A M. GRIMta
Mon cher Grimm, le cœur me saigne de voir acheter V Herculanum ^ au prince de Gotha, Thomme du monde le plus digne de le recevoir en présent. Sachez que quoique ce livre se vende et ne se donne plus aux particuliers, les souverains sont toujours comme de raison audessus des lois. Si le prince voulait écrire un seul petit mot au ministre Tannucci , en lui disant qu'il souhaiterait d'enrichir sa vaste bibliothèque d'un ouvrage que la magnificence du roi fait graver ici, d'abord il l'aurait sans faute, comme on le donne à tous les autres souverains. Il pourrait mander à M. Tannucci de me le livrer, et j*en ferais telle reçu, et je vous l'expédierais. S'il voulait ensuite envoyer en présent à la bibliothèque du roi
1. Noas croyons devoir séparer cette lettre, qui, dans rédilion T. est inclase dans la précédente.
2. Oit.-Ant. Bayardi, Le Antichita di Ercolano,espo8teconqualche spiegaiiofxe, Napoli, 1757-92, 9 vol. in-fol.
J152 LETTRES DE LUbBÉ GAUANI
ici, OU à M. Tannu€cî, sa Gotha Nummaria^y ou quelque livre particulièrement appartenant à sa maison ou à ses États, etc., il ferait ce que peu de souverains ont fait et ce qui serait très noble et très digne de lui. Yoilà, mon cher Grinam , ce que j'ai à, vous dire. Tâchez de persuader au prince de faire à ma guise; qu'il écrive à M. Tannucci, et tout sera dit. En attendant, assurez le prince de mon enthousiasme pour lui. Bonjour. Vous ne valez rien ; vous m'avez déshonoré à la face de tous les potentats du nord, et je vous ai pardonné. Coquin ! ppur expiation de vos forfaits, envoyez-moi le Voyage de Bougainville^ \ et si, depuis mon départ, on a publié à Paris d'autres voyages ' curieux, je vous prie de m'en faire l'emplette aussi. C'est aujourd'hui le jour que je suis parti de Paris. Quel jour I quel moment I Voilà deux années et plus que nous ne nous sommes pas vus ! Avezvous pu vivre sans moi ? Adieu. Embrassez mes disciples, mes compagnons et mes maîtres. Adieu.
(Rép. au n° 59.) — Naptes, 29 juin 1771.
Ma belle dame, votre lettre du 8 juin n'est point gaie, il s'en faut même de beaucoup. Vous avouez vous-même que vous n'avez que quelques lueurs de gaieté. Je crains que cela ne tienne au physique, et que vous ne vous portiez pas bien. Voilà ce qui me fâche. Pour moi, je fais "
i . Gotha Numariay sistens Thesauri Fridericiani numismata antiqua descriplut Amsterdam, 1730, in-fol. Par ChristiaorSigismond Liebe (1687- 1736), précepteur des enfants du duc de Gotha, puis conservateur de la collection de médailles de ce prince.
2. Louis-Antoine de Bougainviile (1729-1811), qui Tenait de publier son Voyage autour du Monde, Paris, 1771, in-4''.