Ed. T. : Qui ait jamais existé
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savait de son temps, excepté la géométrie et auXres scieDces de ce genre. Il était médiocre philosophe ; car il savait tout ce que les Grecs avaient pensé, et le. rendait avec une clarté admirable ; mais il ne pensait rien, et n'avait pas la force de rien imaginer. Il eut l'adresse et le bonheur d'être le premier à rendre, en langue latine, les pensées des Grecs, et cela le fit lire et admirer par ses compatriotes. C'est ce qui a fait faire à Voltaire plus de bruit qu'à Bochart, Bossuet, Huet, Leclerc, Hamon, Grotius^ etc. Ils ont dit en latin, sur la Bible, tout ce que Voltaire a expliqué en français. On ignore ceux-là, on ne parle que de lui. Comme homme d'État, Cicéron étant d'une basse extraction et voulant parvenir, aurait dû se jeter dans le parti de ro/}/}Os«ïibn, ou de la chambre basse, ou du peuple, si vous voulez. Cela lui était d'autant plus aisé, que Marius , fondateur de ce parti, était de son pays. Il en fut même tenté ; car il débuta par attaquer Sylla, et par se lier d'amitié avec les gens du parti de l'opposition, à la tête desquels, après la mort de Marius, étaient Glodius, Catilina, César. Mais le parti des grands avait besoin d'un jurisconsulte et d'un savant; caries grands seigneurs, en général, ne savent ni lire ni écrire. Il sentit donc qu'on aurait plus besoin
1. Samuel Bochart (1599-1667), orientaliste et théologien protestant, « un des plus savants hommes de l'Europe, dit Voltaire, dans les langues et dans l'histoire, » auteur de la Geographia aacra (1646); — P. Daniel Huet, évêque d'Arranches (1 630-1 721), dont il faut rappeler ici la Demonstratio Evangelica, 1679 ; le Traité de la tituation du Paradis ierrestrey 1691 ; les Dissertations sur diverses matières de religion^ et son Traité sur les faiblesses humaines^ qui, au jugement de Voltaire, a paru démentir sa Démonstration évangélique; — Jean Leclerc (1675-1736), le savant auteur et publicateur de la Bibliollièque iiniverselle ; — Jean Hamon, médecin et célèbre janséniste' (1618-1687), auteur des Explications sur le Cantique des Cantiques, et de Traités de Piété ; ^ Hugo Grotius (1583-1645), dont les Annotationes in vêtus et in novum Tentamentum, (1644,4 vol. in-fol.), étaient célèbres.
de lui dans le parti des grands, et qu'il y jouerait un rôle plus brillant. Il s'y jeta, et dès lors on vit un nou veau parvenu mêlé avec les patriciens. Figurez-vous donc en Angleterre un avocat dont la cour a besoin pour en faire un chancelier, et qui suit par conséquent le parti du ministère. Cicéron brilla donc à côté de Pompée, etc., toutes fois qu'il était question de choses de jurisprudence ; mais il lui manquait la naissance, les richesses, et, surtout n'étant pas homme de guerre, il jouait de ce; côté-là un rôle subalterne. D'ailleurs, par inclination naturelle, il aimait le parti de César, et il était fatigué de la morgue des grands, qui lui faisaient sentir souvent la grandeur des bienfaits dont on l'avait comblé. Il n'était pas pusillanime ; il était incertain. Il ne défendait pas des scélérats, il défendait les grands de son parti, qui ne valaient guère mieux que ceux du parti contraire. L'affaire de Catilina était grave, car elle tenait à la chaîne d'un grand parti. Aucune affaire de Wilkes^ n'est jamais petite en' Angleterre ; elle est ridicule à Paris. Son éloquence n'était point vénale, non plus que celle de M.Pitt;
elle était celle de son parti... Enfin Dieu nç permit point qu'un de ses clients l'assassinât, car Dieu ne permet point ; il fait, et fait toujours ce que bon lui semble. Voltaire se moque de nous, quand il nous parle du gouvernement de Gilicie de Cicéron •. Il n'y a rien qui ressemble tant au gouvernement de Sàncho-Pança, dans l'île Barataria*. C'était une affaire de cabale, pour le
i. Éd. T. :de Wkigh.
