Édit. T-. : Vavoir
qu'il y a trop de modestie, et qu'il la fait- paraître. Il faudra que je fasse, un beau jour, une belle çlissertation pour le guérir de cette vertu; elle est de trop dans un prince, et ce n'est pas la seule qu'un souverain pourrait avoir de trop. Entendons-nous; un prince doit avoir. de la modestie vis-à-vis de soi-même ; il .doit se défier de son savoir, et demander des conseils ; à la bonne heure ; mais il ne doit jamais en convenir avec personne^nien parlant, ni encore plus en écrivant ; à ceux mêmes qu'il fait l'honneur de consulter, il doit en imposer et leur faire accroire qu'il entend très bien la matière. Les méchants conseillers craindront en lui un juge éclairé; les bons se flatteront d'y trouver un connaisseur. S'il trahit son secret, il
n'aura jamais un bon conseil ; car si M. le conseiller s'aperçoit que son souverain n'entend pas la matière, il se garderait bien de l'en instruire ; il travaillerait à se rendre inutile ; ce qui est contraire à la nature humaine. Mais, au contraire, s'il croit que le prince en est instruit, il fera de son mieux pour briller à ses yeux, et débitera le meilleur de toute sa marchandise. Enfin, la parole d'un ^ prince est sacrée. Il n'a qu'un mot; s'il dit : Je n'y entends rien, on s'en rapporte à lui : ce qui serait très malheureux, et très faux en même temps, dans le cas de notre cher prince. Il est vrai qu'il y a eu peut-être d'autres souverains qui, s'ils avaient dit : Je n'y entends rien, ce serait la seule parole sacrée qu'ils auraient inviolablement tenue ; mais ces princes sont morts, l'Histoire en parle. Priez, en attendant, mon cher Grimm, de dire au prince de ma part tout ce que son cœur et son esprit lui fourniront. Il est prophète, il est voyant^ aussi il devinera très juste tout ce que je voudrais mander a cette jeune plante, qui fait l'espérance de l'Allemagne et l'honneur de l'humanité.
Assurez le libraire Merlin (car je crois qu'il s'appelle ainsi), que le sage Merlin ne valait pas deux liards à côté de lui ; que je le rendrai plus grand- sorcier que l'autre, et que, dès à présent, je lui promets l'édition de cent quatre-vingt-treize volumes dont j'accoucherai, un par an, pourvu que, de son côté, il m'assure la vie. Je compte même faire de mes ouvrages une tontine ^ (puisque vous en avez aboli la race), et je veux que le dernier vaille et contienne tous les autres. Vous jugez par là que cet ouvrage sera bien court. Oui, ma foi, il sera si court que le voilà :