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risme qu'on avait retenu. Ace propos, il m'arrive une drôle de chose : M. Rouher, hier, m'a demandé si on m'avait dit quelque chose qui me concernait. « — Rien ; qu'est-ce? — C'est qu'on vous donne la plaque de grand officier. Il paraît qu'on veut vous faire une surprise. » J'ai été un [leu stupéfait. Puis j'ai dit que j'étais très sensible à l'honneur et à la marque de bienveillance, et j'ai ajouté : « Ne vaudrait-il pas mieux cependant faire un emploi plus politique de cette distinction? Cela ne changera rien à mon dévouement. Cela peut en donner à d'autres. De plus, je suis le plus oisif et le plus inutile des hommes. Je me considère comme très heureux. Je vis dans mon trou et dans ma robe de chambre ; que ferais-je d'une plaque? » Là-dessus, on m'a dit des banalités obligeantes et fait promettre le secret. L'impératrice ne m'a rien dit, et je n'ai pas osé broach the niatter. Margaritas aute porcos. Qu'en diles-vous? Adieu, mon cher Panizzi. 11 fait un temps atfreux, très mauvais pour l'agricultuie.
SaintCloud, 19 août 1806.
Mon cher Panizzi,
Je suis toujours ici et je n'en ai bougé, le IS août moins que jamais. L'imijératrice a regretté que vous ne fussiez pas venu passer la matinée avec elle et souhaiter la fête à l'empereur et au prince . Elle vous en voudra fort et vous menace d'une apostrophe à la seconde colonne du Tbnes si, en repassant, vous ne venez pas lui faire visite à Paris. L'empereur est beaucoup mieux ; voilà deux jours (^u'il sort et se promène. Il a repris son train de vie ordinaire, quoiqu'il soit encore repris de temps en temps de petites atteintes de lièvre. Je pense qu'un peu de chaleur aidant, il serait tout à fait bien.
On est toujours fort pacifique. Je ne pens e pas que, de votre côté, on iusiste pour quelques lopins de montagnes. L'important e.^t d'avoir une frontière stratégique. Quelques années de paix vous feront plus puissant qu'une guerre qui vous dou-
lierait quelques lieues de territoire contesté et contestable. D'ici à longtemps, je crois que le ci-devont empire ne vous gênera pas. Il est disloqué par la guerre et probablement la paix le disloquera encore davantage. La grande alïaire est de mettre de Tordre dans les finances et d'approprier aux mœurs italiennes les institutions militaires de la Prusse, qui paraissent aujourd'hui le 10 xxXov. Nous avons, nous, bien des réformes à faire de ce côté-là, et beaucoup à apprendre. Avec l'amour de la routine qu'on a dans ce pays, la chose ne sera pas très facile.
Je suis invité à Biarritz, si Biarritz il y a, ce qui dépend de plusieurs futurs contingents. Pourtant il est fort probable que, vers le commencement de septembre, je ferai l'ornement de la terrasse que vous connaissez. Le temps est redevenu, sinon tout à fait beau, du moins tolérable, et nous faisons de grandes promenades à pied et en voiture.
Hier, nous sommes allés donner des prix aux fdles de sous-officiers décorés, qu'on élève aux Loges, près de Saint-Germain. Elles ont chanté très faux et nous ont montré des exemples d'écriture et des livres tenus en partie double. Il
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y en avait deux cent douze presque toutes laides. Sa Majesté en a embrassé une, et le courage lui a manqué pour les deux cent onze autres. Le prince a remis de sa main les prix aux lauréates, avec un sérieux et un aplomb admirables.
Le soir, on lit et on cause. Nulle étiquette. On dîne en redingote. Nous sommes menacés d'un gala et d'un dîner avec Sa Majesté mexicaine. On lui donnera à manger; mais je ne crois pns qu'elle obtienne de l'argent ou des troupes. Je ne serais pas surpris si, d'ici à peu de mois, Maximilien abdiquait. Viendrait alors la république, ou plutôt l'anarcbie, suivie de près, je pense, par les Yankees, la Lynch Law et une colonisation anglo-saxonne. On me fait chercher pour la promenade, je n'ai que le temps de vous serrer la main. Adieu, mon cher Panizzi. On m'a donné la plaque en question, ou plutôt la patente.
XCY
Paris, 28 août 186G.
