Édit T. : Mon état $êt toujours ennuyé
3. U afait laissé à Diderot le manuscrit de ses Dialogues, que le philosophe fit imprimer, a après y avoir passé la pierre-ponce. » Mim, de Morelletft, I".p, 192.
28 LETTBEB DB L'ABBE OAUAKI
quand ce .ne serait qu'à la plume, sur les exemplaires non vendus. Si le débit produit une seconde édition, je vous prie de faire grande attention à ces corrections ; et, en outre, je vous demande en grâce d'ôter de la fin du cinquième dialogue, si je ne me trompe, cette partie de jeu, et de rétablir le dîner \ Je ne sais pas quelle rage vous avez de me faire passer pour un joueur plutôt qne pour un gourmand. Je suis gourmand et point joueur. Quel mal y a-t-il qu'on parle de dîner, lorsqu'on ne parle que de blé ! Enfin, madame, je vous en prie, rétablissez-moi le dîner, et ôtez cette apostille qui contraste avec le début du dialogue suivant, qui commence : En dînant, etc. Ne donnons pas gain de bataille aux gens délicats. Je veux être ce que je suis ; je veux avoir le, ton qu'il me plaît ; et, si on m'achète, je ne demande pa^ davantage, ni mon libraire non plus. Le cher, abbé Panurge' a donc écorché son doigt, en attendant de m'écorcher, moi, tout vif, et les oreilles des auditeurs peut-être. Mais pourquoi me réfute-t-il, si je n'ai pas encore achevé de parler? Je vous supplie, madame, de dire et de répondre à tous ceux qui savent que le livre est de moi, l'histoire lamentable de ce malheureux ouvrage. Le dernier dialogue a été écrit en sanglotant, et vous savez qu'il n'est pas fini : il y
1 . Les quatre premiers Dialogues se passent aller natÎTement avant et après le dîner; le cinquième, au contraire, bien que, au début, le temps en soit indiqué < avant le dîner, » se termine ainsi : • Allons nous débarrasser du jeu, pour reprendre ensuite notre discours. (Après le jeu il était trop tard et la conversation fut renvoyée à huit jours •).
2. L'abbé Morellet, qui combattit les idées de Galiani, dans sa RéftUaUon de l'ouvrage qui a pour titre Dialogues iurle commerce dea blèg, à l*occa* sion de laquelle Grimm écrivait en juillet 1770 : «L'abbé Morellet a aussi fait un gros ouvrage contre le livre de Tabbé Galiani ; il l'a écrit avec une telle rapidité et.one telle assiduité que la peau de son petit doigt, à force de le frotter contre son bureau, s'est entièrement usée ; il portait ainsi les stigmates de sa foi robuste dans les principes des économistes, sans avoir les honneurs de saint.» (Corresp, littér,, t. IX, p. 8t.}
A MADAME d'ÉPÎNAY. 29
manque le plus important de mon système \ L'abbé Morellet devrait m'écouter jusqu'au bout. Cependant, s'il est inexorable, de grâce lisez-lui ma lettre sur la Compagnie des Indes, et rendez sa colère cpmplète*.
Je réponds à votre leltre du 14, qui m'arrive. dans le moment. Ceux qui vous ont fait la difficulté sur le double dommage que mes droits d'importation et d'exportation * produiraient aux spéculateurs qui font venir des blés de l'étranger, ne connaissent pas les lois de leur pays. Il y déjà deux ans que cet inconvénient a été paré par une déclaration du roi^. Il existait, quoique plus faiblement, à cause des droits d'un pour cent d'importation, et du demi pour cent d'exportation, que l'édit avait établis. La déclaration dit que le blé qui arrive est censé être en entrepôt, que les ports de France seront des ports francs relativement aux blés, et qu'on ne paiera pas cet un pour cent, lorsqu'on remportera les blés étrangers qu'on avait fait venir. Cette loi existe; si -j'avais mes papiers en ordre, je vous l'enverrais d'ici ; c'est vous-même qui me l'avez achetée pour quarante- quatre sous. Ainsi, je ne devais pas parler d'une loi sage qui est déjà faite. Au
1 . Grimm a dit également, en rendant compte des Dialogws : « La dernière moitié de cet ouvrage a été composée au milieu du riolent chagrin que 1* auteur ressentait de son départ ; il n'avait pas cru sou rappel si prochain, et il était trop aimé et trop désiré à Paris pour se consoler aisément * de n'y plus être. Son livre en est testé imparfait. Il se proposait de faire un dernier entretien sur la police des grains qu'il croyait convenable à la France : je ne sais à présent si cet entretien sera jamais fait. (Corresp. littér. t. YIU, p. 440.)
2. A la date du 2d mars 1769, les Mémoires secrets parlent de quatre lettres manuscrites sur la Compagnie des Indes (t. IV, p. 118), serait-ce une de ces lettres dont il est ici question, et dont Galiani serait ainsi l'auteur? ^
3. Galiani fait erreur sur la date, ou bien celle-ci a été mal lue, car il s'agit ici de l'édit du mois de juillet 1764 qui établit la liberté de la sortie et de l'entrée des blés, moyennant un droit de un pour cent, et des Lettres patentes du 7 novembre suivant qui fixaient ces droits d'entrée et de sortie.
30 LETTRES DE h'ABBÈ 0ALIANI
reste, j'en aurais parlé, lorsque ^'aurais . explique mon système des magasins et des ports francs , en un mot, des caricatori^, qu'il faut établir en France, comme ils le sont en Sicile : mais je suis parti, ou, pour mieux dire, on m*a arraché de Paris, et on m*a arraché le cœut Que voulez-vous de moi ? Ainsi la réponse que vous devez donner à cette objection, n'est pas celle que vous me mandez dans votre lettre; mais c'est d'acheter cette déclaration et de la montrer. On verra que l'im^onvénient n'existe pas, puisqu'il est décidé qu'on ne piaiedes droits que lorsqu'on fait une véritable importation, non pas en débarquant ses blés dans les magasins des villes commerçantes, mais eb les vendant aux gens du pays; et de même, lorsqu'on s'en veut aller avec le blé apporté, il suffit de montrer sa déclaration faite lors de l'arrivée, et on est libre de s'en aller avec la quantité de blé non vendue, * sans tien payer. Tout cela est fait déjà et arrangé par le gouvernement français, il y a deux ans, avec beaucoup de sagesse, et en prenant toutes les précautions pour éviter les fraudes. Cependant je vous remercie infiniment de m'en avoir écrit ; cela me fournira matière pour le dialogue à faire.
. Faites-moi, degrâce,écrirepar Grimm,parSchomberg, par le baron, par tout le monde ; cela est nécessaire à mon salut. Je suis damné, et je mourrai dans le désespoir, si mes amis m'oublient. Mille remerciements à mademoiselle de' Lespinasse sur son opiniâtreté à trouver bonnes mes mauvaises plaisanteries *, Adieu, ma belle