trop hautes et des crémaillères insensées. D'ailleurs, on continue le catalogue lentement et dans les vieux errements.

Je suis allé vendredi à Saint-Cioud. On y dansait, mais fort tristement. L'impératrice avait les yeux gros. Elle venait d'apprendre la mort de la princesse Czartoriska, fille de la reine Christine. L'empereur voulait décommander le bal. Le roi a dit qu'il ne fallait pas faire cette peine aux dames. Madame de Lourmel et madame de Rayneval m'ont fort demandé de vos nouvelles, jyiadame de Lourmel s'attendait à recevoir votre portrait en échange du sien : voyez ce qu'il vous convient de faire. J'ai demandé quand on allait à Biarritz; mais la question était inconvenante, à ce qu'il m'a semblé. 11 parait que rien n'est encore décidé. Peut-être n'ira-t-on pas. Si on n'y va pas, c'est sans doute qu'on ira autre part ;

car vous savez que l'impératrice ne peut souffrir Saint-Cloud. Je ne serais pas surpris qu'on méditât quelque voyage, mais où ? Chilo sa?

Je ne doute pas qu'il n'y ait prochainement du tapage en Espagne. Le ministère est faible et n'a pas de généraux. On dit que le ministre de la guerre est une créature d'O' Donnell. Les Concha sont peu bienveillants pour le cabinet actuel. D'autre part, les progressistes ont pour chefs deux hommes qui ne manquent pas de talent, mais qui manquent absolument de scrupules , Prim et Olozaga. Il ne serait pas impossible qu'on proGtât de notre présence à Madrid pour nous donner le spectacle d'un pronunciamiento. La chose est assez drôle et vaut la peine d'être vue. J'espère que cela vous décidera à venir.

Parmi le petit nombre de bipèdes qui sont encore à Paris, on fait beaucoup de conjectures sur le voyage du prince Humbert. Il y a des gens qui disent qu'il vient pour la princesse *** et que le pape payera la dot de la mariée. Je ne crois pas à cela, mais vous savez que je suis sceptique.

Ce qui me semble certain et qui doit avoir donné naissance à ce canard^ c'est qu'on n'est pas con-

tent de Sa Sainteté. Montebello, qui est venu ici, en a conté de toutes les couleurs et dit qu'on lui fait faire un métier peu de son goût. Cette conversion du petit Cohen a mis Tannée de très mauvaise humeur et a fait aussi, je crois, quelque impression en haut lieu.

Adieu, mon cher Panizzi. On s'attend à ce que M. de Bismark jette sa Chambre par la fenèlre. La Prusse et TAutriche sont fort aigres Tune pour l'autre et les petits États très irrités; mais tout avorte chez ces gens-là. Si la France et l'Angleterre étaient bien unies, elles pécheraient de beaux poissons dans celte eau trouble.

Paris, & septembre 1864.

Mon cher Panizzi,

Pendant que vous êtes en villégiature, je tousse et j'étouffe. Il faut absolument qu*on me donne une maison de campagne au bord du Nil, si l'on veut que je vive. Mes contemporains de-

vraienl bien se cotiser pour me faire celte galanterie.

Vous m'avez fait rire avec votre indignation aristocratique, contre la possibilité d'une mésalliance dans la maison de Savoie. Je vous ai dit que je n'y croyais pas alors, et j'y crois encore moins aujourd'hui^ mais en ma qualité de plébéien, je ne trouverais pas la chose si terrible; je la trouverais même très avantageuse à ladite maison, si à de beaux yeux, et à une peau qui doit être fort douce, se joignait la dot que vous savez. Cela vaudrait la peine d'épouser une négresse.

Tout le monde croit qu'il va y avoir une insurrection à Madrid très prochainement, et peut-être une révolution. En Espagne, on n'obéit qu'à une grande épée, et il n'y en a pas dans le cabinet Mon. Elles ne manquent pas en dehors. Il y a 0' Donnell, Narvaez, les deux Concha et Espartero. Le ministre actuel de la guerre est un pauvre hère, créature dO'D'onnell, mais qui par lui-même ne peut rien. Si Prim et les progressistes, qui ont fait, comme il semble, de nombreuses recrues essayent d'un pronunciamiento, il

est possible que le cabinet aille à tous les diables et rinnocente Isabelle en même temps. Il y a à Madrid plus de vingt mille Français, artisans, industriels ou réfugiés, qui, un jour d'émeute, fournissent des professeurs de barricades très habiles, ainsi qu'on a pu le voir dans la dernière révolution. C'est à quoi aboutissent souvent les efforts pour faciliter les communications internationales. Chacun prend les maladies de son voisin.

