X PREFACE
« J'ai eu, » dil-il, « une bataille à soutenir contre » l'impératrice. Vous ne serez pas surpris quand » je vous dirai que, bien qu'elle fût un peu irritée, » elle n'a pas cessé un instant d'être bienveillante » et bonne pour moi, comme à son ordinaire. Mon » attachement pour elle et le danger très réel de » la chose m'ont donné hardiesse et franchise, et » je lui ai débité très nettement ma râtelée, quel- » quefois avec plus de vivacité que le respect ne » l'exigeait. Elle a discuté longuement, mais en » avocat qui soutient une mauvaise cause. Son » grand argument était qu'elle était bien libre de » faire tout ce qu'un particulier peut faire. J'ai ré- » pondu qu'elle n'était pas un particulier, qu'elle » avait des charges et qu'elle devait les suppor- » ter. Après une demi-heure de dispute très ani- » mée, ayant dit tout ce que j'avais sur le cœur, » j'ai conclu qu'une grande souveraine comme elle » ne pouvait rien faire qui compromît et son mari » et son pays, et qu'elle devait se persuader qu'elle » n'était pas libre; qu'un roi l'est moins que per- » sonne , et que c'était pour cette raison que » j'avais refusé toutes les couronnes qu'on m'avait » offertes. »
Voici l'année terrible. L'Empire va s'écrouler devant l'invasion. Mérimée est aux Tuileries un