‹ Lettres à Madame d'EpinayChapitre 113 sur 181 · MADAME D'ÉPINAY A L'ABBÉ GALIANI · texte numérisé non relu

MADAME D'ÉPINAY A L'ABBÉ GALIANI

Le 11 avril 1771.

Si je n*espérais pas que mes lettres tous parviennent à peu de frais , mon cher abbé , je n'aurais plus le courage de vous écrire, car ma puissance épistolaire ne va pas au delà de vingt lignes de ma main, et la force de ma tête ne me permet guère de dicter plus d'une ou deux pages. Il faut pourtant que je vous raconte mes désastres. L'abbé Terray m'a ruinée par ses opérations ^ Je n'ai ni crédit, ni protections, et Dieu me préserve d'en employer jamais pour réclamer un écu. Je me défais de mon équipage, je vends le peu de vaisselle que j'ai; cela ne me mènera pas bien loin. Tout ce qui me fâche, c'est que cela ne suffira pas pour payer mes dettes, parce que ma santé m'en fait contracter, et m'empêche d'économiser sur le peu qui me reste. Ce dont je vous réponds, c'est que je n'en serai pas plus triste, et que j'irai à l'hôpital gaiement. Â présent que je vous ai mandé ce qui me concerne, je dicte le reste de ma lettre. Si je maudis par-ci par-là un abbé, il faut que j'en chérisse davantage un autre ; si je voulais faire un parallèle entre vous deux, cela serait assez plaisant. Mon assassin est grand comme une perche', mon consolateur n'a pas quatre pieds de haut : l'un est sec comme un cotteret, a les yeux cou-

1 . L'abbé Terray avait diminaé les bénéfices des fermes, dans lesquelles, madame d'Épiuay avait encore un intérêt (90 000 livres pour elle, et 30 000 pour ses enfants), en augmentant de 400 000 livres les pensions, et de 1980000 les croupes dont elles étaient chargées.Voir les Mém,svr Vadm.de l'abbé Terray, Londres, «776, p. 24-7 et Î50.

Page 1