Tout cela ne devrait pas vous empêcher d'aller avec moi en Espagne. Les étrangers n'ont rien à craindre dans ces occasions-là; ils voient les choses de près et se forment l'esprit et le cœur.

Je crois que M. Fould aura fort affaire pour remettre ensemble des collègues fort désunis. Quel parti prendra-t-K)n pour la session prochaine, résistance ou concession ; c'est ce que personne encore ne sait au juste, peut-être même celui qui décide en dernier ressort.

Les derniers discours de lord Palmerston me paraissent séniles. Solve senescenteml Cela ressemble aux dernières années de Louis-Philippe, n. 4

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lorsqu'il érigeait ses faiblesses en théorie gouvernementale. On dit que lord Russell a écrit de la bonne encre, de son encre particulière , aux Allemands ; ce qui n'est pas probablement le moyen d'arranger les affaires de ce côté.

Adieu, mon cher Panizzi; mille amitiés et compliments. Pendant que vous êtes à la campagne, écrivez ou promenez-vous.

Paris, 20 septembre 1861.

M. Childe, que je vous ai déjà présenté, vous expliquera pourquoi il s'est enfui de chez le roi Mausole. Il vous demandera sans doute votre recommandation auprès de sir Richard Maine.

Comme il est observateur et grand voyageur, et qu'il tient à connaître à fond what's that^ il voudrait bien voir, en compagnie de quelqu'un des plus solides policemen, les curiosités nocturnes

de Londres, et constater l'utilité des casques. Adieu, je vous écrirai avant de partir.

Paris, 32 septembre 18C4,

Mon cherPanizzi,

Que diles-vous du traité dont on vient de nous révéler Texistencc? A en juger par la fureur des cléricaux, lu chose leur déplaît extraordinairement. Le traité a plus d'un inconvénient, entre autres celui-ci ; que ni la France ni rilalie ne peuvent l'exécuter dans tous ses articles. Ce qu'il y a de bon, c'est que ce n'esl autre chose au fond qu'une signification faite au saint-père d'avoir à faire sa malle. C'est ainsi que le parti prêtre le prend ici. La légation d'Italie prétend que la chose est fort bien vue de l'autre côté des monts.

Cette affaire coïncidant avec le voyage de Schwalbach, on n'a pas manqué de dire : Ergo

propter hoc. — Je n'en crois rien. Le voyage tient plus probablement à des tracas intérieurs, très fâcheux, mais où la politique n'est pour rien. Vous savez la situation; ce qu'il y a de plus triste, c'est que les badauds se demandent ce qui a pu faire perdre patience à l'homme assurément le plus patient de ce siècle,

X. est à Schwalbach ; on dit qu'il va épouser mademoiselle ^*^, qui est un morceau un peu trop bon peut-èlre pour un garçon de son âge. On a le choix, en pareille position, de crever de bonheur en quelques mois, ou d'enrager à la fumée du rôti tout le reste de son existence.

Tous les Espagnols que je vois me garantissent, non pas une émeute, mais une révolution bien complète, sous fort peu de temps. Narvaez parait déterminé à pousser les choses à la dernière extrémité, et à rompre en visière avec tout le parti du progrès. Le retour de la reine Christine seul est un défi violent. Si Narvaez tient bien l'armée dans sa main, ce dont je doute, il peut comprimer la première émeute et ne succombera que par défaut d'argent, accident qui, d'ailleurs, est assez proche, à ce qu'il paraît. Mais l'armée

est-elle loyale? Narvaez a-t-il encore Ténergie qu'il avait à Ardoz? Tout cela me semble plus que douteux.

Le Times a fait, Tautre jour^ sur le Canada un article un peu bien lâche. Je trouve que le cabinet anglais en est venu au point où était arrivé Louis-Philippe sur la fin de son règne, de se vanter de sa couardise et de l'ériger en vertu. Il a grand tort, à mon avis ; il ne faut jamais trop se rabaisser, de peur qu'on ne vous prenne au mot.

Adieu, mon cher Panizzi. J'ai loué une maison à Cannes pour cet hiver, mais vous ne vous en souciez pas.

Paris, 2 octobre 1861.

Mon cher Panizzi,

Comment avez-vous trouvé votre Muséum et sa docte poussière, en revenant de respirer l'air des champs les plus aristocratiques? Vous avez dû

retrouver vos sensations d'écolier, lorsque vous rentriez au collège après les vacances.

