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nislre actuel de la guerre, tleuieure un place. De grandes dépenses seront nécessaires pour réorganiser l'armée et surtout pour reiiuuveler son armement en lui donnant des fusils à aiguille. Par suite de cela, je crains fort pour notre ami M. Fould, dont le système économi(|ue s'arrange mal avec la nécessité de payer cher et \ ile une grande quantité de fusils. Il trouverait, je pense, le moyen de faire les changements indispensables avec un peu de temps et sans emprunt, ni taxes nouvelles; mais oii veut ne pas attendre, et ne pas interrompre les travaux publics. D'un autre côté, il ne manque pas de gens qui l'attaquent en secret et ouvertement au;irès du maître. Il y a (juelque t'emps que je vois l'orage se former et grossir, et je l'ai averti. Je ne sais quelle résolution il prendra. S'il quitte le ministère, ce sera une chose très fâcheuse pour le gouvernement ; car il n'est pas facile à l'emplacer et les successeurs (|u'on lui donne déjà sont des plus ellrayants. Tout cela est fort triste. La session prochaine s'annonce assez mal et l'opposition auia beau jeu, à coup sur.
Je voudrais bien qu'à Uome les choses se passassent en douceur. Je sais que le gouvernement
italien et même Ricasoll ont les meilleures intentions du monde; m lis le pape fer.i tant de bêtises, il est si à court d'argent, et ses fidèles sujets sont tellement travaillés par Mazzini et consorts, que je ne vois pas moyen d'empêcher uue catastrophe. Elle aurait chez nous un retentissement du diable et augmenterait encore nos embarras.
Nous partons d'ici <limanche prochain, après le saint sacrifice de la messe, et nous serons le 22 dans la nuit à Paris. Je pense y rester au moins une huitaine de jours et puis prendre mon vol pour Cannes. 11 me paraît difficile qu'on aille à Compiègne cette année, car on a tant de choses à faire ! D'ailleurs, je suis bien déterminé à quitter pour cette année le métier de courtisan. Vous ne vous doutez pas combien il est fatigant.
Adieu, mon cher PaniÉzi; portez-vous bien et donnez-moi de vos nouvelles à Paris.
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Paris, 25 ociobre 18G(u
Je reviens à l'affaire de lady ***. Elle a tort, cela saule aux yeux ; mais permeltez-moi cependant de vous dire que vous attribuez parfois à méclianceté, de sa part, ce qui, à moi, me semble n'être que la sottise d'une pauvre femme livrée aux prêtres, ayant peur du diable, et prête à tout faire pour n'avoir pas affaire à lui. La dame a toujours prétendu aux grands sentiments et à l'effet. Je trouve qu'un juge impartial s'étonnera que vous vous en preniez à des mots de jargon de belle dame. Une femme en faisant l'amour dit qu'elle meurt. Tout cela n'est que forme de style. Le fond de l'affaire est celui-ci : Une amie que vous avez connue libérale, bonne enfant, philosophe, est devenue grincheuse, dévote outrée, vouée aux prêtres et à la racaille courtisanesque. Ce n'est plus la même fenmie, laissez-la.
A propos de différends, il paraît qu'il y en a eu
de graves entre Sa Majesté et notre ami Fould. Je pense que cela est raccommodé à présent, et j'y ai travaillé selon mes petits moyens. Il me semble que tout le monde y gagnera, particulièrement le maître.
Adieu, mon cher Panizzi. Je suis revenu ici en pas trop mauvaise santé, sauf un rhume qui est une mauvaise affaire pour moi. L'air de Biarritz est vraiment très bon. Je regrette de ne pouvoir en dire autant de la cuisine.
GII
Mon cher Panizzi,
Paris, 28 octobre 1866.
Je conçois parfaitement tout le chagrin que vous donne cette triste affaire. Elle me rappelle des souvenirs encore pénibles. Lorsqu'on perd l'estime qu'on avait pour un «îm/, et surtout pour une amie, cela vous gâte tout le passé. On n'a plus même les souvenirs du bon temps, qui n'est plus. Pourtant, je tiens toujours à mon opinion. Il me semble que vous attachez à des
phrases de mélodrame, une importance qu'elles ne méritent pas. Milady a élé toujours portée à la déclamation, et c'est, d'ailleurs, le défaut de la plupart des femmes. Tant qu'elles sont jeunes et jolies, cela ne va pas mal. On ne s'en aperçoit que lorsqu'elles vieillissent. Il y a une douzaine d'années qu'un malheur semhlahle au vôtre m'est arrivé. Seulement il n'y avait pas de politique et pas trop de religion dans ratîaire. J'en ai élé hoiriblenient affecté, d'abord pour le fait en lui-même, ensuite par l'indignation que me causait l'injustice avec laquelle on m'avait traité. Je me mets à voire place et je vous plains de tout mon cœur.
