‹ Lettres à Madame d'EpinayChapitre 152 sur 181 · Voir lettre · texte numérisé non relu

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A ilADAMB D'éPIîTAY. 319

almanach. Je consacre ce jour au plaisir de lire, de relire, de savourer, de goûter^ de mâcher même, et de sucer tout ce papier. Ainsi, par conséquent, je ne répondrai à personne, excepté à M. Diderot, dont j'ai re^u une lettre ausisi^ Prenez patience; je rougirais de ne répondre que deux mots sans esprit et sans sel à tos belles lettres.

Je ne vous dirai donc que ce qui concerna Gatti, dont vous me parlez dans votre lettre du 20 décembre. Lorsqu'il arriva ici, je le trouvai tellement épouvanté deTétat horrible dans lequel il disait avoir laissé la France, qu'il me paraissait résolu à quitter toute sa fortune, plutôt que d'y retourner. 11 craignait les Jésuites, les dévots, les ennemis de Choiseul, les médecins; tout enfm. 11 n'y a rien de plus injuste et de plus ridicule que de taxer Gatti d'ingratitude, s'il ne reparaît pas à Chanteloup. Pereonne n'ignore, à Paris, qu'il n'a envoyé à Florence que très peu pour soulager sa famille. Tout son bien, toute sa fortune est en France. Qu'on le taxe donc de pusillanimité, d'étourderie, de prodigalité, à la bonne heure. Mais comment diable peut-on appeler ingratitude celle d'un homme qui, saisi de frayeur, abandonne tout ce qu'il a, tout le fruit de son travail de dix ans? Si on réussit à rassurer Gatti sur ses frayeurs, on lui rendra un grand service assurément, et soyez persuadée que c'est bien à son regret qu'il s'en est éloigné, comme quelqu'un qui a Vingra* titude d^abandonner sa maison et tous ses effets, parce que le feu y a pris. Je ne sais pas si les frayeurs de Gatti sont fondées ou non ; vous pouvez savoir cela mieux que moi. Mais assurez-vous qu'il en est au point qu'il a trouvé qu'Helvétius a bien fait de mourir, et qu'il est mort très à propos ; qu'il s'étonne fort que le reste de ses

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