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dans toutes les administrations. Il n'est pas surprenant qu'un pays ainsi préparé se trouve dans de très mauvaises conditions de tranquillité. Ajoutez à cela plusieurs semaines du gouvernement de Garibaldi, auquel succèdent des tâtonnements plus ou moins maladroits. Ne vous étonnez donc pas que, après tout cela, le désordre règne partout dans le royaume de Naples. En Sicile, où l'action du roi de Naples est bien plus difficile, l'agitation est presque aussi grande.
Vous ne devez pas ignorer que, depuis que le roi de Naples a voulu s'arrêter à Rome, les petits égards qu'on avait eus pour lui à la cour des Tuileries ont cessé ; que Goyon a été blâmé de lui avoir mené des officiers ; que les décorations qu'il a voulu donner ont été défendues, etc. Une fois faite la folie de rester à Rome et d'y permettre au pape de gouverner à sa guise, il était impossible d'en chasser le roi de Naples.
Les Polonais font tant de bêtises, qu'ils vont obliger la Russie, l'Autriche et la Prusse, qui se haïssaient, à s'embrasser et à faire un traité d'alliance contre les révolutions. Aulant en font les Hongrois; malgré vos espérances, j'ai bien peur
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que Garibakli n'ajoute encore à la mesure. Adieu, mon cher l'anizzi. On nous annonce de grandes catastrophes commerciales. Les maisons grecques de Smyrne, Marseille, Liverpool sont ruinées et vont tomber avec la banqueroute de l'empire ottoman. Je la crois très prochaine, et j'ai bien peur des conséquences.
Ville-d'Avray, 21 avril 18GI.
Mon cher Panizzi,
Je vous écris à la campagne, chez mademoiselle Brohan, où je suis allé déjeuner avec une princesse du sang impérial. Mais quelle princesse et quel sang !
Notre ami le prince Napoléon n'en a pas beaucoup dans les veines, comme l'impératrice le lui reprochait. Il dit qu'il ne se battra pas contre le duc d'Aumale.
Je vous écris ce mot à la hâte, je vous en dirai plus long demain ou après.
Paris,? mai 18C1.
Mon cher Panizzi,
Je ne crois pas [iliis que vous que le prince Napoléon manque ùephick; mais, maintenant, vous ne le persuaderiez à personne, particulièrement aux militaires^ et, s'il avait l'occasion de revoir une bataille, il serait obligé de se risquer comme un caporal pour désabuser les gens. Son grand défaut est un manque absolu de tact. Il ne fait rien à propos et manque les plus belles occasions. Il a toujours été merveilleusement servi par la fortune, et il semble avoir pris à tâche de ne profiter d'aucune de ses faveurs.
Dans cette occasion-ci, il paraît que son premier mouvement a été bon. Il avait demandé que l'on ne poursuivît pas la brochure. On a répondu avec beaucoup de raison que cela n'était pas possible; mais il n'y a pas eu la moindre délibération sur ce qu'il avait à faire à l'égard de l'auteur. Seulement M. de Persigny, de son propre mouvement,
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est allé lui faire un sennon et lui remontrer qu'il n'était pas politique de se battre ; plus tard, d'un autre côté, on lui a insinué qu'il lui serait sinon politique, du moins très utile, de dégainer. Alors sa caniarilla a trouvé que le moment était passé ; que, dans des afïaires de ce genre, on n'était pas reçu à délibérer, etc. Tout ce tas de conseils plus ou moins intéressés a fini par l'ennuyer, et la seule chose à laquelle il ait fait attention, c'est qu'il était trop tard pour prendre un parti, qu'en conséquence il n'y avait rien à faire. Les militaires sont furieux, et, en temps de guerre, cela pourrait être assez grave.
J'ai causé l'autre soir très longuement avec Vimercati sur les affaires de l'Italie méridionale. Il voit les choses en beau, dit qu'on exagère beaucoup la situation de Naples, mais il ne cache pas qu'elle ne soit grave.
J'admire beaucoup M. de Cavour, mais je me demande s'il n'a pas tort de retarder toujours le combat entre Garibaldi et lui. L'événement montrera si oui ou si non. Je regarde ce combat comme absolument inévitable, et cette fois, que Garibaldi venait avec un projet insensé, c'é-
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tait peut-être le moment d'en finir avec lui.
Il parait parfaitement décidé que l'armée d'occupation de Syrie partira à l'époque fixée, c'està-dire le 5 juin. Je crois que, très peu de temps après, les Turcs nous donneront raison en recommençant les pilleries et les massacres ; mais j'espère que nous laisserons faire dans l'intérieur, en nous bornant à protéger les chrétiens dans les ports. Ces chrétiens d'Asie sont des drôles si lâches, qu'ils se laissent battre par une poignée de coquins, lorsqu'ils pourraient se défendre avec succès. L'atîaire deviendra véritablement grave lorsque l'opinion publique en Russie obligera le gouvernement à prendre parti pour les chrétiens grecs.