Je crois complètement arrangée l'alTaire de Foultl, ce qui me réjouit. La session ne sera pas des meilleures, à ce que je crains ; mais, sauf l'affaire du Mexique, il me semble qu'on pourra s'en tirer heureusement.
Je compte partir pour Cannes, dès que la crémaillère sera pendue dans mon logement, c'est-àdire d'aujourd'hui en huit, à peu près. Je ne serai donc pas à Paris quand M. Gladstone y viendra ; mais il verra sans doute M. Fould, qui
se fera un plaisir de le présenter. Si vous écrivez à M. Gladstone, vous pourrez le lui dire. Je suis persuadé que l'empereur aura beaucoup de plaisir à le voir.
On m'a fait^ dans un journal belge, successeur de Bacciochi, et, dans un allemand, minisire de l'inslruclion publique. Je ne réclamerai que lorsqu'on me fera évêque.
Adieu, mou cher Panizzi ; je suis bien fâché de vous savoir soulTranL Je voudrais vous édifier au sujet de Canne?; mais la place me manque, je reprendrai ce sujet à ma première lettre.
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Paris, 30 octobre 18GG.
Mon cher Panizzi,
Je vous l'ai dit dès le commencement, vous exigez beaucoup de lady "*. Une femme qui se convertit a peur du diable ; elle est menée dès lors par les gendarmes du bon Dieu, chargés de réprimer le diable, id est les prêtres. Vous
autres, pliiloso[>lies, vous êtes parfois trop sévères pour les dévots. Yous les trouvez méchants; ils ne sont que faibles. Il faut peut-être se tenir à distance d'eux, mais ne pas les juger comme vous jugeriez un philosophe, votre confrère. Enfin, ce qui est fait est fait. Le temps adoucira tout.
J'ai fait ma visite d'adieu à Saint-Cloud. J'ai trouvé le maître de la maison en excellente santé et très gai, madame aussi. Le prince impérial était aussi très gaillard. Il est probable qu'il n'y aura pas de Compiègne cette année.
j\Iiss Lagden et mistress Ewer sont parties ce soir pour Cannes. Elles me chargent de vous dire, une fois pour toutes, que vous y seriez le bienvenu et qu'elles auraient soin de vous comme de moi. J'ajouterai que nous avons à noire disposition le docteur Maure, qui est un bon médecin et des plus dévoués ; qu'il y a, de plus, un médecin anglais et un italien, le docteur Buttura, tous les deux intelligents, outre le soleil, l'air de la moi-, la vue des bois et des Alpes, et de très bonnes selles de moutons. Des fiacres pour les gentlemen qui ne veulent pas se promener à pied ; des barques pour voguer sur le golfe presque
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toujours uni comme une glace ; la présence d'Edouard Fould et de sa cuisinière, artiste sublime, et des grives aux baies de myrte^ chez le docteur Maure, complètent le tableau de Cannes. Le drawhack est l'absence de belles dames, peu ou point de soirées, et manque absolu de livres.
Adieu; portez-vous bien et soit^nez-vous. J'ai prévenu M. Fould du passage de M. Gladstone. Non seulement il fera plaisir à M. Fould en allant le voir, mais je crois qu'il lui ferait de la peine en n'y allant pas.
Paris, 2 novembre 18G6.
Mon cher Panizzi,
Yoilà le pape en train de faire des bêtises. C'était à prévoir: comme un prunier pousse des prunes, tout de même, uu niais fait des niaiseries. Il parle de fuite lorsqu'il n'est plus question de le mettre à la porte. Il a le goût du martyre, mais où ira-t-il? Je ne puis pas Irop concevoir que le gou-
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vernement anglais ait un intérêt quelconque à attirer le pape à Malte. Autant vaudrait introduire des rats dans sa maison. Pourtant, ici nos politiques de l'opposition croient que M. Odo Russell travaille à cela depuis plusieurs auuées, et ils disent que ce serait un grand malheur pour la France. Pour moi, je tiens que le grand malheur serait si Sa Sainteté venait chez nous. Ce serait assurément un hôte très incommode. Je ne me représente pas trop ce que M. Gladstone est allé lui dire. Probablement la conversation a été plutôt littéraire que poliliiiue.
