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Lord Palmerston et M. Gladstone

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rôle sur le feu, il aurait eu l'air d'avoir renoncé à l'espoir de faire un bon ragoût. Puis ses collègues n'étaient pas trop pressés de le suivre. Enfin, tout le monde des gens d'affaires était prêt à lui jeter la pierre et à l'accuser personnellement de toutes les conséquences. Je crains, ainsi que vous, que bientôt il n'ait à se repentir d'avoir cédé à toutes ces considérations; mais, d'ici à quelque temps du moins, on a trop besoin de lui pour le kick ont.

Adieu, mon cher Panizzi. Je vous écris fort à la hâte. On m'a fait perdre du temps et voici l'heure de la poste.

Paris, 18 novembre 18C'J.

Mon cher Panizzi,

Je suis arrivé depuis cinq minutes, et, pendant tout le temps que j'ai passé à Compiègne, je n'ai pas eu une minute. Ce n'est pas comme à Biarritz. On est pris du matin au soir. Ajoutez à cela que j'ai eu deux rôles à apprendre en très peu de temps et des répétitions soir et matin. Tout s'est, d'ailleurs, fort bien passé.

L'impératrice s'est montrée très aimable pour le chevalier Nigra et pour un attaché nommé Alberti qui lui donnait des leçons d'italien.

On a chassé, dansé et joué la comédie. C'est M. de Morny qui avait fait les deux pièces jouées devant Leurs Majestés. La seconde était un impromptu commandé par l'empereur, qui en avait donné lui-même le sujet. Cela s'appelle la Corde sensible.

Il y avait un point assez délicat : c'était de faire des épigrammes sur les gens présents, à commencer par Leurs Majestés. Tout cela entremêlé de calembours et de lazzis de toute sorte. M. de Morny, qui était en scène avec moi, était un peu ému. Pour moi, connaissant de longue main la débonnairelé de nos hôtes, je n'avais pas la moindre inquiétude du succès.

M. de Morny a commencé par faire les honneurs de lui-même. Ensuite nous avons passé à lord Ilertford qui, en entendant son nom, a eu une peur de chien. Il a été très heureux de trouver que tout se bornait à un calembour. Il a une maison de campagne au bois de Boulogne qui s'appelle Bagatelle, et je demandais à M. de

Morny s'il était vrai que ce seigneur anglais si riche ne s'occupât que de bagatelles? Puis est venu le tour de l'empereur, que nous avons impitoyablement raillé sur son goût pour les antiquités romaines. Enfin est venu le tour de l'impératrice, pour sa passion de meubler et d'arranger les appartements de manière à ce qu'on ne puisse f s'y remuer.

Nous avons eu un grand succès de rire et nous nous sommes assez amusés, nous autres acteurs, de la peur que nous faisions. On a voulu me retenir, mais je me suis défendu, et, à la fin de la semaine, je partirai pour Cannes, oii se trouvent déjà ma-> demoiselle Lagden et sa sœur. Yous devriez bien'^ y venir respirer le parfum de nos fleurs. '

Adieu, mon cher Panizzi; portez-vous bien. Je' suis aussi fatigué de mes dix jours de cour que' si je descendais de la Rune.

Cannes, 30 novembre 18G2.

Mon cher Panizzi, ,

Lord Brougliam est arrivé depuis trois jours en

^tat de conservation assez extraordinaire pour un jeune homme de quatre-vingts ans. Le professeur Cousin est établi, depuis quinze jours, dans son ermitage, et il m'a paru rajeuni. Il est vrai qu'il va tous les dimanches à la messe, ce qui fait beaucoup de bien au corps et à l'âme.

En quittant Compiègne, j'ai été pris de douleurs d'estomac et de spasmes très doulo.ireux. J'ai con-. suite la faculté. Je ne sais si l'on m'a flatté, mais le verdict do mon Escukipe n'a pas élé aussi mauvais que je l'aurais craint. Je croyais avoir, quelque fâcheuse alT.iire au cœur ou dans ces parages. On m'a déclaré atteint et convaincu LVcmphijsème : c'est-à-dire que mes poumons fonctionnent comme les vieux soufflets. De plus, j'ai un rhumatisme des muscles intercostaux. On ne peut rien faire pour réparer les premières avaries, mais le rhumatisme peut guérir. On me dit d'aller à Aix ou dans les Pyrénées prendre des eaux sulfureuses. Enfin on me garantit encore cet hiver, ce qui me semblait fort hardi, il y a quelques jours. Je me trouve, d'ailleurs, bien du change- ^ ment de climat. Il pleut depuis deux jours, et -cependant il fait chaud comme en été.

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Les Anglais que j'ai vus disent tons qu'on ne veut pas du trône de Grèce pour le prince Alfred. Cependant sa candidature fail des progrès. Je. pense que lord Palmerslon, qui croit que la Turquie est en progrès et qu'elle peut se conserver en Europe, refusera le trône brûlant, ou bien il sera obligé de changer son style et sa politique en Orient. De toute façon, j'espère que nous ne nous mêlerons en rien de cette affaire.

Je ne sais pas encore comment aura fini la discussion dans le parlement italien. Quand j'ai quitté Paris, il me semblait que Ratazzi avait l'avantage. Croyez-vous que Garibaldi, maintenant que sa balle est sortie, recommence sa chasse au pape? Des gens qui viennent de Naples disent que le pays ne va guère bien. Si vous y allez, prêchez-leur la patience et faites un beau commentaire sur ce texte : que Paris n'a pas été bâti en un jour.

Yous savez que je disais à notre hôte de Biarritz que les légitimistes montreraient le bout de l'oreille dans les prochaines élection^. En effet, presque partout ils se remuent et se coalisent avec les rouges. J'espère que cela ne réussira

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pas, mais que cela monirera à noire hôte susdit de quel côté il doit chercher ses amis.

M. Foiild est à Compiègne depuis avant-hier. Il m'a écrit par le télégraphe que Leurs Majestés voulaient avoir de mes nouvelles. Vous a-t-on écrit par le Times ? Comme on fait là beaucoup de projets qu'on n'exécute pa:^, il se peut bien que celui-ci ait eu le sort de tant d'autres.

Adieu, mon cher Panizzi ; donnez-moi de vos nouvelles ici et de celles de yos amis.

CXYI

Cannes, 6 décembre 186-2.