Je compte aller à Madrid et y rester jusqu'au milieu de novembre, puis m'en revenir à Cannes, où j'ai retenu mon ancienne maison^ sans repasser par Paris, à moins, chose très improbable, qu'on ne me somme de revenir pour le 15 novembre. Je regrette un peu de manquer à mes habitudes et de ne pas fêter la sainte de ce jour; mais, d'un autre côté, j'ai besoin de prendre soin de mes poumons et le dernier séjour a été si triste, que je n'ai pas le goût de revoir les mêmes choses que vous savez.

Dimanche dernier, je suis allé à Saint-Cloud déjeuner, après avoir assisté au saint sacrifice de la messe. On m'a demandé de vos nouvelles comme toujours. Le prince a mal à ses dents de sept ans. Il est, d'ailleurs, en très bonne condition, ne grandissant pas beaucoup, mais prenant des muscles. L'impératrice est un peu souffreteuse à Schwalbach, dont elle se trouve bien, quoiqu'elle ait toujours des vomissements comme avant son départ.

Ce qu'on dit de contes et de bêtises au sujet

de ce voyage est prodigieux. Ce qui Test encore davantage, c'est que des gens sérieux et crus tels croient toutes ces bourdes qu'on débite. On parie entre autres d'une visite of her Majesty à mademoiselle *''*y pour la prier de ne plus demeurer à Montretout, attendu qu'on était affligé de voir sa maison des fenêtres de Saint-Gioud.

Il parait qu'il y a eu répression assez rude à Turin. Cent soixante personnes ont été tuées dont cinq soldats. Les rues sont droites, et les balles coniques vont loin. Il semble, d'ailleurs, que le ministère a été fort imprudent dans toute l'affaire et n'a rien fait pour éviter l'émeute en préparant un peu les esprits. A ce qu'il me semble, il n'y a que les exagérés des deux camps qui se plaignent du traité. Je crois qu'en l'exécutant de bonne foi, on rendra la place intenable pour le pape, qui^ d'ailleurs, mourra probablement avant le terme fixé.

Les changements ministériels qu'on attendait n'auront pas lieu. Drouyn de THuys a fait galamment le sacrifice de ses anciennes opinions, et il n'y a plus lieu de lui faire la guerre. Je ne sais quand la session commencera, probablement vers

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le mois de février. Elle s*annonce mieux que la précédente qui pourtant n'a pas été mauvaise. Thiers est devenu à peu près républicain, vraisemblablement parce qu*il espère être nommé président à son tour. Je le regarde comme enfourné dans une voie déplorable dont il ne sortira plus que par une catastrophe.

Un certain M. X., très connu à Paris, a été surpris l'autre jour avec des gamins habillés les uns en femmes, les autres en abbés, il y en avait un en évêque. On dit qu'il a pris la fuite.

Adieu, mon cher Panizzi ; je vous écrirai encore une fois avant de me mettre en route.

XXYII

Madrid, casa de la

Exma S* condeia del Montijo,

11 octobre 1864.

Mon cher Panizzi,

Me voici à Madrid depuis quelques heures seulement et, ne pouvant dormir, je vous écris. Ce voyage, en vérité, n'est plus une grande fatigue

comme autrefois. Plus de passeports et un chemin de fer assez bon qui vous mène de Bayonne ici en seize heures. Quand les employés sauront mieux leur métier, on pourra faire le trajet en dix heures.

Au point de Tue de la politique, les affaires sont meilleures vues de près que de loin. Le ministère Mon^ qui était une coalition, est tombé devant une autre coalition. Le cabinet Narvaez a Tair assez soUde^ et sa vieUle réputation d'énergie a fait de Teffet sur les ultra-progressistes tapageurs. Reste à savoir ce qu'il deviendra à Tuser et comment il se conduira devant les Cortès. Il a deux mois pour s'y préparer , et on a ici comme en tout pays constitutionnel des recettes pour faire parler dans les élections la voix du peuple : vox populi vox Dei. Narvaez flatte les journalistes et les gens qui aiment les places. C'est un assez bon moyen de réussir. De toute façon, je ne crois plus que je verrai un pronunciamiento de ma fenêtre.

