DE VOTRE ALTESSE SERÉNJSSIMK
le très humble, obéissant serviteur, etc. etc.
(Rép. aux n»* 88 et 84.)— ffaples, 29 février 1772.
Après la débâcle vient la sécheresse. Yoilà deux semaines que je ne reçois rien de Paris. Il faut pourtant que je réponde à cette lettre arrivée par deux courriers, et qui avait été à Madrid. Elle contenait un rêve en forme de dialogue écrit très délicatement ^ très naïvement, plein de bonnes choses, d'idées vraies et de souhaits impossibles. Je n'ai qu'une difficulté à faire à vos raisonnements ; je conviens que l'étude de l'histoire est nécessaire à l'acteur, pourvu toutefois que l'auteur de la pièce l'ait en-
f. Ce Réve^ était un petit écrit de madame d'Épinay, dans lequel, se Figurant en rêve être mademoiselle Clairon, laquelle était retirée du théâtre depuis i 765,elle donnait des eonseilssur Part dramatique à un jeune homme qui se destine à la scène. Ce Réoe a été inséré par Grimm, dans sa Cof" retpondance (t. IX, p. 401), comme « étant d'une femme de beaucoup d'esprit. »
A MADAME D'ÉPISAY. 325
tendue^ lui-même, en ait observé les mœurs, le siècle, le costume; mais s'il n'en a rien fait lui-même, comme cela arrive presque toujours, Tacleur serait mille fois plus embarrassé s'il connaissait l'histoire.
Si un malheureux qui aurait lu Garzillas^ voulait jouer Alzire, au diable s'il pourrait prononcer un seul mot du rôle de Zamore, qui est si savant, ou de celui d'Alzire, qui dispute sur ia religion aussi joliment que Voltaire. Alvarez et Gusman sont deux grands d'Espagne, aussi beaux que le prinqe d'Orange et le duc d'Albe, au lieu d'être deux pirates, vrais forbans de mer, tels qu'étaient Gortez et Pizarro. En vérité, ma belle dame, il me paraît que l'ignorance des auteurs a engendré l'ignorance des acteurs ; et de ces deux ignorances a procédé l'ignorance des spectateurs, qui n'a été ni créée, ni engendrée, mais qui procède des deux. Voilà une trinité d'ignorances qui a créé le monde théâtral. Ge monde n'existe qu'au théâtre. Les hommes, les vertus, les vices, le langage, les événements, le dialogue du théâtre lui sont particuliers. Il s'est fait une convention parmi les hommes que cela serait ainsi, que le théâtre aurait ce monde, et on est . convenu de juger cela beau. Les raisons de cette convention seraient difficiles à trouver; l'acte en est fort ancien, et il n'a pas été insinué au greffe. J'ai bien peur qu'on ne soit convenu de trouver Lekain bon et parfait ; on ne peut pas revenir contre une convention et une transaction en forme. Au reste, je crois que les causes qui ont pro-