Je suis en peine des élections. D'après ce que je vois, je crains que les prêtres ne nous taillent des croupières. Le pouvoir de ces gens-là est grand. Ils disposent de la moitié et de la plus belle du genre humain, et cette moitié mène l'autre. Dans quehiues départements, les cléricaux font ménage avec les rouges, et presque partout ils exercent une influence considérable.

Ellicc m'écrit qu'il passera par Cannes vers le 25 et qu'il viendra me demander à dîner. Il m'annonce des faisans. Faites en sorte qu'il ne les oublie pas, si vous le voyez avant son départ.

Adieu; je suis horriblement pressé et n'ai que le temps de vous souhaiter santé, joie et prospé-> rite.

Cannes, >3 décembre I8G'2.

Mon cher Panizzi,

Je suis sans nouvelles d'Ellice et des faisans. Je crois le bear à Boivood; mais je ne l'attends guère qu'à la fin de Tannée. Je sai^ qu'il ne se presse pas quand il est dans de bons quartiers, et il m'a dit qu'il comptait passer quelques jours chez M. Duchâlel, qui lui fera boire du vin du cru, lequel;, pour arrêter les voyageurs, ^st bien supérieur, à mon avis, au chant des sirènes. i

Nous avons ici un temps merveilleux, mêi^Bj pour le pays. Depuis dix heures jusqu'à la nuit,| on est eu plein été, et, comme il y a eu quelques

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jours de grande pluie, tout est vert et florissant. Je désire que vous ayez à Naples un temps pareil. Il ne peut pas être plus beau. J'ai envoyé l'autre jour à l'impératrice une patate venue en pleine terre à Cannes, qui pèse cinq kilogrammes trois cents grammes. Que dites-vous de ce sol et de ce climat? Je ne crois pas qu'on ait quelque cliose de semblable à Malaga.

J'ai eu des nouvelles de la comtesse de Montijo, qui me demande comment vous vous portez. Elle est réinstallée à Madrid sans rhume. Elle m'annonce une session assez chaude. Je crois pourtant que O'Donnell conservera la position.

Je vois qu'en Italie on a fait un ministère antifrançais. Cela n'est pas trop habile. Au reste, je crois assez au bon sens des Italiens, et j'espère que les nouveaux venus ne donneront pas une nouvelle représentation des fredaines garibaldiques. Cet infortuné Garibaldi écrit des lettres inconcevables. Avez-vous lu celle qu'il écrit à Nélaton ? He ont herods Eerod.

L'empereur a eu un succès véritable, l'autre jour, à l'uuverlure du boulevard du Prince-Eugène. Son discours, qui était fort adroit, a produit grand

effet. Les ouvriers du faubourg Saint-Antoine lui savent gré d'avoir nommée d'après un simple ouvrier, devenu par son talent un riche fabricant, un des nouveaux boulevards. Je ne sais où il se renseigne pour si bien comprendre les instincts du peuple. Je voudrais qu'il satisfit également un autre désir de la nation française en tenant un peu mieux en bride ses évoques et son clergé.

Quand vous serez à Naples^ vous me direz candidement quelle est la situation. Je vous promets, si vous le désirez, de tenir vos renseignements sous le boisseau. Je reçois de ce pays des rapports si contradictoires, que je ne puis m'empêcher de croire qu'il y règne une grande diversité d'opinions, ou plutôt qu'il y a deux partis bien dessinés, très forts l'un et l'autre et difficilement réconciliables. Le mal, c'est que la plupart de nos diplomates qui ont été à Naples soïit, par leurs relations sans doute, très attachés au parti bourbonien.

Adieu, mon cher Panizzi ; je vous souhaite une belle traversée. J'ai eu hier la visite du roi Louis de Bavière. C'est un bon diable, très vicieux et spirituel.

CXYIII

Cannes, 3 janvier 1863.

Mon cher Panizzi,

Ellice m'a apporté des journaux américains très curieux, qui contiennent une relation de la bataille de Fiedericksbiirg. C'est une horrible boucherie sans le moindre résultat. Il y a de part et d'autre de très bons soldats, mais pas de généraux. Cela continuera probablement encore cette année et le destin des chats de Kilkenny est le seul augure qu'on puisse tirer pour l'avenir de ce pays.

Je suis impatient de savoir comment vous avez trouvé Naples et ce que vous pensez du présent, du pa?;sé et du futur. Mon journal me dit que GaribalJi doit aller prochainement à Naples. Croyez que ce roi des niais n'a pas encore dit son dernier mot, et qu'il y a encore des bêtises dans son sac.

Ici, depuis que la question du Mexique a pris

des proportions inquiétantes, on ne se préoccupe plus tant de la question italienne. Nous la verrons cependant reparaître lors de la discussion de l'adresse. Si je suis assez bien, comme je l'espère, je compte aller à Paris pour l'ouverlure des débats, c'est-à-dire vers le 20 de ce mois. Je reviendrai ensuite ici pour y passer les mauvais temps du mois de février et du commencement de mars. Décidément je veux vendre cher ma peau, et me déftndre contre le froid et la vieillesse aussi longtemps que je le pourrai.

Yotre ami le prince impérial a été très souffrant d'un gros rhume ; il est à présent parfaitement remis.

Comment vous trouvez-vous du climat de Naples? Je pense avec envie aux macaronis que vous mangez, aux trigli di noylio et autres productions du pays qui, au palais de lady Holland, doivent être fort embellies par l'art. N'oubliez pas de m'acheter une main de corail pour me préserver de la jettature, et de garder note du prix .

Rothschild, comme vous avez pu voir, a donné à l'empereur une chasse et un déjeuner magnifiques dans son château de Ferrières. On dit que, lors-

que l'empereur est reparti pour Paris, Rolhsciiild lui a dit, avec l'accent et le français germanique que vous lui connaissez : « Sire, mes enfants et moi, nous n'oublierons jamais cette journée. Le mémoire nous en sera cher. »

J'ai vu ce matin lord Broughani, qui me semble bien vieilli et cassé. On dit qu'il écrit ses mémoires, lesquels seront longs et peut-être pas trop véridiques.

Adieu, mon cher Panizzi ; santé, joie et prospérité en cette présente année comme dans les suivantes.

Cannes, 16 janvier i863.

