LETTRES A M. PANIZZI 22S
Il y a un système d'incendies organisé : on met le feu aux fermes et aux maisons de quiconque paye l'impôt sans avoir de garnisaires. L'archevêque a demandé qu'on lui en envoyât.
Adieu, mon cher ami. Que failes-vous? Je ne partirai pas sans vous écrire où je vais.
Biarritz, 15 septembre 1861.
Mon cher Panizzi,
J'ai reçU; mardi dernier, une dépêche télégraphique conçue en ces termes : « Venez sans culottes ! » Je suis parti le soir même, et, depuis mercredi, je suis Ihôte de Leurs Majestés. C'est une petite villa tiès jolie, un peu trop près peutêtre de la mer, qui se permet de faire trop de tapage pour mon goût particulier. Il n'y a que très peu de monde, et j'y suis le seul étranger à la maison. Depuis mon arrivée, on m'a tenu tellement en courses ou en travail (vous savez quel travail), que je n'ai pas encore pu vous donner de mes nouvelles.
Hier, nous avons fait une assez longue excnr-
sion qui n'a pas trop bien réussi, car nous sommes revenus tous trempés comme des soupes. Nous sommes allés voir une terre très grande que l'empereur a donnée à M. Walewski dans les Landes. Ce sera très beau, dit-on, quand ce sera arrangé. Présentement, il y a tout à faire, jusqu'à de la terre à trouver, car il n'y a encore que des marais.
L'autre jour, on a fait prendre au prince impérial son premiei' bain de mer, et très maladroitement, suivant moi, on l'a jeté dans l'eau la tète la première, en sorte qu'il a eu grand'peur. On lui en a fait des reproches, et on lui a demandé pourquoi^ lui qui ne sourcillait pas devant un canon chargé, il avait peur de la mer. Il a répondu sans être soufflé : « C'est que je commande au canon, et que je ne commande pas à la mer. » Cela m'a paru lissez philosophique pour un prince qui n'a pns encore six ans.
Biarritz est plein de monde de tous les pays. 11 y a force dames de tout rang et de toute vertu, toutes avec les toilettes les plus extraordinaires qu'on puisse imaginer. La plage ressemble à un bal de carnaval.