‹ Lettres à M. Panizzi, 1850-1870. PubliéesChapitre 16 sur 33 · U2 LETTRES A M. PANIZZI · texte numérisé non relu

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c'est-à-dire avoir précisément les vues ambitieuses qu'on prête à l'empereur et qui alarment tant l'Angleterre. Vous conviendrez qu'elle n'aurait pas obtenu un bien grand résultat. Il me semble que la seule politique possible aujourd'hui, c'est de temporiser, de tâcher de calmer les ardeurs de l'Italie et de lui donner le temps de se consolider et de s'organiser.

A mon avis, Garibaldi a compromis gravement la cause italienne, d'abord par une agression qu'il est impossible de défendre, à moins de démentir tous les principes du droit de l'Europe ; puis en montrant au monde le fantôme de la Révolution. Si, après la conquête de la Sicile, il s'en fût tenu là, il aurait peut-être compromis assez son gouvernement, mais le mal ne serait pas aussi grand qu'il l'est aujourd'hui. Pour des gens impartiaux et surtout pour ceux qui ne connaissent pas parfaitement l'Italie, ce qui se passe à Naples est le comble de l'abomination. On prend les États d'un prince qui se défend et qui a encore une armée fidèle, au nom de qui les paysans s'insurgent. On fait des élections à la sincérité desquelles personne ne croit. Enfin, et

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c'est le pire de tout, on voit le parti révolutionnaire dominer Cavour et Victor-Emmanuel, et l'on craint, ou plutôt on ne doute pas, que, dans un temps peu éloigné, il ne le pousse à des extravagances.

La situation de la France est très compliquée. Nous ne voulons pas qu'on intervienne en Italie, mais nous ne pouvons admettre les principes posés par Garibaldi. Nous ne voulons ni de la révolution ni des Autrichiens. Que faire? S'allier avec le Piémont, c'est se mettre à la suite de la révolution. Prétendre le dominer, c'est accepter le métier de gendarme et se mettre à la suite de l'Autriche.

Adieu, mon cher Panizzi ; mille amitiés.

Paris, 4 novembre 1860.

Mon cher Panizzi,

Yoici une lettre qui répond à vos questions. Je vous dirai confidentiellement qu'on n'a pas ici le moindre doute que, dans fort peu de jours, Gaëte

ne soit rendu et qu'on agit même dans ce sens. Les vaisseaux français emporteront le roi où il voudra aller.

On vient de me dire d'une assez bonne source <iue lord John avait écrit ici afin que M. de Persigny assistât au banquet d'installation du lord maire, où lui, lord Jolin, devait dire quelques mots sur ralliance dans iiu sens agréable aux deux pays.

La Russie nous cajole fort. L'empereur Alexandre, ou plutôt Gortchakof a remis à l'empereur François-Joseph un mémorandum dans lequel il lui conseille très fortement de ne pas attaquer et de ne se mêler en rien de ce qui se passe en Italie. Dans le cas où il serait attaqué et que la fortune des armes lui fût favorable, qu'il ne pensât pas à reprendre la Lombardie; que ce qu'il aurait de mieux à faire serait de demander l'exécution du traité de Zurich ; surtout qu'il se gardât de montrer la moindre velléité de revenir sur l'annexion de la Savoie et de Nice. Kisselef, ici, est tout miel et tout sucre. Il est évident que la situation de l'Orient nous vaut toutes ces avances, et que les agents russes voient les choses sous un tout

autre point de vue que Henry Buhver, si tant est que Buhver les voie ainsi, ce dont je doute très fort.

Adieu, mon cher Paiiizzi. Je pars demain pour la campagne, où je resterai cinq ou six jours ; suite de l'aventure dont je vous ai parlé.

P. -S. Vous avez vu la lettre de M. de Grammont. Il a demandé l'épreuve du Jounial de Rome, et, au lieu de supprimer les mots : par la force, on avait mis : en adversaire. Il a réclamé, et Antonelli a fini par avouer que cette variante était de la main même de Sa Sainteté. Comment trouvezvous cela ?

LU

Paris, dimaache 11 novembre 1860.