Mon cher Panizzi,

Je vous ai demandé des considérations poUliques sur l'Italie méridionale, mais ce n'est pas une raison pour ne pas me donner des nouvelles des fouilles de Pompéi et d'ailleurs. Si quelque mémoire très curieux à ce sujet venait à paraître, et qu'il ne vous surchargeât pas trop, pensez à le rapporter à votre féal. Je me recommande égale-

ment à vous pour une petite boîte de bonbons à la cannelle.

Adieu, mon cher ami ; je vous envie la vue du Vésuve et le dîner que vous venez de faire. Ellice est à Nice, guéri, fort comme un lion. Il viendra faire mon oraison funèbre.

Cannes, 3 février 1863,

Mon cher Panizzi,

Mille remerciements pour le rapport de M. Settembriiii sur les moulages de Pompéi. C'est un peu poétique et pas assez précis ; mais le renseignement que vous m'avez donné sur la façon dont les Romains se rasaient, vaut toute la description du journal.

Je ne puis vous parler politique à une si grande distance des lumières. Je n'admets pas ce que vous me dites de l'influence exercée sur l'Italie par l'occupation de Rome, quelque opposé que je sois, comme vous savez, à la chose. Le brigandage est facile dans un pays où il y a de mau-

vaises routes, où les centres de population sont très éloignés, où enfin il y a des lois qui empêchent de procéder comme faisait le général Manès, qui, en un an, avait fusillé tant de coquins et tant de soi-disant coquins, qu'il n'est plus resté que des gens aussi vertueux qu'on en voit dans les romans. Sous cette admini>tration philanthropique, on pouvait se promener avec de l'or plein ses poches de Naples à Tarente. On effrayait les pauvres diables qui craignaient d'être fusillés, si on venait à perdre cet or.

Ce système appartient au premier empire et à celui de Nicolas, et n'est plus applicable maintenant. Mais voici ce que j'ai vu faire par une bonne administration. Aucun p;iys n'est plus convenable aux brigands que l'Espagne. Il y en avait eu sous tous les régimes. Le duc de la Ahumada a été chargé d'organiser la gendarmerie. Il a si bien fait, qu'au bout d'un an il n'y a plus eu-un brigand en Espagne. Le genJarme espagnol est aussi actif, aussi solide, et plus désintéressé, que le policeman de Londres, qui reçoit une couronne avec reconnaissance. Le gendarme espignol serait chassé du corps s'il acceptait une

rémunération, et j'en ai vu qui refusaient des cigares de votre serviteur. Vous n'aurez plus de brigands dans le sud de l'Italie, lorsque vous aurez une bonne administration. Pour cela, il ne faudrait pas changer trop souvent de ministres.

On est très inquiet du Mexique, et chaque jour fait regretter davantage cette expédition. Il se fait tant de bêtises en Allemagne, que quelqu'un qui aurait les millions et les milliers de soldats du Mexique, pourrait joliment pêcher en eau trouble.

Je ne comprends pas et je déplore la campagne de lord Russell en faveur des Polonais, campagne dans laquelle il veut nous entraîner, et nous a probablement entraînés. Je tiens pour vrai un proverbe russe qui dit que le bon Dieu a pris ce que vous savez d'un ciron mâle pour faire la cervelle de tous les Polonais.

Adieu, mon cher Panizzi. Portez-vous bien et donnez-moi de vos nouvelles. ^3^^':, ■î;.!.r:;J:;

Cannes, 5 février 18C3.

Mon cher Panizzi,

J'ai reçu votre lettre et je suis bien fâché de vous savoir toujours soutTraiit de rhumatismes. Si le beau climat de Naples n'y peut rien, vous devriez essayer de la gymnastique. Payez un homme pour lui donner des coups de poing, cela vous dégourdira les bras, et, au bout d'une semaine, vous verrez qu'il vous demandera un supplément. J'avais une douleur dans l'épaule gauche qui a disparu au moyen de Xarchenj.

Vous aurez appris la mort de lord Lansdowne. €'est le dernier des grands seigneurs que j'ai connus. Il n'y a pas eu d'iiomuie plus heureux au monde, du moins en apparence, si la considération générale fait quelque chose au bonheur. Lord Brougham ici en est très affecté. C'est d'ailleurs un avertissement, et je crois qu'il était l'aîné de lord Lansdowne.

Elhce est-il ou n'est-il pas lord Glengurry? On

dil non à présent. Je lui ai écrit il y a quelques jours, au Ricjht honorable tout bonnement, et je n'ai [tas de réponse. Je sais qu'il a refusé d'être lord de je ne sais quoi, il y a quelques années. Au reste, comme disait M. Royer-Collard à M. Pasquier lorsqu'il fut fait duc, « cela ne le diminue pas ».

Que dites-vous de cette énorme brioche de notre ami Odo Russell, doublée de celle de son oncle? l\eprésentez -vous les rires homériques du sacré collège. A quoi sert-il d'avoir de l'esprit ? N'avez-vous pas remarqué que les Anglais, et les gens du Nord en général, ne comprennent pas du tout la i)laisanlerie des gens du Midi? Le frère de Meyerbeer, qui était Prussien et poète, se figurait toujours que je me moquais de lui, et, si je lui offrais des épinards à dîner, il me disait : « Epargnez-moi. » Celte offre fuite au pape par lord Russell, et sa note sur les affaires de Schleswig sont de lourdes charges pour un ministre des affaires étrangères, et je crois que lord Derby les lui fera cruellement expier.

J'ai laissé voter l'adresse, ncmine contradicentc . M. Billaut s'en est tiré assez bien. Tout le monde

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attend quelque chose. Je suis intimement convaincu qu'il n'arrivera rien. Les réformes du pape sont une facétie à laquelle personne ne croit ; mais les mesures qu'il prendra auront pour effet de montrer la corde, comme on dit. Il est impossible qu'il puisse entretenir son état-major sans l'employer à mal faire, et il n'y a point de pape sans état-major. Ergo! Tout cela est pour l'année prochaine. La grande affaire est que, d'ici là, les affaires en Italie aillent tranquillement et que Garibaldi ne fasse pas des siennes.

