‹ Lettres à Madame d'EpinayChapitre 125 sur 181 · Éd. D. : Deux mots · texte numérisé non relu

Éd. D. : Deux mots

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superflu de la nature, qui ne doit avoir rien de superQu, si ce n'est elle-même tout entière.

Voilà ce que remarque très bien Fra Paolo^ dans son Bistoire du Concile de Trente : que les théologiens y consultaient ; et les Pères, c'est-à-dire les évêques, qui ne connaissent pas un mot de théologie, décidaient le dogme. Ce qui est dans le système politique est aussi dans la république des lettres. Les sots font le texte, et les hommes d'esprit font les commentaires ; et c'est pour cela que Pauurge explique le Tableau ' de la physionomie rurale, et qu'il a la rage de croire qu'il l'entend ; c'est pour cela que Newton commenta Daniel et l'Apocalypse ^.

Je répondrai à notre cher Grimm la semaine prochaine lorsque j'aurai pris les éclaircissements nécessaires sur la commission qu'il me donne.

Je suis bien fâché que la queue de Merlin soit si dure à écorcher. J'avais si grand besoin d'argent I

J'oubliais de vous dire que J'ai aussi reçu votre n^ 33 ; il est court et triste, et je n'ai rien à y répondre.

Je suis enchanté d'apprendre que le chevalier ~ de Magallon vous ait pris*., le coin de... votre loge aux Ita*^ liens. Vous vous trouverez bien de son voisinage; c'est un homme sûr* Bonsoir* Envoyez souvent par Grimm de mes nouvelles et de mes compliments à madame de la Perté-Imbault, à madame Geoffrin, à la cruelle Necker, qui ne veut pas absolument m'écrire, et bonsoir**

li Fra Pdolo Sarpi (l5o?-l623), adversaire de la Cour de Rome, dans son Histoire du Concile de Ti'entej Londres^ 1619, et soup^Jonné d'hérésie j;>ar Bossuet.

2. Le tableau Jconomiquef 1758, in-4^, où Quesnay eiposait son système d'économie politique ou de physiocralie.

3. Observationè an the Prophecies of Daniel, and tht Apocalypte, London, 1737, iu-4^, où NeVton cherche à eipliquer en quelque sorte tnathématiquetnent, les prophéties de Daniel et dé saint Jeaùi

Ssl — A tA MÊME.

(Rép. au n° 55.)— Napie8, 25 mai 1771.

Ma belle dame, c'est aujourd'hui l'anniversaire du jour où je reçus mon rappel de Paris, -et il était bien juste quelle jour le plus noir de ma \ie fût compensé par le jour où je reçois la plus tendre, la plus chère et la plus belle de vos lettres. Vous me donnez le plaisir de m'assurer que vous n'avez plus le besoin de venir à Naples, et que vous en avez l'envie : c'est tout ce que mon cœur souhaitait d'apprendre de vous. Vous voudriez savoir si je reviendrai à Paris ; je le crois fermement, mais je ne vous reverrai pas ; car je serai aveugle. Plaisanterie à part, mes yeux vont si mal de jour en jour, que je m'attends à une cataracte dans un an, et ceci m'obligera de retourner à Paris, me soumettre à l'opération et m'établii* aux Quinze-Vingts ; c'est une idée affreuse pour moi que de revoir Paris dans cet état. Cependant moi aveugle, je ne puis trouver d'autre pays où je réussisse que Paris ; c'est le seul pays où l'on m'écouterait.

Pour vous appeler ici à l'éducation des princes^, il faudrait commencer par la grossesse de notre reine ^. Je travaille à cela par mes vœux au ciel et par les plus sincèrçs désirs. Si notre reine était la femme d'un particulier, je tâcherais J'^ travailler encore plus efficacement; car

1 . Si madame d*Épinay ne fut pas attachée, comme elle le désirait, à l'éducation des enfants de la famille royale de Naples, ses Conversations à Emilie (1774) servirent à lui attirer la bienveillance de Catherine II, qui y avait trouvé « un grand fond de naturel et de bon sens, pas une phrase entortillée ni alambiquôe pas une idée louche ou fauise b Grimm, Mém, hist,t dans la Corresp. litt., t. T', p. 33.