En quittant Paris, vendredi dernier, j*ai vu notre amie de Biarritz. J'ai eu une petite conversation de quatre heures, dont vous pouvez deviner le thème. Elle avait besoin de sfogarsi. Tout est

fort triste, plus même que vous ne pouvez Timaginer, mais n'en dites mot à personne. J'ai donné de bons conseils, je crois, tout en me rappelant le proverbe : « Ne pas mettre le doigt entre Tarbre et récorce ; » mais je ne sais trop si on les suivra. ;

La comtesse est en meilleure santé que je ne m'attendais à la trouver. La campagne lui a fa(t grand bien et de'toute manière elle est mieux que Tannée passée. Elle vous regrette fort et vous ac^ cuse de n'être pas venu par suite de vos préjugés anglais contre TEspagne. J'ai eu beau l'assurer que vous étiez soufireteux, elle dit qu'un changement d'air aussi radical vous aurait fait grand bien, et que l'air de Madrid, après celui de Carabanchel, est le plus propre à guérir les rhumatismes invétérés.

Je n'ai fait que traverser Madrid, mais il m'a paru notablement embelli. Les boutiques sont très belles, beaucoup de maisons nouvelles, des arbres et de l'eau partout. Avec de l'eau et du soleil, on peut tout faire en ce pays-ci. Le changement qui m'a le plus frappé, c'est le costume des femmes^ qui se francise de plus en plus. Or il est aussi impossible à une Espagnole de porter un chapeau

LETTRES A M. PANIZZl S9

qu*à une Française de se coifler avec une mantille. Adieu, mon cher Panizzi. Vous ai-je dit, dans ma dernière lettre, qu'avec ce M. X., dont je TOUS parlais, la police avait attrapé M. Z., non moins connu. II y avait longtemps que je lui savais cette réputation-là. Comme il n'y avait pas de mineurs dans la réunion, il n'y a pas ma« tière à procès; car nos lois ne sont nullement bibliques, comme vous savez ; mais le scandale a été énorme. Notre ami le ministre avait reçu la veille M. Z. et était encore horrifié. Je lui ai dit qu'il prenait la chose trop au sérieux et qu'il ne fallait pas se plaindre de ceux qui s'abstiennent de nous faire concurrence.

Madrid, 24 octobre 1864.

Mon cher Panizzi,

J ai reçu votre lettre et je vois avec plaisir que vous n'allez pas trop mal et que vous résistez aux premiers froids. Je voudrais vous en offrir autant, mais je me suis horriblement enrhumé dans cette

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diable de campagne de Carabanchel, où nous sommes retenus par des malades. Nous en sortons enfin dimanche prochain pour nous établir à Madrid^ où je suis allé aujourd'hui pour me secouer un peu et voir le monde.

La comtesse que vous avez vue à Biarritz a un érysipële sur la figure. Vous savez qu'elle ne l'a pas médiocrement large, jugez ce que ce doit être à présent. II n'y a pas de potiron qui Tégale.

L'agitation des prochaines élections est grande en ce moment et on ne parle plus d'autre chose. Comme vous faites fi de la politique espagnole^ je vous régalerai d'un cancan qui pourra vous intéresser.

Il y a ici un Anglais, sir C..., lequel a pris pour femme une miss***. Il parait que^ soit à cause de la différence d'âge (il est vieux et elle jeune), soit à cause d'une grande inégalité de proportions, le mariage n'a point été consommé, ou l'a été imparfaitement. Il y a quelque temps pourtant que lady C... s'excusait de ne pas aller à un bal sur une fausse couche. Quoi qu'il en soit, elle est devenue amoureuse du duc de F... et elle a demandé le divorce pour

cause d'impuissance de son mari. Sur ce point, quelques filles de Madrid donnaient des renseignements pas trop désavantageux. Mais sir G... a plaidé ^m% et le mariage a été cassé, et sa femme, avec un certificat de virginité, vient d'épouser le duc de F... On Tannonce à Madrid, et on se demande si on la recevra dans le monde. Mais ce n'est pas la fin de l'aventure. Le duc de F... s'est brouillé avec sa sœur, une petite bossue très spirituelle qui est ducbesse d'U... Ils sont en procès pour des majorats et des titres. Or la duchesse d'U... a découvert que son frère était né avant le mariage de sa mère avec le dernier duc de F... Il est né en France et son acte de naissance, d'après les registres de l'état civil à Paris, constate le fait. Pour hériter de son père, il a produit un acte signé d'un curé, un extrait de baptême qui lui donne plusieurs années de moins qu'il n'en a en réalité. En Espagne, l'acte religieux suffît ; mais vous savez qu'il n'en est pas de même en France, depuis qu'on a retiré au clergé le soin de constater l'état civil des chrétiens. Vous voyez qu'un assez joli procès se prépare d'où il pourra bien résulter que miss *** perdra sa virginité,

mais ne sera plus duchesse^ grand malheur pour elle, dit-on, surtout parce qu'avec le duché s*en- Tole une fortune très considérable .