Les orléanistes, les rouges et les carlistes se donnent beaucoup de mouvement pour les prochaines élections, et presque partout les trois partis se coalisent. Cela ne fait honneur à aucun d'eux. Je crains un peu le résultat. Notre ami le docteur Maure est candidat ici, agréé par le gouvernement, grâce à M. Fould et à votre serviteur; mais tous les calotins sont déchaînés contre lui el inventent chaque jour quelque petite noirceur.

Adieu, mon cher Panizzi. Avez-vous entendu parler de la saisie d'un livre du duc d'Aumale sur la maison de Coudé? Je n'y comprends rien et cela m'afflige.

Cannes, 11 février 18G-3.

Mon cher Panizzi,

Le docteur Maure m'a conseillé de rester ici m'assurant que, si j'allais me fourrer en cet état dans les boues et les brouillards de Paris, je deviendrais sérieusement malade. J'ai donc pris mon parti très facilement et d'autant plus qu'on m'écrivait que la discussion de l'adresse ne donnerait lieu à aucun incident. En effet, tout a été bâclé sans conteste. Le prince Napoléon a, je crois, mal fait de voter contre. 11 eut mieux valu ne pas voter du tout; mais il ne sait pas résister au plaisir de faire une malice. Il est toujours prêt à faire des sottises et il ne manque pas de gen& qui les lui conseillent. Son discours, lors de la distribution des récompenses aux industriels,, avait été habile, il aurait dû en rester là.

Je reçois ce malin une lettre d'un de mes amis qui revient de Sicile. Il dit le pays très agité et très mal disposé. Les loules sont peu sûres, mais

plutôt par suite de rinsuffisaiice des moyens de répression conire les voleurs que par excitation politique.

Lord Russell ne se tire pas trop mal de la bévue de son neveu, qui a pris pour argent comptant une plaisanterie du pape.

Les prêtres font tous les jours des progiès. Je pense aller à Paris vers le 20 pour une dizaine de jours. Cousin est toujours ici se portant à merveille. Je vais voir EUice demain. Il n'est pas et ne veut pas être lord Glengiirry. Il dit qu'il veut vivre et mourir comme il a vécu, a citizen of tke world.

Adieu, mon ciier Paniz/.i ; tâchez de secouer vos rhumatismes et de faire provision de santé pour les rigueurs du printemps.

Paris, 21 mars 186?.

Mon cher Panizzi,

Merci de votre lettre. 11 me semble que vous voyez les choses en noir. Du désordre me parait

probable à Naples, mais je ne crois pas à une révolution, ni même à des mouvements sérieux. Le grand malheur de l'Ilalie, si je suis bien informé, est que, depuis longtemps, les gens honnêtes et éclairés ont été ou se sont tenus tout à fait écartés des affaires. Il en résulte qu'on ne trouve personne pour les faire. Prendre des Piémontais est le moyen d'exciter la jalousie des autres Italiens, et donner des administrateurs du pays à chaque province est le moyen que rien ne marche et qu'on fasse des bêtises. Il faut du temps et de la patience.

Je viens d'assister aux dernières séances du Sénat, séances assez orageuses, grâce au prince Napoléon. Rien de plus éloquent, de plus incisif et de plus spirituel que son discours^ mais en même temps rien de moins politique et de moins princier. Il a une absence de tact incroyable dans un homme d'esprit. Le résultat a été de faire perdre aux Polonais une quarantaine de voix. Je ne sais pas, à la vérité, si son but, en prenant la parole, était d'être utile aux Polonais. C'est un homme blabé qui cherche à s'amuser. Il pense à l'efTel qu'il produira, et tout est dit. De

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ses clients, il s'en soucie fort peu. Tant il y a (jue nous avons blackboulé la pétition des catholiques et des académiciens.

La question polonaise d'ailleurs fait grand bruil. du moins à Paris, car en province personne ne s'en occupe. Selon l'usago, cette question a rejeté toutes les autres sur le dernier phm. On ne pense plus ni à l'Amérique ni à l'Italie. Tous les journaux sont pourvus de nouvelles venant de Posen ou de Cracovie, toutes d'origine polonaise et qui sont, en général, des mensonges. Cependant il est certain qu'il y a un mouvement national très énergique. Quant au nombre des insurgés, il n'est pas considérable, et ils se tiennent sur les frontières de Galicie, à la lisière des forêts, afin de se ménager une retraite. Ce qui est assez étrange, c'est qu'à Cracovie il y a un bureau public d'enrôlement, avec drapeaux polonais et affiches majuscules, à quelques pas d'une sentinelle autrichienne. Vous savez que rAutriclie ne craint pas d'insurrection de ce côté. Les paysans galiciens simt grecs ; les gentilshommes sont catholiques. L'Autriche a fait du bien aux paysans, et, en 1846, lorsque les

geiililslioinmes ont voulu remuer, elle a lâché sur eux les paysans, qui les ont massacrés. C'est toujours le magnifirjue exemple d'ingratitude que le prince Félix Schwartzenberg annonçait après la campngne de Hongrie.

Vous aurt'z vu que, après un long entretien avec l'empereur, M. de xMelternich est parti pour Vienne, d'où il revient la semaine prochaine. Personne ne sait de quelles propositions il est porteur, et, par coiiséiiuent, chacun donne ses suppositions comme les tenant de bonne sonrce. Apprenez que l'Autriclie va nous céder la Vénétie, qu'elle envoie quatre cent mille hommes en Pologne, pendant que nous donnerons une raclée aux Prussiens ; nous prendrons les provinces rhénanes et nous donnerons à l'Aulriche la Silésie, la Serbie, je ne sais quoi encore. Nous ferons un royaume de Pologne et on le jouera aux dés. Vodà ce qui se dit de plus sensé pour le moment. La seule chose qui me semble probable, c'est un rapprochement entre l'Aulriche et nous. Ce que cela peut amener, je n'en sais absolument rien.

On est mécontent ici de ce que fait, ou plutôt ne fait pas, le général Forey au Mexique. On an-

nonce ce soir que le paquebot qui appuitc les nouvelles était en vue ce malin ; ainsi on aura des k'Itrcs demain.

J'ai dîné mardi avec nos hôtes de Biarritz, tous les deux en parfaite santé. Votre jeune ami, qui \ient d'avoir sept ans le 16 de ce mois, a passé sa première revue et a manœuvré très bien avec les enfants de troupe. On a demandé pour lui le grade de sergent, mais on a répondu qu'il n'avait pas encore le temps de service exij^jépar les règlements. Il n'a plus de kilt, mais des knicker-bockers qui lui vont à merveille. Il e.>t toujours très gentil et commence à bien étudier.