Je vois ici quelques Anglais très elîrayés des progrès que fait la réforme en Angleterre, entre autres lord Cowley. Yoiis vous rappelez qu'il y a longtemps que nous notions les progrès de la démocratie dans votre pays. Aujourd'hui, ce n'est phis par des fentes qu'elle se glisse, elle fait des brèches, et Dieu sait où elle s'arrêtera. Il me semble voir des enfants qui jouent avec des allumettes phosphoriqucs dans un bâtiment plein d'étoupes.
Je suis désolé de la mala.lic de lord Ashburlon ; dit-on qu'il y ail quelque espoir de guérison ou s'il y a danger de mort? Ce serait une sorte d'es-
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poir aussi. Je plains sa pauvre femme de tout mon cœur. L'accident arrivé à votre ami au club est bien moins triste. Après un boulet de canon, qui vous tue glorieusement, c'est assurément ce qui peut arriver de mieux à un honnête homme. Je trouve qu'il n'y a rien de si embêtant que la douleur et, quand ou peut l'éviter^ c'est un grand point. Bien entendu, qu'on ait le temps de dire un m manus, ou qu'on ait dans sa poche une absolution in articido mortis de notre saint-père.
Pour quitter ce vilain sujet, je suis charmé de voir que vous ne faites pas tout à fait fi de mes gigots de Cannes. Nous allons nous mettre en quête d'un appartement convenable à votre grandeur avec un Avater-cluset, comme vous dites si chastement, à proximité. La fréquentation des Anglais a beaucoup augmenté votre modestie naturelle. Vous rappelez-vous des maisons à Rome, où le watercloset, sans icater et sans clôture, est sur l'escalier^ le trône caché par un rideau très court, en sorte qu'on voit les jambes de la personne assise? Je me souviens d'avoir vu de très jolies jambes de cette façon, et je fus si bête, que je hâtai le pas.
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Adieu, mon viher Panizzi; portez-vous bien et soignez-vous. On dit qu'on va vendre la collection Blacas. Le Brilisli Muséum est-il en fonds pour acheter? Il v a de bien belles choses.
Paris, 7 novembre 180G.
Mon cher Panizzi,
Je reçois votre lettre, qui me fait beaucoup de peine pour beaucoup de raisons ; la première, à cause de vous ; la seconde, à cause de moi ; la troisième parce que je vois avec chagrin votre nature originale modifiée, et permettez- moi de le dire, un peu pervertie par le contact des Anglais. Rien n'est plus désagréable que d'avoir cette maladie peu poétique qu'on appelle la courante ; mais se rendre malade pour la dissimuler serait la pire chose du monde. Il est possible, je pense, de remédier à cela. Je ne sais si je vous ai donné un remède arabe, dont nos gens se trouvent très bien en Afrique. On met dans un bol de la gomme arabique pulvérisée, une once ou une demi-once, et
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on y ajoute de l'eau, goutte à goutte, de manière à eu former une pâte assez épaisse, qu'on avale. Joignez-y un peu de sucre, si vous voulez. Cela opère de deux manières : médicalement et physiquement. Cela calme l'inflammation du tube intestinal, et cela le revêt d'une sorte de couche solide qui le met à l'abri des irritations pendant quelque temps. Je sais force officiers qui s'en sont trouvés merveilleusement. Permettez-moi d'espérer, mon cher ami, que vous ne renoncez pas tout à fait à vos projets et que vous vous appliquerez à concilier Vutile dulci, les soins de votre ventre et ceux de votre santé générale. J'ai d'assez mauvaises nouvelles de Rome. Il parait qu'on s'agite beaucoup. Le pape, de son côté, ne manque pas une sottise, à faire ou à dire. On paraît craindre que, aussitôt après le départ du corps d'armée, il y ait une révolution. C'est l'espoir des mazziniens, et il y a, dit-on, à Rome, un parti qui y pousse. On prétend ici que Ricasoli y aide de tout son pouvoir, tant parce que c'est son opinion, que par esprit d'hostilité personnelle contre l'empereur. Il me semble qu'il y a un peu d'exagération.