J'ai eu des nouvelles de Saint-Cloud meilleures que celles que je vous donnais. D'esprit et de corps, on va mieux. J'ai eu quelque inquiétude pendant un moment. A présent, tout est assez bien. Ici, on est très contraire au traité du 15 septembre. On a quelque envie de vouloir garder le saint-père. Hais il y a la question d'argent qui refroidit le zèle religieux comme en tout pays.

Adieu, mon cher Panizzi ; je pense quitter Madrid pour la Provence vers le 10 novembre.

Madrid, 12 novembre 1864.

Mon cher Panizzi,

Vous m'inquiétez avec votre abstinence de pain et de végétaux farineux, et je ne comprends pas trop ce genre de traitement. Auriez-vous quelques symptômes diabétiques? C'est aujourd'hui la grande mode, et nos médecins en trouvent par-

tout. Je connais une foule de gens qui se portent à merveUle et qu'on tourmente avec un régime. Ce qui vous guérirait plus que toutes les drogues , ce serait un repos un peu prolongé dans un pays moins froid et moins humide que celui que vous habitez. Le British Muséum ne pourrait-il se passer de vous pendant trois ou quatre mois ? Réfléchissez mûrement là-dessus et pensez que « le moule du pourpoint », comme dit Rabelais, est chose importante et qu'il faut s'en occuper.

Quoi qu'il en soit des tendresses de sir C..., il va partir pour Londres. Son ex-femme arrive aujourd'hui à Madrid. Hier, l'infant don Henrique a été mis dans un chemin de fer et dirigé vers les Canaries. Il parait qu'il a écrit à la reine des impertinences sur sa politique . Il a ensuite demandé pardon, mais on Ta eqvoyé promener. Vous savez peut-être que c'était un des candidats à la main de la princesse votre amie.

Hier, j'ai fait un diner de garçons avec des lorettes ; il y en avait une très jolie qu'on appelle Pepa la banderillera. On m'a présenté comme un évêque anglais chargé de convertir les catholiques. Le diner était exécrable, comme sont les dt-

mais ne sera plus duchesse^ grand malheur | elle, dit-on, surtout parce qu'avec le duché ' vole une fortune très considérable .

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ners d'auberge à Madrid et les filles assez bétes. La Pepa seulement avait des mots et des traits de férocité andalouse qui m'ont assez amusé. En ma qualité d'Anglais et d'évèque, j'ai remarqué que toutes ces dames n*ont bu que de l'eau. Sur le fait de la religion, elles m'ont paru très tolérantes, et elles m'ont dit qu'elles ne brûlaient pas de chandelles à saint François.

Toute originalité disparaît de ce pays-ci. Il n'y a plus peut-être qu'en Andalousie qu'on pourrait encore en trouver, et il y a trop de puces et trop de mauvais gttes, et surtout je suis trop vieux pour aller l'y chercher.

Il fait un temps d'une pureté admirable, pas un nuage au ciel ; mais il gèle toutes les nuits, et l'air est d'une vivacité telle, qu'on croit respirer des aiguilles. Le Guadarrama est tout blanc, et j*ai peur de geler en route.

On publie ici beaucoup de livres. Âvez-vous une édition de Don Quichotte imprimée récemment à Argamasilla par Ribadeneyra, deux gros énormes in-quarto ? Avez-vous eu en cadeau la Chro^ nique rimée cTAlonso XI? Cela ne se vend pas, c'est Sa Majesté qui le donne.

Adieu mon cher Panîzzi ; donnez-moi vite dcM nouvelles de votre santé. Cette abstinence de pain me chiffonne. Faites de Texercice vous vous en trouverez bien. Je vous quitte pour aller faire mes visites d*adieu.

Cannes, 27 novembre 1861.

Mon cher Panizzi,

Une occasion se présente d'avoir un vin assez extraordinaire. C'est du vin de Champagne léger qui ne mousse pas, rouge et qu'on peut boire avec de l'eau ou sans eau. Il rend gai et ne grise pas. Cela est incompréhensible pour des Anglais ; mais^ quand vous dînerez seul, je pense que vous en laisserez tomber dans votre œsophage une bouteille, avec quelque satisfaction. L'occasion étant chauve par derrière, calvus comosa frontey j'ai écrit à Du Sommerard de vous faire envoyer une feuillette de ce vin, en double fût, et avec toutes les précautions possibles ; il y en a environ cent dix ou cent quinze bouteilles. Quand vous en aurez goûlé^ vous m'en direz des nouvelles. Ne croyez pas qu'il

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