Adieu, portez-vous bien. N'oubliez pas de m'apporter une corne contre hjettatura.

CXXY

Paris, 5 mai 1863.

Mon clicr Panizzi,

Je suis allé bier aux Tuilei-ies. L'impéralrice m'a demandé de vos nouvelles et pourquoi, passant par Paris, vous n'aviez pas déjeuné avec elle? Ni-

gra el les allachés delà légation italienne paraissent en grande faveur, faveur toute personnelle, bien entendu. Hier, ou plutôt aujourd'hui, l'impératrice a retenu autour d'elle huit ou dix personnes, dont Nigra et deux attachés. On ne nous a lâchés qu'à deux heures un quart.

On reçoit à l'instant la nouvelle que Puebla a capitulé après deux combats dans lesquels les Mexicains ont été complètement battus.

Rien de nouveau de la Pologne, si ce n'est la publication dans le Moiiiteur de deux réponses russes. Celle qui nous concerne est très douce. 11 me semble que, si j'étais à la place d'Alexandre, je répondrais d'une autre encre.

Les élections, je le crains, se feront à la diable.

Adieu, mon cher Panizzi. Je suis toujours souffreteux, respirant mal et de mauvaise humeur.

Paris, Il mai 1863.

Vous ai-je conté l'histoire du général X... et de

sa femme, qui est une puritaine renforcée?Elle a fait arranger son hôtel à ***, où il commande une division. Dans toutes les pièces^ elle a fait mettre des inscriptions tirées des Écritures, et, dans la chambre à coucher, il n'y en a qu'une, notez-le bien, à la manière anglaise; on lit en lettres d'or: « Faites le bien tous les jours. » — Il a un peu perdu la tête de vanagloria^ comme disent les Espagnols. Il donne lui-même le bras à la générale comme l'empereur à l'impéralrice, ce qui semble un peu drôle. Il disait à madame de Z..., la fdle du général qui commandait à *** avant lui : « Comment votre père pouvait-il habiter une baraque comme celle qu'il occupait? Moi, je n'oserais pas loger ainsi mon aide de camp. — Oh ! général, mon père était un vieux soldat, et il était trop grand seigneur pour faire attention à ces choses-là. »

L'impératrice est très enrhumée pour être allée à Fontainebleau essayer une gondole vénitienne sur le lac. Je ne m'explique pas trop comment elle peut entrer sous la fdcc avec la crinoline, ni comment on manœuvre la gondule, si l'on n'a pas appoilé en même temps des gondoliers vénitiens.

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Je VOUS ai raconté l'année passée une aventure fort étrange avec une dame inconnue dont j'ai fait cependant la connaissance. Cela m'en a attiré une autre dix fois plus exiraordinaire et qui me donne une idée bien avantageuse de notre époque. L'espace me manque pour vous conter la chose et, d'ailleurs, ma moralité en souffrirait trop. Le fond de la question est que les jeunes gens n'aiment plus que les lorettes, de sorte que les femmes honnêtes sont obligées de recourir aux vieillards. C'est une personne fort bien d'esprit et de corps, folle, à ce que je crois.

Adieu^ mon cher Panizzi ; mille amitiés et compliments.

Paris, 2i mai 1863.

Mon cher Panizzi,

J'ai revu mon incognita, toujours fort brûlante, et je ne sais plus qu'en penser. Je lui ai promis de ne pas chercher à savoir qui elle est, et, dans le fond, cela m'importe fort peu. Les conjec-

turcs que j'avais faites se sont trouvées tout à fait mal fondées, en sorte que je n'y comprends plus rien du tout. Elle a de l'esprit, elle est très gaie et fuite. Elle m'a dit qu'elle est Italienne, Bt, en effet, elle parle l'italien très facilement, et, à ce qu'il me semble, sans accent. Elle en a en parlant français, mais pas l'accent italien. Comme ce siècle de fer est drôle ! Je crois que, vous et moi excepté, tout le monde est fou.

Il y a ici beaucoup d'excitation pour les élections. M. de Persigny ressemble à un cocher qui tire sur les rênes et donne des coups de fouet à tort et à travers. Sa lettre sur la candidature de Tliiers a fait mauvais effet parmi les gens comme il faut; mais on m'assure qu'elle en a produit un tout autre sur les épiciers, qui forment la masse des électeurs.

Notre ami du faubourg Saint- Honoré est allé travailler l'élection de son fils, et manque un terrible déjeuner chez Ragelle. Il est parti plus m spirits que lorsque vous l'avez vu. Personne ne doute qu'après les élections il n'y ait un remaniement ministériel considérable, et, jusqu'à présent, l'apparence est que la couleur politique à

laquelle appartient notre ami sera renforcée. Comme la chose dépend en dernière analyse de la volonté de quehju'un dont on ne sait jamais la pensée, tout est encore fort incertain, sinon le changement.

On s'occupe toujours beaucoup, et à mon avis trop, des affaires de Pologne. Heureusement, jusqu'à présent, et j'espère que cela continuera, on s'en occupe diplomatiquement et de concert avec l'Angleterre et l'Autriche. Il faut que la guerre de Crimée ait blessé la Russie plus fortement qu'on ne pensait, pour qu'elle n'en ait pas encore fini avec cette révolte qui, même en tenant compte des exagérations des journaux, paraît s'étendre et s'envenimer tous les jours.

Il y a maintenant à Paris un escadron de spahis qui accompagne quelquefois le pi ince impéiial. Au milieu de ces gens noirs avec leur costume étrange, faisant la fantasia autour de lui, il a l'air d'un de ces princes des Mille et une Nuits enlevés par des magiciens. Il a été très enrhumé dernièrement, mais va très bien à présent. On dit qu'il commence à travailler. Son précepteur est un homme intelligent, dit-on, et pas clérical. On ne lui don-

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nera pas de gouverneur, comme il semble. Je mourais de peur que ce ne lut un évoque. Il avait été question du maréchal Vaillant, qui avait ses inconvénients aussi, quoique pas de ce côté-là. Adieu, mon cher Pani/.zi; rnppelez-moi ou souvenir du British Muséum.

CXXYIII

Paris, l" juin 1863.