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S'il arrivait quelque catastrophe, cela nous mettrait dans la position la plus difficile et la plus dangiM"euse; car il est triste de le dire, mais c'est la vérité, le papisme est ici presque général. Yoltaire a fait uu fiasco solenne, et l'iufâme est plus puissant que jamais. Vous noterez que toutes les inspirations déplorables qu'on donne au pape lui vienneut de France.
Adieu, mon cher Paiiizzi; donnez-moi promptementde vos nouvelles. Je pars ce soir. L'impératrice est très enrhumée; l'euipereur est parfaitement bien.
CYI
Cannes, 18 novembre 180G.
Je connais votre maladie et je la crois très remédiable. Il vous faudrait de deux choses l'une : ou bien un médecin, homme d'esprit et assez patient pour vous écouler souvent sur le sujet gastrique. Gela ne se rencontre que très rarement, les docteurs habiles ne donnant pour l'ordinaire leur attention qu'à des cas graves. Ou bien, il
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faut êlre votre médecin à vous-inèiue, à rexomple de votre compatriote Tibèi'e, empereur calomnié par ce polisson de journaliste nommé Tacite. Il s'agit, et cela vaut la peine qu'on y réfléchisse très sérieusement, de rechercher par des expériences, ce qui convient et ce qui ne convient pas à votre estomac. Essayez d'abord de boire à vos repas de Teau de Saint-Galmier ou de l'eau de Condillac. 11 est très probable que vous vous en trouverez bien. Essayez encore de prendre un peu de carbonate de soude, avant de manger. Enfin, essayez encore quelque chose de plus simple, c'est de changer les heures de vos repas.
Soyez convaincu qu'après un mois d'étude, vous aurez trouvé le régime qu'il vous faut suivre, et alors ce n'est plus qu'une affaire de fermeté pour persévérer et ne pas manquer à la loi qu'on se sera prescrite et dont on ne doit jamais s'écarter sous peine de retomber dans la série des petits maux innoniés, qui sont, en réalité, très lamentables, bien qu'd ne se trouve personne pour vous plaindre.
Je désire beaucoup que ce que vous me dites
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de Ricasoli soit vrai; je croyais qu'il avait une (lent contre nous et particulièrement contre l'empereur. Il est bien naturel qu'il agisse clans l'intérêt de son pays ; la seule chose qu'on puisse lui demander, c'est de ne pas susciter gratuitem-ent des embarras aux autres, sans avantages pour lui-même.
Autant qu'on en peut juger par les dernières nouvelles, il semble, au reste, que le gouvernement italien soit bien d'accord avec le nôtre sur la question romaine. Il veut empêcher qu'il n'y ait du tapage à Rome tant que le pape vivra, et c'est, je crois, ce qu'il faut souhaiter pour la France et pour Tltalie.
Vous savez quelle est ma façon de penser sur le pape et les prêtres. Je déplore tous les jours que François I" ne se soit pas fait protestant. Mais, puisque nous avons le malheur d'être catholiques, il nous faut dix fois plus de prudence pour vivre en paix. Si une excitation religieuse venait s'ajouter à tous les ferments que nous possédons, nous irions assurément et très rapidement à tous les diables. Le pouvoir de ces gens-là est encore immense, malgré Renan et tous les philosophes, et
ils ont encore bien des couleuvres à nous faire avaler.
Adieu, mon cher Panizzi. iMédilez la partie médicale de ma lettre. Veuillez vous souvenir, de plus, qu'il y a dans le monde une petite ville nommée Cannes, où, depuis huit jour.-;, on ne voit guère un nuage, et où il fait presque trop chaud; où enfin il y a des gigots de mouton excellents que nous serions charmés de vous faire manger.
CYII
Cannes, 29 novembre 186G.
Mon clier Panizzi,
J'espérais que nous achèterions la collection Blacas. Je trouve que vous la payez cher; mais, à tout prendre, vous faites une très bonne affaire. Vous n'aviez rien de très beau en fait de camées et de pierres gravées, et vous gagnez un certain nombre d'objets admirables, quoique plusieurs des signatures des pierres gravées soient fausses (ceci inter nos). Les vases ne sont guère remar-