La carte des Deux-Siciles
254 liETTBES DE L'ABBÉ GALIANI
s'il en a paru depuis deux ans. Réunissez les livres que \ous avez à ra'envoyer avec ceux qu'a Nicolaï, et faites-en un ballot, que vous expédierez à Marseille, à l'adresse du consul de Naples, M. Médina^
Je suis curieux de lire cette histoire de Charles Y, qui fut le premier despote depuis la chute de l'empire romain. II fut un despote doux, comme son fils fut un despote aigre. Après eux, nous en avons eu des aigredoux ; et à présent nous les mangeons à toutes sauces.
Je présente mes respects aux culottes mouillées de notre cher marquis. J'embrasse mes amis. J'ai eu des nouvelles du baron par M. Ghanguion. Bonjour et bonsoir.
(Rép. à une lettre da i 6 juin Bans n».) — Naples, 6 juillet 1771.
Ma belle dame, pourquoi m'écrivez-vous pour me mander que vous ne m'écrivez pas? C'est barbare. Mais je me suis vengé. J'écris une longue lettre à madame Necker, et fort tendre même, car je me plais à exciter des jalousies, et je ne vous en écrirai qu'une fort petite. Cependant elle vous montrera la sienne, à ce que j'espère, et vous serez dédommagée. J'ai peu de choses à vous dire ce soir. Il paraît que Nicolaï ne vous a pas montré un distique que j'ai fait pour être mis au bas de mon portrait. Il y trouva une faute de mesure, et je l'ai corrigée sur-le-champ. Faites-vous montrer cela.
Le marquis a-t-il continué ses bains et son cul au lait? J'ai eu des nouvelles du baron par M. Changuion , qui est venu ici. C'est un Anglais qui sent le Français musqué.
1. Antoaio di GioTani a Médina. Le TJce-cousul était Ph. Giribaldi. 4lmanach royal, 1771.
A liABAME D'ÉPIHAY. 25S
Votre voisin, que fait-il? Se porte-t-il bien? J'attends l'expédition des livres, dont Je vous prie de faire un seul ballot, en ramassant tous ceux qui m'appartiennent et qu'on veut ra'envoyer, et en y ajoutant tout ce que bon vous semblera. Je souhaite que le calme revienne en France après tant de mouvements. Je crois que M. d'Aiguillon le ramènera; car il fera la guerre ^ Adieu ; bonsoir. Aimez-moi.
(Rép. au n? 60, écritde Boarg-Neuf, le 28 juin.) — Naples, 20 juillet 177i .
Ma belle dame, est-ce donc là une lettre sublime, écrite à son aise, dans le repos? une lettre où vous ne me faites que transcrire une rapsodie de Voltaire*, qui combat une rapsodie de Linguet ! Et de vous, de vos amis, des miens, de vos maux, de votre digestion, des affaires publiques, de la santé de mademoiselle Helvétius, et de tout ce qui serait vraiment sublime, vous ne me dites mot? Le cul au lait du marquis est donc oublié? Ah! je vois ce que c'est. Vous voulez avoir une lettre de moi , et savoir à quoi vous en tenir au juste sur le compte de Cicéron? le voici donc :
On peut regarder Cicéron comme littérateur, comme philosophe et comme homme d'État. Il a été un des plus grands littérateurs de son temps ^ 11 savait tout ce qu'on
1 . D'Aiguillon eut un instant la pensée d'attaquer la flotte russe dans la Méditerranée, de concert arec l'Espagne. Une démonstration de l'Angleterre Ten empêcha.
2. L'article Cicéron, contenu dans le IV' Tolume des Questioni tur V Encyclopédie^ qui 'venaient de paraître. Voltaire y défend Cicéron contre les attaques de Linguet dans son livre des Canaux navigabUa, tout en flattant Linguet, qu'il avait eu pour auxiliaire dans l'afTaire du comte de Morangies, et qu'il appelle « un avocat qui a étudié l'éloquence chez ce grand mattre, un citoyen qui parait animé comme Cicéron même de l'amour du bien public. »