2. Marie-Charlotte-Louise de Lorraine, sœur de Marie-Antoinette, née le 13 août 1752, mariée le 7 avril 1768, à Ferdioand IV, roi de Naples, fils de Charles 111. Elle accoucha seulement un an plus tard, d'une princesse.

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c'est une des plus intéressantes figures que j'aie jamais vue. Elle est la plus belle femme de Naples, et c'est bien dommage qu'elle soit reine.

Linguet a eu tort d'accabler les économistes ; je suis persuadé que dans ce moment les économistes sont les plus étonnés et les plus morfondus de tous les êtres, voyant que leurs principes et leurs théories sur*la liberté, la propriété, le despotisme légal \ l'ordre essentiel, etc., ont fait si peu de progrès. On a écrasé les parlements comme des puces et des punaises, en dépit de la physionomie rurale. Qu'en disent-ils ? Qu'en dit-il, Panurge?. . . Moi, qui fais des réflexions bien diff'érenles de celles des économistes, je me suis mis à réfléchir sur les causes physiques de la liberté des gouvernements, et j'en ferai mon 187* ouvrage. Le contraste frappant entre ce qui est arrivé en Pologne ' pour si peu de chose, et ce qui n'arrive pas à Londres et à Paris pour tant de choses, m'a découvert les principes fondamentaux de la liberté

Premier principe : Qu'il n'y ait pas de voitures à ressort et qu'on aille à cheval : une voiture coupe le soulèvement dans une rue, et le chef dû parti qui se trouverait dans la voiture perd trop de temps à se mettre à la tête des soulevés, parce qu'il faut qu'il appelle son laquais

1. DaDi son livre de V Ordre naturel et essentiel, 1767, développement des idées de Quesnay, Le Mercier de La Rivière distinguait entre le despotisme légal et le despotisme arbitraire, et se montrait partisan du premier.

2. A la suite du traité avec la Russie, en date du 24 février 1768, lequel reconnaissait les droits des dissidents, s'était formée la confédération de Bar contre le gouvernement de Stanislas Pooiatowski, qui lui-même avait fait appel contre elle aux armées de Catherine (!<<' mars). Après avoir perdu Cracovie (16 août) et subi des défaites àLemberg et à Szuke (26 avril, 20 mai 1769), à Dobro (23 janvier 1771), les confédérés avaient publié le 3 avril un manifeste pour déclarer le trône vacant. Plus heureux en 1771, ils venaient, le 1 5 janvier, de reprendre sur les Russes le chftteau de Cracovie, ce qui amena de la part de l'ambassadeur russe, une note eommi* natoire au roi pour rengager à asir de concert pour réduire les rebelles.

Christophe, et lui dise : « Christophe,ouvre* le carrosse. Christophe, ferme le cari'osse; » ♦ît tout cela prend beaucoup • de temps ^ Deuxième priticipe : Il faut avoir des chaises de paille et point de fauteuils ; un homme qui est tombé sur un large fauteuil chez madame Geoffrin, a bien de la peine à se soulever. Troisième principe : Il ne faut point avoir de trumeaux, car dans les soulèvements, les coups de pierre pourraient les casser, et ils valent beaucoup d'argent. Quatrième principe : Il faut avoir de très mauvaises auberges sur les grandes routes ; lorsqu'on y rencontre de méchants lits remplis de punaises, on est éveillé de meilleure heure, et Ton fait plus de diligence dans ses marches. Cinquième principe, et c'est le fondamental : Il ne famt point poudrer ses cheveux. Après un vigoureux soulèvement, un homme dépoudré est affreux à voir, et n'oserait paraître dans aucune bonne compagnie, ni assister à un souper d'invitation.

De ces principes, je crois, dépend le soutien de la liberté, et dérive V ordre essentiel des devoirs réciproques entre le souverain et le peuple. Ainsi Rousseau dans son Contrat social, stipulé aux pieds de la tour de Babel, par le feu notaire Nemrod, oublia de marquer que les clauses du contrat portaient qu'il ne devait valoir que jusqu'à l'institution des sophas et des fauteuils^ et que le consentement des perruquiers y était formellement requis.

Savez-vous pourquoi je vous écris des lettres si folles? c'est parce que vous me dites qu'à Paris il n'y a pas le mot pour rire.

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