Mon cher Panizzi,, Hier, j'ai quitté Saint-Cloud pour venir prendre
mes derniers arrangements avant Biarritz. J'ai laissé tout le château en bonne santé. Il n'y a plus personne à Paris, tout le monde est en villégiature ou bien aux conseils généraux. Par conséquent, on ne fait pas de politique.
L'impératrice du Mexique est partie très peu contente de sa visite à Paris, et particulièrement furieuse contre M. Fould, à qui elle a demandé de l'argent et qui n'a pas voulu lui en donner. Elle va à Miramar, probablement pour y préparer son installation. Personne ne doute qu'elle n'y soit bientôt rejointe par Maximilien, qui ne se soucie pas d'attendre à Mexico le départ des troupes françaises. Le mari et la femme paraissent irrités contre le maréchal Bazaine. On prétend qu'il veut être, lui aussi, empereur ou président du Mexique, et il y a des gens qui croient la chose faisable, tout étant possible chez ce peuple-là. Si j'en juge par les échantillons que j'ai vus à Saint-Cloud, ce sont des mammifères plus voisins du gorille que de l'homme. Les Yankees seuls parviendront à les dompter au moyen de la Lynch Laiv et des procédés civilisateurs qu'ils savent pratiquer. Pourquoi a-t-on rappelé Mazzini ? Ici, cela n'a
pas fait un bon effet. On s'attend à de sérieuses difficultés au sujet de Rome. Est-il vrai que le pape et Antonelli lui-même soient devenus plus traitables? Dites-moi dans quel état vous trouvez les esprits et si on pense à constituer plutôt qu'à défaire? Lorsque j'ai parlé à mon hôte de Saint-Cloud du cadeau qu'on allait lui faire « d'objets d'art enlevés à Venise », il a daigné rire beaucoup et a demandé de qui je tenais la nouvelle? En ce qui nous touche, il n'y a pas un mot de vrai et je doute beaucoup du reste. Les Autrichiens sont bien plus curieux d'argent que de tableaux, et c'est, je pense, ce qui sauvera les Titien et les Paul Véronèse de l'Académie de Venise.
J'ai dîné samedi, en culottes courtes, avec la princesse *** et son époux. Elle ressemble beaucoup à la reine; mais elle a des jambes, elle est très jeune et a l'air aimable. Le consort a l'air de n'avoir pas inventé la poudre. L'empereur était in fiocchi^ avec la Jarretière au genou. Le petit prince a été très aimable et a fait une cour assidue à la princesse.
Nous venons d'avoir trois jours de beau temps.
Aujourd'hui, un orage a ramené la pluie. Je n'ai jamais vu de plus triste été; j'espère que vous êtes mieux traités de votre côté des Alpes. La princesse Matliilde est à Belgirate sur le lac Majeur jusqu'à la fin de septembre. Elle dit qu'elle espère vous voir, si vous passez dans son voisinage.
Adieu, mon cher Panizzi; portez-vous bien et ne m'oubliez pas. Dites-moi candidement où vous aimez mieux vivre, en Italie ou en Angleterre?
XCYI
Biarritz, 8 septembre 18GG.
Mon cher Panizzi,
La paix durera- t-elle, et que fera-t-on du côté de Rome? Ici, comme vous pouvez bien vous le représenter^, nous ne savons absolument rien. L'aflaire même de la démission de M. Drouyn de Lhuys est demeurée pour nous à l'état de mystère. Ce qui me paraît probable, c'est que nous allons quitter Rome, et qu'il va en résulter un cri de douleur parmi tous nos dévots. Que vont faire vos volontaires? Je n'en sais rien. Le mieux
serait de demeurer tranquille et de laisser le malade mourir de sa belle mort, accident qui me paraît à peu près inévitable, tandis que la plus petite persécution peut lui rendre un peu de vigueur. C'est toujours le cas avec les femmes elles prêtres.
Nous avons ici une chaleur assez forte avec des orages, qui ne rafraîchissent l'air que pour quelques heures. On attend l'empereur, la semaine prochaine, ainsi que la reine d'Espagne, qui viendra nous faire visite avant de retourner à Madrid. Madame de Lourmel est à la villa et se rappelle à votre souvenir, ainsi que Varaigne. Nous mangeons force ceps à l'ail et des pêches gigantesques; nous allons nous promener le long de l'Adour; enfin nous menons une vie très confortable et très peu agitée.
