‹ Lettres à M. Panizzi, 1850-1870. PubliéesChapitre 8 sur 33 · PRÉFACE XI · texte numérisé non relu

PRÉFACE XI

des fidèles de la dernière heure. Après avoir raconté les fêtes et les splendeurs des jours éclatants, il raconte les tristesses et les deuils des jours tragiques. Il faut bien reconnaître que l'impératrice, dans cette crise suprême, montra beaucoup de courage et de dignité.

« Je ne sais rien de plus admirable que l'impé- » ratrice, » écrit Mérimée le 16 août 1870 ; « elle ne » se dissimule rien, et cependant montre un calme » héroïque, effort qu'elle paye chèrement, j'en suis » sûr. »

« J'ai vu notre hôtesse de Biarritz , » dit-il le » 22 août; « elle me fait l'effet d'une sainte. » Et, dans sa lettre datée du 4 septembre, il écrit : « Je vais essayer d'aller aux Tuileries. » C'est presque le dernier mot de la dernière lettre datée de Paris. Si Mérimée put aller jusqu'aux Tuileries, il n'y trouva pas celle qu'il voulait voir. Il n'y avait plus d'impératrice.

En somme, Mérimée — cette affirmation va paraître paradoxale, et elle n'est cependant que l'expression de la stricte vérité, — Mérimée n'a jamais été très bonapartiste. Le régime impérial ne lui a jamais inspiré une grande confiance. L'Empire, en 1802, paraissait encore bien solide et bien puissant... Eh bien, Mérimée, le 31 mars 1862,

XII PltÉFACE

écrivait à Panizzi : « On souffre, on s'inquiète. » Et il ajoutait très finement : « On aspire vers quelque « chose qui ne soit ni le passé ni le présent. »

Le plus tendre et le plus respectueux dévouement pour l'impératrice, tel était le fond des opinions de Mérimée. Eugénie de Téba avait deux ans quand Mérimée fut présenté à la comtesse de Montijo. Quelques années plus tard, un des amis de Mérimée le rencontra rue de la Paix ; il tenait par la main une adorable petite fille de cinq ou six ans. Frappé de la grâce et de la gentillesse de cette enfant, l'ami de Mérimée demanda qui elle était.

— C'est, répondit-il, une petite Espagnole, la fille d'une de mes amies... Je vais lui faire manger des gâteaux.

Et Mérimée entra chez un pâtissier pour faire manger des gâteaux à cette petite fille, qui devait, vingt ans plus tard, devenir impératrice des Français et passer par de si éclatantes et de si tragiques destinées. La tendresse que Mérimée portait à cette enfant devint une fidèle et respectueuse affection qui jamais ne se ralentit ni ne se démentit.

L'impératrice Eugénie quittait Paris le 4 septembre, et Mérimée, six semaines après, mourait à Cannes, échappant ainsi à toutes les douleurs qui allaient déchirer les âmes françaises. Il mourut pen-

PRÉFACE XllI

dant son sommeil, et si doucement, qu'on l'aurait pu croire endormi.

La dernière lettre de ce recueil annonce à Panizzi qu'il ne verra plus son ami. Cette lettre est écrite par l'une de ces nobles femmes qui avaient consacré leur existence à Mérimée et qui, jusqu'à la dernière heure, l'entourèrent des soins les plus dévoués.

Nous croyons devoir faire suivre ces quelques explications d'une notice de M. Louis Fagan sur l'homme éminent qui recevait ces lettres et qui les a précieusement conservées, sentant bien qu'elles faisaient partie de l'œuvre de Mérimée et qu'elles devaient, en fin de compte, appartenir au public.

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