Voir lettre
A MADAME d'ÉPINAY. , 309
leur soit démontré. Voilà comme toutes les vérités se tiennent.
Au reste, j*ai montré votre lettre au philosophe qui en a fait des sauts et des bonds à mourir de rire. Sa perruque n'a jamais autant voyagé sur sa tête que pendant la lecture de cette lettre. Il prétend cependant que les peines et les récompenses sont de surérogation ; qu'il faut seulement étouffer les mauvais sujets pour Fexemple, parce que l'homme est susceptible de modifications. Moi qui n'entends pas les affaires, je dis précisément que c'est parce qu'il est susceptible de modifications qu'il faut des peines et des récompenses. Je ne m'aviserai point de battre ni de broyer la pierre qui m'aura froissé les jambes en roulant à côté de moi; car j'aurais beau la mettre en poussière, je n'en serais pas pour cela à Tabri de la première pierre qu'on aura jetée dans la même direction. Mais si je donne un bon coup de poing à l'homme qui me frappe en passant dans la rue, si Ija douleur qu'il en ressent est assez forte pour qu'il s'en ressouvienne, il ne me frappera plus quand il me rencontrera. Gela n'empêche pas que le philosophe ^ d'ailleurs n'ait dit de fort belles choses surtout cela, dont je ne me souviens pas d'un mot. D'ailleurs quand les choses sont une fois vues,à^uoi bon y revenir, à moins qu'on n'ait des choses sublimes ou neuves à y ajouter? Et cela n'appartient qu'à vous, mon cher abbé ; ainsi parlons d'auti*es choses.
Tout ce que vous me dites du docteur est excellent et le peint à merveille' ; mais réfléchissez sérieusement pour lui à ce que je vous ai mandé. Faites-lui mille tendres compliments de ma part. Ayez donc le temps d'écrire
t. Diderot.