Mon cher Panizzi,

Nous sommes ici dans le fort de la fièvre électorale. Je ne sais pas encore ce qui sortira de l'urne, mais très probablement l'opposition antidynastique sera renforcée très notablement. On croit que Thiers sera nommé à Paris, grâce aux lettres furieuses de Persigny.

Si le gouvernement fait des folies, l'opposition en fait de son côté. Les rouges et les blancs s'allient sans la moindre vergogne. Le duc de Broglie reçoit chez lui Carnot, le ministre de l'instruction publique de 1848, qui signait les factums de madame Sand. Cela elïraye un peu les épiciers,

qui se souviennent du peu de poivre qu'on achetait alors ; mais le bourgeois de Paris a toujours du goût pour Topposition. J'espère que notre ami le docteur Maure sera élu, malgré son préfet, dans les Alpes-Maritimes. Le fils de M. Fould le sera sans la moindre difficulté à Tarbes, et Edouard Fould dans son département^ où ses bons dîners lui ont gngné le cœur de tous les curés.

On est toujours fort inquiet des affaires de Pologne, plus encore que de celles du Mexique, qui cependant n'avancent guère. Mais à quelque chose malheur est bon. Le Mexique arrêtera sans doute les velléités polonaises. Ilest impossible de dire plus de mensonges que tous les journaux n'en débitent sur ce sujet.

Les interpellations de M. Grégory et les réponses de M. Layard au sujet de l'Orient m'ont amusé. Lord Palmerston n'en démordra pas, et, après l'Angleterre, il n'y a pas à ses yeux de pays mieux administré que la Turquie.

Adieu, mon cher Panizzi. Je ne sais rien de nouveau sur Vincognita^ et je ne me mets pas en frais d'espionnage. Elle me promet une visite pour aujourd'hui.

Paris, IC juin 1863.

Mon cher Panizzi,

Vous aurez vu le résultat de nos dernières élections, où l'opposition a réussi assez notablement. C'est un enseignement dont je ne sais pas trop si l'on profitera. Ici, le cri général est qu'il faut changer de ministère, ou du moins modifier considérablement le ministère actuel. Bien que l'upposilion, en dernière analyse, ne consiste que dans vingt-cinq voix, elle a une puissance énorme dans un pays où lout le monde aime à critiquer. Il faudra de toute façon compter avec elle, autrement on lui donnerait trop d'avantages. Si on jugeait les changements probables par ce qu'on désire et par ce qui serait agréable au plus grand nombre, les dépensiers et les courtisans seraient exclus du cabinet et remplacés par des hommes d'affaires. Mais le maître n'aime pas les visages nouveaux et n'admet pas trop, je le crains, qu'il y ait des hommes nécessaires. Cependant M. Bil-

laut a, depuis quelque temps, de fréquentes conversations avec lui et paraît le conseiller dans ce sens.

Notre ami du faidjourg Saint-Honoré me semble plus coulent et plus calme. Je sais, d'autre part, que M. ^Valew;^ki, qui d'abord avait pris des airs triomphants, est maintenant un peu écorné et inquiet. Cependant rien n'est encore fait, et la situation peut durer encore longtemps ; on ne paraît pas disposé à réunir la Chambre tout de suite pour la vérification des pouvoirs. C'est en novembre^ à ce qu'il paraît, que la convocation aura lieu, ce qui me semble assez mauvais; car, d'un côté, il pourrait arriver tel événement qui exigeât une réunion immédiate, et cependant il faudrait encore perdre quinze jours à la vérification des pouvoirs. D'un autre côté, après la façon dont les élections ont été menées par les préfets, il faut s'attendre à plus d'un scandale, et il vaudrait mieux, à mon avis, confondre tout cela avec l'excitation électorale, que de laisser reposer les gens pour les réveiller et les exciter de nouveau. Machiavel, qui est toujours le prince des politiques, dit quelque part : Dcbbono farsi tutte le crudeltà in un tratto. A la

LETTRES A M. TANIZZI 323

place de crudcltà, qui n'est plus de ce temps-ci, mettez un mot plus convenable, le principe reste toujours le même.

M. Thiers annonce l'intention d'être très modéré. Je le crois, au fond, un peu embarrassé de son entouragiî. Il ne peut pas se dissimuler qu'il est seul à la Chambre et que la queue plus ou moins rouge qui se ralliera à lui dans certaines occasions ne lui veut aucun bien. 11 est partagé entre l'irritation très juste que lui donnent les circulaires de Persigny, et l'inquiétude que lui inspire le parti rougiî. Jo crois que, avec un autre ministère, il serait possible de l'amener, non pas à devenir le défenseur du gouvernement, mais à être mi critique bienveillant et utile dans l'occasion.

Voici une petite histoire assez drôle : Prevost- Paradol, des Débats, avait acheté un cheval arabe d'un officier de spahis. La première fois qu'il le monte, il va au bois de Boulogne. Le prince impérial vient à passer avec son escorte de spahis. Aussitôt, le cheval se met avec eux, et, bon gré, mal gré, emmène M. Paradol jusque dans la cour des Tuileries.

Adieu, mon cher Panizzi; portez-vous bien et écrivez-moi.

Fontainebleau, 25 juin au soir 13(,3.

Mon clier Panizzi,

Vous aurez vu que nous avons fait un ministère. Je crois que tout est pour le mieux. Les nouveaux venus peul-ôlre n'ont pas assez de notoriété; mais le cabinet gagne cent pour cent en se défaisant de quelques-uns de ses membres. On peut dire que le dernier changement donne raison aux gens d'esprit. Les fous et les bêtes de moins, c'est une bonne chose.

Nous passons ici le temps 1res gaiement et en très bonne compagnie, presque aussi agréablement qu'à Biarritz, hreeches excepted. Il n'y a pas de monlagnes de la Ruue, et nous faisons des promenades charmantes dans des bois magnifiques. Il y a devant le palais un grand étanjque nous appelons honorablement le Lac. Il y a toute sorte de petites embarcations, un caïque de Conslanlinople avec un caïkdji et une gondole

vénitienne quitein style avec son gondolier. Celle gondole a pris la parole, l'aulre soir, el a dil, par l'enlremise de Nigra, d'assez jolis vers à Sa Majeslé. En voici la fin :

Donna se acaro suU" placido Tuo lago, a quando a quando Teco verra solando Il muto Imperator, Digli clie in riva ail' Adria Povera, ignuda, esangue, Geme Venezia e langue Ma vive — e aspetta ancor !