Mon cher Panizzi,

J'ai vu ce matin M. Fould; il m'a dit, ce que je savais déjà : c'est qu'il ne vous accusait nullement. Ses reproches s'adressent à vos interlocuteurs et non pas à vous. Tranquillisez-vous complètement sur ce point.

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On dit qu'il y a eu liier de bons discours au dîner du lord maire. Ici, Ton en paraît satisfait.

On s'attend de moment en moment à l'évacuation de Gaëte par François. Tout le monde le lui conseille ; cependant, si j'étais à sa place, je n'en bougerais pas et j'attendrais.

11 me semble qu'on ne comprend pas grand'cliose à cette armée napolitaine entrant sur les terres de l'Église et désarmée par les douaniers du saint-père. Qu'y a-t-il de vrai là dedans? Où va Garibaldi ? Que veut-il faire pour passer gaiement son hiver? Je voudrais bien qu'il s'en prît à la Hongrie, au lieu de se casser les dents sur la Yénétie.

Sir John Bowring est ici, dis.mt que rien n'est fini en Chine. Je sais qu"il est tout naturellement porté à trouver mauvais ce que fait son successeur ; mais, en cette occasion, il se peut fort bien qu'il ait raison. Si ces Chinois ne sont pas des magots de porcelaine, rien qu'en se pressant contre nous^ ils nous écraseraient. Ce n'est pas avec huit ou dix mille hommes qu'on prend une ville comme Pékin. Supposé qu'ils veuillent la paix, une grande difficulté reste : c'est pour leur

faire payer les frais de l'expédition. Où diable prendront-ils l'argent ? Les lettres de nos guerriers sont fort lugubres. Dans tous les villages où ils arrivent, les femmes se tuent pour n'être pas souillées par les diables étrangers. Yoilà la première fois que cela leur arrive. Dans une seule maison, où est entré un jeune lieutenant d'artillerie, parent d'un ami à moi, cinq femmes s'étaient coupé la gorge avec des tessons de porcelaine, et deux enfants avaient été noyés dans des baquets d'eau. Cela montre qu'il y a une grande différence entre savoir se battre et savoir mourir.

Sait-on quelque chose de positif sur l'état de la Sicile ? Je crois vous avoir dit l'anecdote du saintpère et sa petite correction ; au lieu de « par la force », que M. de Grammont n'avait pas mis, il voulait qu'on substituât « en adversaire », que Grammont n'avait pas écrit davantage; mais il fallait couvrir un peu l'excès de zèle de monseigneur de Mérode. Les ecclésiastiques sont tout pleins de ces petits ménagements ingénieux.

J'étais allé travailler à la seconde partie de mon roman. Je crois que c'est la dernière. La fin ne vaut pas le commencement. Cependant il a con:-

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mencé par la fin. Comprenez si vous pouvez ; quand je vous verrai, je vous ferai rire over a bottle of clarel.

Je pense me mettre en route pour Cannes jeudi prochain, si je ne crève pas d'ici là d'un lion ible rhume que j'ai gagné en chemin de fer, à côté d'un homme très froid, qui était le baron de Hûbner. Il n'a pas perdu l'habitude des gasconnades diplomatiques et m'a dit que tout irait merveilleusement en Hongrie. Le lendemain, le journal nous apprenait que les palatins nouvellement nommés ne voulaient pas de la patente autrichienne.

Voici une drôle de nouvelle, entre vous et moi jusqu'à ce que tout le monde la sache. L'impératrice veut aller incognito à Edimbourg, pour se secouer un peu après la mort de sa sœur. Jugez ce qu'on va dire, et tous les contes qui seront bâtis là-dessus.

On parle d'une grande querelle entre monseigneur de Mérode et M. de Goyon. Goyon lui a dit <iu'il regrettait qu'il eût une robe. Mérode a répliqué qu'il le regrettait également, car elle le privait d'avoir l'innocente épée du général. Il

li:tti!i:s a m. panizzi

est forl (iiieslioii du iléparl procliain du pape. Adieu, 111)11 cher Panizzi ; porlez-voiis bien et tenez-vous en joie. 11 est très possible que nous nous revoyions cet hiver à Rome.

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