2. Voltaire avait dit : «Peut-on mépriser Cicéron si ou considère sa conduite dans son gouvernement de Citicie. qui était alors une des plus importantes provinces de l'empire romaîb, en ce qu'elle conQnait à la Syrie et a l'empire des Partbes. • Dictionn. philosophique. Consulter sur ce sujet : G. d'Hugues, Uneprovinceromaine tous la République , Paris, 1876.
S. Don Quichotte, ch. II, 45-53.
faire parvenir à Thonneur du triomphe, comme les exploits militaires de M. de Soubise n*étaient que pour le faire parvenir au bâton de maréchale Cependant Cicéron le manqua, et son ami Caton s'y opposa le pre* mier. Il ne voulait pas prostituer tout à fait un honneur déjà trop avili ; et d'ailleurs Cicéron n'était pas d'une naissance à comparer à la maison de Rohan. Pour les vertus de Cicéron, on n'en sait rien : il ne gouverna jamais. Pour ce qui est de son mérite d'avoir ouvert les portes de Rome à la philosophie, il est bon de dire que le parti de l'opposition était un parti d'incrédules ; car les évêques (c'est-à-dire les augures, les pontifes, etc.) étaient tous lords et patriciens. Ainsi, le parti de l'opposition attaquait la religion, et Lucrèce avait écrit son poème avant Cicéron. Le parti des grands soutenait la religion. Ainsi Cicéron qui, dans son cœur, penchait du côté de l'opposition, était incrédule en cachette, et n'osait pas le paraître. Lorsque le parti de César triompha, il se montra plus à découvert et sans en rougir. Mais ce n*est pas à lui qu'on doit la fondation de l'incrédulité païenne, qu'ils appelaient sophïa, sagesse ; c'est au parti de César. Les applaudissements que la postérité a donnés à Cicéron, viennent de ce qu'il suivit le parti contraire à celui que la cruauté des empereurs rendit odieux. En voilà assez sur Cicéron.
Grimm ignore que monseigneur Garampi ^ est nommé
i^ Charles de Roban, duc de Rohan-Rohan, priaee de Soubise (1715- 17B7), fils de Louis-François-Jules, prince de Soubisc, mort le 6 mai 1724, et d'Anne Julie-Adélaïde de Meltm, princesse d'Épinoy. La défaite de Rosbach, en 1 757, ne lui fit pas perdre la faveur de la cour, et l'année suivante, ayant battu les Hanovriens à Lutzelbourg (1 octobre) , il fut fait maréchal de France le 19 du même mois.
2. Joseph Garampi, né à Rimini, le 29 octobre 1725, cardinal en 1785, mort en 1792, célèbre comme archéologue et diplomate.
hoQce en Pologne. Le prince Auguste de Saxe ^ le rencontrera en chemin. Pour moi, je ferai de mon mieux pour jouir à Naples du siècle d'Auguste ; je crains qu'il ne soit pas de longue durée. Vous ne m'avez pas mandé que vous aviez payé Giambone, mais j'en étais persuadé. Je tâcherai de vous avoir des graines de melons.
Mill^ choses aux aimables Valons. Je me suis lu avec grand plaisir * dans le Mercure de France ;mQ.h ce qui m'a fait encore plus de plaisir, c'est un aveu sincère et naïf du libraire de ce pauvre abbé Roubaud^ page 106 du même volume ^ : de grâce, lisez-le. Qui est-ce qui a fait cette plaisanterie charmante des oreilles à ressort, dans le même volume, page 208 * ? Elle est digne de Swift, et
f . Françoii-Xavier-Auguste, prince de Saxe, connu en France tous le titre de comte de Lusace, né le 25 aoAt 1730, frère de la Dauphine, mère de Louis XVI, mort le 21 juin 1806. 11 avait épousé, en 1765, Claire- Marie-Rose, comtesse de Spinueci. Bn 1770 et 1771 il yoyagea en Italie, sous le titre de comte de Goertzig. Il arriva à Naples le 5 mai 1770, et était encore à Venise en avril 1 77 1 . Gazette de France. Voir aussi la Correepond. inédite du prince X, de Saxe, publiée par A.. Thevenot, Paris, 1875.
t. L'Article de Diderot, dont il rst parlé p. 219, note 2.