Je crains qu'on n'ail répondu : Aupettl. Cependant Nigra est très festoyé ici. Il y a un autre Italien, compatriote à vous, je crois, un comte Sormani, qui est bon garçon et lutnime d'esprit. Il est de Modène, je crois, et aussi dévoué à ses ducs légitimes que vous pouvez l'élre. Avec M. Billaut, qui est homme du monde et très aimable, c'est le seul personnage officiel du séjour et cela ne le gâte pa-.

Nous avons vu des figures assez drôles pendant la crise ministérielle. C'est amusant d'être aux premières loges et d'assister à la comédie quand on n'est pas acteur, et qu'on n'a pas la

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prétention d'y jouer un rôle. Je n'ai pas revu M. Pould depuis mon départ de Paris ; mais on me dit qu'il est très content.

J'ai vu M. Thiers, que j'ai trouvé fort sage et moins irrité que je ne l'aurais cru. A vrai dire, il aurait tort de l'ôtre, car c'est aux colères de M. de Persig.iy qu'il doit sa nomination. Il m'a parlé en très bons termes de l'empereur et paraît déterminé à se séparer de l'opposition. Je crois qu'il cherche une position intermédiaire. Il voudrait qu'on fît un pas en avant; mais il croit que ce pas consoliderait la dynastie. Hic jacet lepus Mais, enfin, je crois que ce n'est pas une mauvaise chose qu'un homme comme lui, acceptant fr-anchement le gouvernement de l'empereur et voulant améliorer au lieu de renverser, chose rare dans les oppositions françaises. Je ne doute pas qu'un de ces jours nous ne le voyions

Les afTaires de Pologne continuent à donner beaucoup d'inquiétude. Je ne trouve pas que le jeu qu'on joue en Angleterre soit très loyal. Il rappelle trop l'histoire des marrons tirés du feu Pir la patte du chat. Tout le bruit qu'on fait

au

Parlement des violences des Russes, on aurait pu le faire avec autant de raison à Saint-Pétersbourg, lors de la révolte des cipayes dans l'Inde. Personne ne trouvait à redire lorsque le capitaine Hodgton tuait de sa main les deux fils du Grand Mogol, coupables d'avoir eu des sujets qui avaient violé des Anglaises (car ces Indiens ont de mauvaises manières), et Ton jette feu et flammes lorsque les Russes pendent des officiers qui ont quitté leur régiment pour prendre parti parmi les insurgés. Nous faisons très justement fusiller à Puebla des Fiançais que nous avons attrapés.

Adieu, mon cher Panizzi. Vincognita m'écrit des lettres italiennes toujours brûlantes.

Paris, dimanche 12 juillet 1863.

Mon cber Panizzi,

Je devais dîner avec Sa Majesté hier, et je comptais lui remettre votre lettre ; mais, au moment de monter en voilure pour Saint-Cloud, est

arrivé un de ses écuyers m'annoncer que le dîner était remis, attendu que le duc de X... venait d'avoir une attaque, on ne sait pas bien de quoi, et qu'il était encore sans connaissance. Il y a deux divinités païennes qui peuvent être accusées du fait, pour lesquelles il avait trop de penchants ! On nous a remis à demain, pour le cas où Taccident ne finirait pas mal. Je vais envoyer savoir de ses nouvelles dans l'après-midi. S'il allait plus mal, ou s'il monraii sainte a noi, j'enverrais votre lettre qui me paraît excellente.

Je ne vois pas encore bien clair dans l'avenir. Cependant je crois bien que vous me verrez apparaître vers le 20 de ce mois. Vous savez que je ne tiens pas beaucoup au monde et que je viens à Londres pour vous voir. Quant aux dîners, les vôtres me plaisent beaucoup mieux que ceux des aristocrates du West-Eud. L'exemple du duc de X... est là pour prouver que les jeunes gens de notre âge doivent se contenter d'un bifteck.

On vient de recevoir la nouvelle de la prise de Mexico. Ce serait excellent si cela finissait tout ; mais c'est un autre ordre de diflicullés qui commence. César et M. Fould sont jusqu'à présent

les seules personnes, à ma connaissance, qui pensent que l'ulTaire pourra devenir profitable à ce pays-ci.

On attend avec grande impatience et un peu d'inquiétude des nouvelles de Russie. La plupart croient que la réponse de Gortcliaknf sera très polie, et même qu'il acceptera la proposition de l'Autriche, sinon les nôtres, qui paraissent les mêmes que celles de l'Angleterre. Mais les Polonais n'en voudront pas, pas plus que de l'armistice timidement présenté par lord Riissell. Alors quelle sera la conséquence? de laisser carte blanche à la Russie. Si on n'eût pas encouragé les Polonais, il est probable que l'insurrection serait déjà terminée. On se demande encore comment on traiterait avec le gouvernement national^ qui ressemble fort au gouvernement des francs juges ou des inquisiteurs de l'État de Venise. Je pense que lord Russell ne sera pas embarra-^sé p mr les découvrir, car il a le grand pontife Ilerlzen sous la main.

Je viens de voir une lettre de Thicrs. 11 a élé reçu merveilleusement par l'aristocratie devienne. L'empereur l'a consulté sur la politique, et il a

modestement répondu qu'il ne pouvait qu'admirer M. de Schmerling. II paraît, d'ailleurs, très frappé du mouvement libéral de l'Autriche et de la résignation des grands seigneurs à l'accepter. Il paraît bien résolu à ne pas faire ici d'opposition Iracassière, et même à se séparer très franchement de^ rouges ses collègues de Paris. Mais, e7ilre dicho y hecho, hay gran trecho.

Adieu, mon cher Panizzi ; à bientôt, j'espère. Mille amitiés et compliments.

Paris, IGjuiUet 18C3.

Mon cher Panizzi,

Voilà le pauvre duc de X... qui paye cher ses amusements trop tardifs. Il paraît qu'après avoir bien dîné et avoir bu beaucoup d'eau-de-vie, il est allé dans un b \1 champêtre, d'où il est revenu pour souper, en compagnie de deux gueuses, et c'est en sortant de la Maison dorée, après un souper très prolongé, qu'd est tombé sur le trot-

LETTRES A M. l'ANIZZI 333

loir à demi paralysé. Je ne crois pas qu'il ait retrouvé sa connaissance.