Je lis, lorsque je ne dors pas, un livre dont malheureusement je n'ai qu'un volume. C'est Burchard, qui parle beaucoup trop du cérémonial et pas assez des mœurs privées et publiques. A ce propos, comment faire pour me procurer l'ouvrage complet?
Adieu, mon cher Panizzi ; soignez-vous et ne
VOUS persuadez pas que vous ne pouvez vivre qu'à Londres. J'espère que la plage de Cannes ne vous effrayera pas et je vous garantis qu'elle vous fera du bien.
XCYII
Biarritz, 14 septembre 18GG.
Mon cher Pauizzi,
Il est question d'une ascension à la Rune pour demain en très (trop !) nombreuse compagnie J'espère que nous en reviendrons sans jambes cassées. L'empereur ne paraît pas très pressé de nous joindre. Tantôt on nous annonce son arrivée, tantôt on la renvoie aux calendes grecques. Pour ma part, je voudrais bien le voir ici ; car, sans nous amuser beaucoup, nous ne sommes pas aussi sérieux qu'il convient à des gens aussi respectables que nous tous. Malgré tout ce qu'on peut dire contre les bhœ stokings, ils ont du bon et c'est une grande ressource pour passer le temps. Bien que je m'acquitte assez honorablement de mon métier de courtisan, je me sens pris parfois d'idées à la Briglit, et j'ai envie de m'en
aller vhie en homme libre dans quelque auberge au soleil. On nous annonce la grande duchesse Marie de Leuchtenberg, qui va peut-être nous apporter un peu d'étiquette, quoiqu'elle s'en dispense aussi chez elle, en voyage du moins.
Le premier volume de Burchard, le seul que j'aie, est ennuyeux. C'est un long cérémonial oij se trouvent çà et là quelques bons traits, comme, par exemple, qu'on enterra le pape Innocent YIII sans chemise, parce qu'on lui avait volé celle qu'il avait en mourant.
Adieu, mon cher Panizzi ; soignez-vous, soyez patient et sage, et donnez-moi de vos nouvelles.
Biarritz, 2l septembre 18C6.
Mon cher Panizzi,
Ce que je vous ai dit au sujet des bas bleus m'était suggéré par le goût que je déplore chez une personne que j'aime, pour des amusements peu intellectuels. La raison est que l'éducation n'a
pas été assez littéraire. L'avantage île la littérature est de donner des goûts nobles, qui deviennent de plus en plus rares dans ce monde sublunaire.
L'empereur est tout à fait bien ; il arrive aujourd'hui. Je ne pense pas qu'il ait été jamais sérieusement souffrant ; mais la nature de son indisposition est de rendre triste et morose. Il n'est jamais très gai, et vous savez qu'un dérangement du tube digestif produit sur l'économie un grand effet, mais, je le répète, maintenant, tout va bien.
Nous sommes partis pour la Rune, lundi dernier, par une pluie battante. Nous avions pris une grande résolution. Arrivés à Sare, chez Michel, le temps s'est éclairci et le soleil a brillé par moments au milieu des nuages. Cependant Michel nous a dit que l'ascension était impossible, et il nous a menés voir des grottes très curieuses à deux lieues de Sare. Nous étions vingt-cinq à cheval et six femmes en cacolets. Bien entendu qu'il y a eu des cacolets cassés et des culbutes. Une des grottes est le lit d'un grand fleuve souterrain, orné de chauves-souris, de stalactites, etc. L'autre, qui porte le nom harmonieux de Sagarra-
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murdo, est un magnifique tunnel naturel, avec une rivière au milieu, de proportions gigantesques. Michel avait amené là une douzaine d'orphéonistes qui ont chanté en chœur, accompagnés par une espèce de flageolet très aigu, des airs basques d'un caractère très original, qu'ils ont terminés en criant : Viva Imperatrisa ! Un orage nous attendait à la sortie. Nous avons été trempés jusqu'aux os ; mais il y avait bon feu chez Michel et d'excellent sherry, dont probablement il avait oublié de payer les droits. A minuit, nous rentrions à la villa et nous nous mettions à table.
Le lendemain, personne n'était enrhumé. Une dame se plaignait d'avoir un noir au genou, une autre d'avoir été endommagée par la chute d'un cacolet, dans une autre partie du corps. Je n'ai rien pu vérifier. Il est probable que je resterai encore ici une semaine.
