‹ Lettres à M. Panizzi, 1850-1870. PubliéesChapitre 28 sur 33 · Maison de campagne de lord Palmerston · texte numérisé non relu

Maison de campagne de lord Palmerston

hommes et les choses du continent. C'est le délaut de tous les Anglais. Leur politique est fondée surrinlérêt du pays, et ils se soucient peu d'être logiques. Par exemple, ils trouvent très bien que les Romains veuillent un autre gouvernement que celui du pape, et très mal que les Ioniens en demandent un autre que le leur. Il est de leiu- intérêl que Tlialie soit libre et unie, ils ne veulent pas lâcher les sept îles, et trouvent le gouvernement du sultan excelleul. Je me rappelle encore le beau sang-froid de lord Palmerston, qui, il y a quelques aimées, me disait que les Druses étaient les plus honnêtes gens du monde. Malheureusement, sur le continent, et surtout chez nous, on ne se gouverne pas par le principe de l'intérêt du pays.

L'empereur le disait fort justement : « La France fait la guerre pour des idées. » Pour ma part, j'en suis bien fâché, mais on ne refait pas le caractère d'une nation. Bien que voltairienne, il e4 plus que douteux que la France vît avec plaisir, et même de sang-froid, culbuter ce vieil imbécile dont elle se moque aujourd'hui.

Je suppose qu'il n'y ail à Rome qu'une force insul'fisante pour empêcher une émeute ; que

celte émeute eût lieu et que nos gens fussent maltraités, vous verriez toute la nation prendre feu comme pour cette affaire stupide du Mexique. Les Mexicains ont eu la bêtise de ne pas se laisser battre par une poignée de Français, et maintenant il n'y a pas un homme en France qui osât dire qu'il vaudrait mieux traiter avec Juarez que de lui envoyer des coups de canon qui coûtent fort cher.

Croyez qu'il est difficile de retirer toutes nos troupes de Rome ; mais cela vaudrait cent, fois mieux que de n'y laisser que deux ou trois bataillons. Le premier parti est possible et j'espère qu'il prévaudra ; mais le second est ce qu'il y a de plus dangereux. Considérez encore que les fous de Rome peuvent fort bien demander aux Autrichiens de remplacer les Français, et que nous n'aurions pas de trop bons arguments à leur opposer. Si l'Angleterre était disposée à nous seconder dans le cas d'une nouvelle rupture avec l'Autriche, ce ne serait que demi-mal; et l'Autriche, selon toute apparence, ne bougerait pas; mais lord Russell n"a-t-il pas dit que la Yénétie devait appartenir à l'Autriche?

Votre belle hôtesse me disait : « Pourquoi les Italiens, au lieu de prendre Rome, ne prennent-ils pas la Vénétie, qui a encore plus à souffrir que les Romains? » Je sais ce qu'il y a à répondre; mais c'est un argument populaire et qui frappe les masses. Enfin songez qu'il y a en France trente-quatre millions de catholiques assez cofjlio7ii pour tenir, sans jamais être allés à la messe, à ce qu'on chante du laliu à leur enterrement.

La Valette se loue fort de Montebello, qui, arrivé papiste, s'est converti promptement, voyant à quelles canailles il avait affaire. Dès qu'il y a quelque disposition à l'orage, il enferme les soldats du pape, met la clef dans sa poche, et tout se passe en douceur.

Il se brasse en ce moment quelque chose pour la reconnaissance des États du Sud. Je ne doute pas que la France et l'Angleterre ne soient tout à fait d'accord, et je m'en réjouis, parce que c'est un lien de plus pour leur alliance.

Adieu, mon cher Panizzi; portez-vous bien et triomphez d'avoir été proclamé le plus solide écuyer des montagnes.

Î78 LETTRES A M. PANIZZl

Paris, 15 octobre 1SG"2.

Mon cher Pnnizzi,

Avant-liiersoir, à ma grande surprise, j'ai reçu une leltre autographe de votre hôte, lequel ni'nccusnit réception de votre lettre. H me dit litlerathn :

« 11 y aurait bien des choses à ré|)ondre, ma's » je me borne à dire que, lorsqu'un souverain e.>t » responsable de ses actes, il doit plus que tout » autre rester fidèle à ses engagements et ne pas » abandonner son allié qui a compté sur lui. »

Cadmus serait embarrassé. Malheureusement, le craquement ministériel a commencé hier matin. Thouvenel et Persigny ont été remerciés. Yoilà qui est l'ait. Maintenant, ce qui est à faire, c'est de les remplacer et d'en remplacer d'autres encore. Fould, Rouhcr et Baroche ne veulent pas rester dans un cabinet dont Walewski serait le chef apparent. Bdiaut est a la campagne, faisant le mort, dit-on ; mais il est probable

que, s'il y avait une conversion complète, il ne poiirrail pas décemment chanter la palinodie nu Sénat et au Corps législatif.

On dit à Fould : « Rien n'est et ne sera changé à la polilique » ; on y ajoute des compUmenls, on laisse même entendre que, si on recule, c'est pour mieux sauter. Il répond qu'il n'a pas envie de rester avec des collègues pour lesquels il n'a pas de sympathie, qui naguère lui ont joué de mauvais tours; qu'il ne veut pas avoir l'air de s'associer à une politique qu'à tort ou à raison, on croira opposée à celle qu'il soutenait, etc., etc., etc. Votre hôte et votre hôtesse semblent déterminés à faire les plus grands efforts pour le retenir jusqu'à présent, et il paraît décidé.

L'ami d'Antonio * a été hier dîner à Saint- Cloud, où il a trouvé la maîtresse de la maison encore souffrante du vert-de-gris, peut-être encore plus de la crise actuelle. Il a fait vos commissions à monsieur, à madame et au petit, qui a demandé de vos nouvelles, comme papa et maman. On a été on ne peut plus gracieux pour

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