J'ai dîné avant-hier chez madame Fould, qui m'a donné des nouvelles deYichy. Son mari était, en apparence, en grande faveur auprès de Sa Majesté. On est content, en général, du nouveau ministère. Le ministre de l'instruction publique a commencé par quelques mesures très antijésuitiques qui ont fait un très bon effet.

Je ne suis pas content de la nute de lord Russell ni de son discours sur la Pologne. La note est bien médiocre de forme, surtout si on la compare à celle de Drouyn de Lhuys et à celle de M. Ce Rechberg. 11 y a une grande naïveté au sujet de l'armistice, naïveté dont, au reste, nous avons à supporter notre part. On demande un armistice ; mais comment un armistice peut-il exister sans frontières définies? Et le moyen de déterminer une frontière dans un pays où les insurgés n'ont pas une ville, peut-être pas un village ; oi^i il n'y a pas une lieue de terrain occupée par eux, mais où il y a, dans chaque forêt, une troupe de cent à deux cents hommes? Quelle réponse on prépare au prince GortchakofI Ajoutez à cela

l'assurance donnée au Parlement qu'on ne fera pas lu guerre à la Russie, quand même elle répondrait par la négative aux six propositions. Il me semble que rien de plus imprudent, ni de plus timide à la fois, n'avait encore été signé par un ministre des affaires étrangères. Comme tout cela montre bien l'énormité de la puissance de la presse, qui fait faire tant de bétisi's aux gens les plus sensés !

Adieu, mon cher Panizzi; je vous écrirai bientôt, et ce sera j'espère pour vous dire le jour de mon arrivée.

Paris, 21 août 18G3.

Je suis arrivé hier soir à bon port dans mon domicile, non sans avoir offert un petit sacrifice à Neptune, moins à cause de sa fureur que par la présence de cent cinquante vieilles femmes qui remplissaient des cuvettes à l'envi.

Je n'ai pu aller aujourd'hui à Saint-CIoud. J'irai demain, je pense, et je vous écrirai au commencement de la semaine prochaine.

LETTRES A M. PAMZZI 335

Il paraît décidé que nous aurons une session en novembre, non pas seulement pour la vérification des pouvoirs, mais pour faire des lois. Le peu de gens que j'ai vus ne croient pas à la guerre, et on m'assure que renlliousinsme polonais se refroidit tous les jours.

L'archiduc Maximilien a écrit à l'empereur une lettre de huit pages pour lui faire ses remerciements. Il accepte et on dit que ce n'est ni la reconnaissance ni l'éloquence qui manquent à cette épître. On assure que nos affaires au Mexique vont bien. On a chargé un colonel Dupin de poursuivre les guérillas mexicainesjuaristes avec des spahis d'Afrique et descontreguerillas mexicaines. Il a débuté comme il faut commencer avec cette canaille, par pendre et fusiller tout ce qu'il attrapait. Les gens du pays ont trouvé cela très bon et nous servent d'espions avec empressement. On croit que quelques mois de chasse suffiront pour rendre le pays parfaitement sijr. UtiJiam.

Ici, à la Chambre, on s'attend que l'opposition fera le diable à quatre et donnera beaucoup d'embarras. Je compte voir Thiers ces jours-ci.

336 LETTRES A M. l'ANlZZr

L'empereur et le prince impérial sont au camp de Châlons à l'aire de grandes manœuvres.

Adieu, mon cherPanizzi; portez-vous bien. Je suis triste de vous avoir quitté et me console en pensant que c'est pour peu de jours.

Paris, 23 août 1803.

Mon clier Panizzi,

Je suis allé hier à Saint-Cloud, où j'ai trouvé tout le monde en très bonne santé ; je ne parle pas des militaires grands et petits qui sont au camp. On vous remercie beaucoup des photographies, qui ont paru faire grand plaisir.

On allait vous écrire ; mais, comme c'est une opération qui coûte beaucoup à cette petite main, on me charge de la lui épargner. On m'ordonne donc de vous demander quand vous venez. On part le 31 de ce mois. Voulez- vous partir avec elle? Monsieur ne revient à Paris que le 27. Il en partira le 4 septembre. De toute façon, on compte sur votre présence, vous laissant absolument

maître de décider le jour. Seulement ne tardez pas à répondre. Je suis à votre disposition tout à fait. Je fais une seule, non objection, mais observation. Si nous partons le 31 , il n'est pas clair que nous puissions nous en aller avant la fin tlu mois. Décidez.

Point de guerre cette année. Cela est évident. On est bien catholique. Le fils cependant me donne des espérances. Son précepteur lui a conté un vieux roman dont le dénouement a eu lieu sous Tibère, et lui a demandé si les juifs n'étaient pas d'abominables gredins d'avoir fait ce tour à Notre-Seigneur. Le petit a dit : « Mais pourquoi s'est-ii laissé faire puisqu'il était tout-puissant ? » Je ne sais pas ce que le précepteur a dit. Tâchez de trouver une bonne réponse.

Adieu, à bientôt. Répondez-moi et décidez pour vous sans arrière-pensée, ni considérations de cérémonie. Vous avez des affaires et vous pouvez et devez les faire passer avant tout.

Biarritz, 27 septembre 18C3.

Mon cher Panizzi,

Un mot très à la hâte, car je vais à la messe. L'impératrice est très souffrante d'un mal de gorge commencé vous savez où et continué dans une promenade en bateau sur la Nive. L'empereur est aussi un peu enrhumé et le prince impérial a été très souffrant hier de vomissements. Ce matin, il est à peu près complètement remis.

Nous avons eu un très agréable voyage de Tarbes à Pau et à Biarritz. Yos commissions ont été fidèlement remplies et aussitôt que possible.

Adieu. Je suis chargé pour vous de tous les compliments et tendresses des dames et des messieurs, à commencer par deux augustes personnages*.

1. A cette lettre étaient ajoutés ces quelques mots de la main de l'impératrice :

« Je veux vous dire, mon cher M. Panizzi, tout le regret que j'ai de ne plus vous avoir parmi nous. Je vous demande de vouloir bien me conserver un de vos bons et meilleurs souvenirs.

" Votre alliée politique.

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