Adieu, mon cher Panizzi. Puisse saint Antoine, votre patron, vous préserver de toute maladie, et des tentations du malin I
Biarritz, 3 octobre 18G6.
Mon cher Panizzi,
Nous sommes toujours ici et on ne parle pas encore de retour. L'empereur est bien, et son indisposition, ou plutôt la série de ses indispositions, n'a jamais eu un caractère grave. Il est fort préoccupé de bien des choses qui apportent chacune leur contingent d'embarras : le Mexique, la Yénétie, l'Allemagne, le pape, les inondations, la mauvaise récolte et les fusils à aiguille. Tout cela est à solder à la fois, et je crains que la prochaine session ne soit difficile. M. Fould est ici et paraît content de l'état des finances. Il prétend même qu'en faisant des économies, sur bien des inutilités, il se fait fort de trouver de l'argent pour les choses sérieuses et utiles.
J'ai lu dans le Times une lettre très curieuse sur l'insurrection de Païenne. Le respect pour la propriété et la continence des insurgés est inexplicable. Cela m'a rappelé les barricadeuis de
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Paris en 1848, qui n'ont ni pillé ni violé, bien que ces deux manières de se divertir dussent être bien agréables à des gens qui avaient à peine des chemises. Avez-vous quelque donnée sur les affaires de Palerme et sur les auteurs du mouvement, qui paraissent avoir échappé? Je vois aussi que Mazzini a été élu député à Messine, ce qui ne me plaît guère.
Je suis fâché de ce que vous me dites de lady ***. Elle a tort sans doute et la peur du diable l'a rendue plus bête qu'il n'e^t permis ; mais il faut passer beaucoup à de vieux amis et ne pas s'apercevoir de toutes les sottises qu'ils font, surtout quand on ne peut ni les empêcher ni les réparer. Je vous en parle avec d'autant plus de connaissance de cause, que je pratique souvent l'avis que je vous donne. 11 faut plaindre lady *** d'être tombée en mauvaises mains, mais ne pas l'abandonner tout à fait. Un jour donné, vous pourriez lui être utile^ et, si vous cessiez tout à fait de la voir, vous le regretteriez peut-être, s'il lui arrivait malheur.
Les journaux me remplissent d'inquiétude au sujet de ma cave, qui doit avoir été envahie par la Seine. Comment mon vin se sera-t-il comporté
au milieu de ce désastre? Je n'en reçois aucune nouvelle. Heureux mortel, qui possédez des caves aussi vastes que les souterrains de Persépolis, et remplies !
Le temps se remet lentement, mais il se remet. Avant-hier, notre auguste hôtesse, madame de Lourmel et une autre dame, étant à batifoler sur les rochers auprès du phare, ont été surprises par deux furieuses lames. Elles prétendent n'en avoir eu qu'au-dessus des jarretières. J'étais à quelques pas d'elles et j'ai eu grand'peur qu'elles ne fussent emportées. Si elles avaient essayé de courir sur les rochers couverts d'herbes humides, elles seraient tombées, et alors il y aurait eu une drôle d'oraison funèbre à faire. Toutes me chargent de leurs souvenirs et de leurs compliments pour vous. Je ne pense pas que nous soyons de retour à Paris avant le 10 de ce mois.
Adieu, mon cher Panizzi; portez-vous bien.
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Biarritz, 17 octobre 1866.
Mon cher Panizzi,
Nous employons très activement le temps qui nous reste et nous faisons tous les jours d'assez longues excursions. L'empereur a repris son activité, et, ce qui vaut encore mieux, sa gaieté.
Nous avons fait hier en chemin de fer, en voiture et à pied, une promenade de six heures dans le voisinage de la Rune. A ce propos, je vous dirai que, sous peu, votre grand exploit équestre perdra beaucoup de son mérite aux yeux de ceux qui n'auront pas connu cette montagne. Elle est traversée par une route et on pourra bientôt arriver en voiture jusqu'à son sommet; c'est-à-dire qu'on a fait une route, de Saint-Jean de Luz à Sare, des plus pittoresques et pourtant des plus douces pour les bêtes et les gens.
Je pense que le retour à Paris sera marqué par de grands remue-ménage ministériels. II me semble impossible que le maréchal Randon, le mi-