‹ Lettres à Madame d'EpinayChapitre 156 sur 181 · AU PRINCE HÉRÉDITAIRE DE SAXE-GOTHA · texte numérisé non relu

AU PRINCE HÉRÉDITAIRE DE SAXE-GOTHA

Naples, Î6 février 1772.

Monseigneur, j'ai reçu la lettre dont il a plu à yotr^ altesse sérénissime de m'honorer, et que le prince, yotrrÇ, frère, a bien voulu me remettre de sa propre main. Il faut être vrai, surtout avec les souverains, quand cela ne serait que pour la rareté du fait. Je ne sais pas décider si le séjour de son altesse m'a causé plus de plaisir que de peine. D'abord il a été le premier qui m'ait fait sentir tout le poids de la charge que j'occupe maintenant, puisque les chaînes qui me liaient à mon devoir m'ont souvent empêché de le suivre, et d'être toujours auprès, de lui, comme je l'aurais souhaité. Les moments où j'ai pu le suivre n'ont pas été plus gais pour moi. Le regret de ne pas vous voir ensemble ici se faisait sentir d'autant plus vivement à mon cœur, que le propos le plus fré-, quent, et, pour ainsi dire, le refrain de son altesse à chaque chose curieuse, belle ou remarquable qu'il voit, c'est cette exclamation si favorite: Ah! si mon frère voyait cela! Voilà les souffrances qu'il m'a causées. Le plaisir a été grand, je l'avoue, et sans doute aussi grand que l'honneur d'en être connu. Cette douce aisance dont j'ai pu jouir auprès de lui, grâce à son affabilité; cette liberté que j'avais de tout dire, grâce à ses lumières ei à ses talents; ce souvenir tendre de votre altesse que sd

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Yue m'a causé, voilà mes plaisirs. Je vous laisse, monseigneur, à juger laquelle des deux sensations aurait dû remporter. J'en puis d'autant moins juger à présent avec impartialité, qu'écrivant cette lettre après avoir pris congé de lui, je ne sens que le chagrin très vif de le voir s'éloigner. Tout autre sentiment se tait à présent en moi. Il m'a promis qu'il vous assurerait de mon attachement inviolable, de ma profonde vénération, et j'ose même dire de mon amour pour vos éminentes vertus. C'est tout ce qu'il pouvait m'adresser de plus consolant à son départ. 11 est donc superflu que je répète ici que je suis avec te plus profond respect,

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