Vous ai-je conté l'histoire de Bixio et de son ours? Il était à rôder dans les Pyrénées pour une affaire de chemin de fer, avec un ingénieur de la compagnie. Dans un endroit très désert, il a entendu des cris singuliers ; il s'est approché, et finalement est entré dans un trou de rochers d'où ces cris partaient ; il y a trouvé deux oursons qu'il a emportés. Il y avait cent à parier contre un qu'il trouverait la mère, car c'était en plein jour, et je
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VOUS laisse à penser la réception qu'elle lui aurait faite. Il y avait encore la chance d'être suivi à la piste par la mère désolée et d'avoir une petite explication à coups de grilîes, mais Bixio a du bonheur.
Adieu, moucher Pauizzi. Vous ne me parlez pas de votre saaté, j'en concUis qu'elle est meilleure.
Paris, 11 mai 1861.
Mon cher Pauizzi,
On m'a parlé, en termes assez vagues, il est vrai, d'une mission à Londres pendant l'exposition universelle. J'ai répondu que je serais volontiers membre du jury de l'exposition universelle, que cependant il faudrait que je susse d'abord en quelle qualité et pour combien de temps. En second lieu, je me suis réservé d'examiner quel elfet une semblable mission aurait sur ma petite bourse. Qu'est-ce qu'il en coûterait pour vivre un peu bien pendant trois mois dans le West-End, dans la position que je dis?
Il paraît que le prince Napoléon serait le président (lu jury français. Je ne sais si c'est bien raisonnable, dans la po-ition qu'il s'est faite en ce pays-ci et probablement chez vous. Cela pourrait donner lieu à d'assez drôles de choses. Ne parlez pas de ce que je vous dis, d'abord parce qu'il n'y a rien de décidé et que je serais bien aise de conserver ma liberté jusqu'au dernier moment. Ditesm'en votre avis candide^ je vous prie.
Il y a à l'exposition un portrait du pape qu'on a placé précisément en face de celui du prince Napoléon. C'est une grosse lêle, plus intelligente que je ne la supposais, avec des yeux rouge foncé, très injectés, et qui peuvent faire espérer un accidente, comme dénouement probable.
Adieu, mon cher Panizzi. Je vous écris au milieu d'une séance du Sénat. Nous en aurons une mtéressante, lundi, à propos d'une pétition sur les chrétiens de Syrie. Mauvaise affaire et dont il est, je crois, impossible de sortir heureusement.
Paris, dimanche 19 mai 1861.
Mon cher Panizzi,
On est assez intrigué d'un duel qui devait avoir lieu hier, et qui avait été remis à ce matin entre le prince Napoléon et le prince Murât. Les témoins étaient pour le second, Heeckeren, qui, depuis qu'il a tué Pouchkine, est patenté pour ces sortes d'affaires, l'autre le maréchal Magnan. La cause remontait au speech du prince Napoléon; cela s'était aigri peu à peu, et il y a eu de grosses paroles, puis défi. Les témoins avaient remis hier l'affaire à aujourd'hui. Quand on remet ainsi la solution entre deux personnages aussi considérables, il est probable que la remise est indéfinie. C'est encore une sotte chose et une suite de la fatalité qui poursuit ce pauvre prince.
Vous aurez vu que je suis nommé membre de la commission impériale, mais je pense que je ne serai pas obligé de résider à Londres pendant toute l'exposition. D'ailleurs, je serai probable-
ment chargé des beaux-arts; or, comme les Anglais ne donnent ni médailles, ni récompenses, je doute que nos artistes soient nombreux. Je ne sais pas même s'il s'en présentera qu'on puisse envoyer à Londres.
M. Fould va en Anglelerre mercredi aveclord Cuwley pour quelques jours seulement. Je pense que vous le rencontrerez. Il me paraît assez bien avec Sa Majesté, à qui il tient toujours la dragée haute, avec beaucoup de raison, je crois. Son successeur est vraiment bien sot et bien bête.
Un de mes amis qui revient d'Italie m'a dit que dans une petite guerre qui a eu lieu près de Yicence dernièrement, on avait fait manœuvrer un régiment autrichien devant un régiment de Trente. Quand on a exécuté les feux, les Tyroliens ont mis des cailloux et des clous dans leurs fusils, et il y a eu une trentaine d'Autrichiens tués ou estropiés.
La diète de Hongrie, qui en est à se demander si le fou qui est à Prague n'est pas l'emperemlégitime, me parait bien drôle. Mais tout est drôle en ce monde depuis quelque temps. Il est évident que la question des nationalités est ù présent ce
qu'était la réforme religieuse au \\i° siècle, une grande et belle idée revêtue de formes assez niaises.
Nous avons eu une séance du comité de l'exposition chez le prince, mais ce n'était que pour faire connaissance les uns avec les autres. Rien n'a été fait encore. Je voudrais bien que vous fussiez membre du jury anglais, malgré les capitulations de conscience que cela vous coûterait.
Adieu, mon cherPanizzi. Tenez-vous en joie et santé.
Paris, dimanche 9 juin 1S61.
Mon cher Panizzi,
Un mot seulement. Je n'ai pas attendu votre lettre pour mettre dans le discours que je lirai demain ^ une remarque sévère sur le passage du rapport Bonjean qui vous regarde. Vous le lirez mardi. Je suis trop fatigué et trop pressé pour vous en dire davantage.