3. Voici cette annonce parue dans le Mercure de juin 1 771 . « Ce libraire (Dee Ventes de la Doué) a aussi un petit nombre d'exemplaires des Récréa-' tione économiques, ou Lettres de routeur des Représentaiions aux magi»trcUs^ à M, le Ch, Zanobi. Cette matière inléreue tous les hommes, toutes les sociétés. Il s'agit de leurs aliments, de leur subsistance. 11 importe qu'on n'ait que les plus justes idées sur le commerce de la denrée la piua essentielle, d'où dépend en un mot la vie du genre humain. Il est du devoir des princes, des ministres, des magistrats, de touk ceux qui participent à l'administration, de connaître jusqu'où l'on peut étendre ce commerce pour la prospérité de l'État : cette question est traitée ici. avec toute la clarté qui peut résulter d'une connaissance approfondie de l'économie sociale et de la force du raisonnement. L'auteur a eu l'art d'égayer une matière si sérieuse par elle-même des traits d'une critique légère, et souvent de l'épigramme. »
4. Il s'agit d'un article intitulé : Les oreilles à ressort, petite dissertation physique et morale, par M. M***, où Pauteur s'élève contre l'usage des têtières et béguins, qui déforment les oreilles comme le maillot déforme le corps, « J'espère démontrer, dit-il, à quel point ces ridicules pratiques influent non seulement sur le physique, mais encore sur le moral de l'espèce humaine. La nature, cette mère intelligente, a pounm nos oreilles de
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de tout ce qu*il y a de plus délicat de ce genre. Si Grimm n'en est pas l'auteur, je ne le connais point. Bonsoir. Plaignez-vous à Gicéron, si je ne vous en dis pas davantage pour ce soir.
(R6p. aa n° 61). — Naples, t7 juillet 1771.
Ma belle dame, votre lettre campagnarde est fort jolie. L'aventure du commissaire, donné dans le fromage mou, est comique tout à fait. Ce M. de Valori prouve à l'univers que l'état ecclésiastique ^ est le mieux combiné du monde, pour ceux qui ne réussissent à rien. Ainsi on a bien tort de vouloir l'écraser, et on sentira, dans la société, rincommodité de la suppression de ces hôpitaux de fainéants, d'imbéciles, de gauchers, de têtes de travers. Les sots, faiseurs de systèmes, croient bêtement (parce que Montesquieu Ta dit) qu'il suffirait d'ôter l'asile aux fainéants pour qu'il n y eût plus de fainéantise*; c'est comme si on projetait de démolir les Petites- Maisons, pour qu'il n'y eût plus de fous. On croirait n'en plus avoir, parce qu'ils seraient répandus parmi le monde; mais il y en aurait tout autant.
Je n'approuve pas votre retour à Paris. Vous vous y attristerez. Je souffre des maux de la France. Elle est
muscles adducteurs^ abducteurs^ abaisseurs et releveurs : muscles faits pour a^oir leur jeu libre...; que d'avantages résulteraient de l'action merveilleuse de ces ressorts, • . Le suffrage le moins équivoque des beautés d'un drame se peindrait avec énergie dans l 'érection des oreilles, et cette merveilleuse érection varierait son jeu à l'infini. Un grand morceau de musique, une belle femme, an beau tableau... produirait son degré d*élévation sur ces oreilles à ressort, etc. » If «retire, juin, 1771, p. 208.
1. X'abbé de Valori qui, en 1773, fut nommé aumônier ordinaire de la comtesse d'A.rtoi8, et obtint, le 24 février 1776, l'abbaye de Vigeois, diocèse de Limoges. Gaz. de France, 1776, p. 81.