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maison. M. TabbéRibaud ou Roubaud disait quHl ne connaissait point 'd'ennemis, que tous leh hommes étaient frères. C'est bien chrétien et bien peu politique ; enfin cette affaire me paraît gâtée pour longtemps en France ; on n'y suivra ni le système des économistes ni le mien ; on y suivra le système naturel des monarchies ; les permissions particulières, les faveurs de la cour, les entreprises des traitants ; un coup de plume d'un intendant, une patte de grifl'e d'un ministre d'État ; cependant la France existera, puisqu'elle a existé de la sorte pendant huit siècles. On verra que le physique n'est pas changé, et on croira que le moral ne l'est pas non plus. On verra que les marronniers des Tuileries ont bien repoussé leurs feuilles au printemps, et on ne s'apercevra pas si les gens qui se promènent dessous, sont des membres de l'ancien ou du nouveau parlement. C'est l'erreur naturelle des hommes, de confondre le physique avec le moral. Je ne m'en étonne pas ; l'effet physique suit de près la cause, l'eff'et moral est très éloigné. Un orage arrive, et dans l'instant il diTacine les vignes. On fait une faute en politique sur le commerce des vins ; il faut attendre deux ou trois générations pour voir que ce malheureux impôt, ce trop bu, imaginé il y a un siècle, a déraciné plus de vignobles que tous les orages pris ensemble.
Vous existerez donc, et même vous ne vous apercevrez d'aucun changement, quoique vous ayez perdu le pivot de votre liberté, la vénalité des charges de judicature*. Elles n'en seront pas moins dorénavant vénales à la faveur; elles ne seront plus héréditaires et indépendantes. Ce coup suffit pour dénaturer la France et les Français*
' 1. L'édil da îi février 1771, qui avait supprimé la vénalité des charges,
et remplaçait le Patientent par six coiisflts supérieurs, et qui fut coufirraé
par les édils enregistres daus le lit de justice du 13 avril &772.
au bout d'un siècle. Si vous réussissez à rétablir la vénalité sur le système ancien, comptez que tout ce qui est arrivé, n'aura fait aucun mal : il aura au contraire servi à ramener le bon sens en politique, et à détruire les systèmes creux ; comme la querelle du jansénisme, après quatre-vingt mille lettres de cachet, a servi à ramener le non sens en théologie ; mais si vous restez avec peu de magistrats amovibles, non héréditaires, vous tombez sous Tesclavage de la robe, comme ma patrie, l'Espagne, le Portugal. Il est moins dur que celui du soldat, comme était celui de l'empire romain, du Turc, des Orientaux ; il convient mieux à un peuple policé. C'est un esclavage lent et mou. Il n'a pas l'attenté et la ressource d'une révolution, comme l'esclavage militaire; il dessèche et maigrit la raison d'une nation ; à cela près, il paraît ne causer aucun effet important ; mais est-il un si grand mal de vivre et de mourir bête ? C'est à vous à résoudre ce problème.
Si vous avez des moyens de faire contresigner quelques lettres, vous ne pourriez me faire un plus grand plaisir que de m'écrire quelquefois. Mandez-moi ce que font les économistes dans leur hiver. Sont-ils devenus des chrysalides ? Leurs Éphémà^ides , à quoi en sont-elles ? Parlent-ils toujours de blé? Ont-ils entamé d'autres questions importantes ? J'ignore, dans ce coin du monde où je me trouve rélégué, ce qui se passe dans la charmante ville de Paris. Vous taisez-vous toujours ? Et de quoi parlez-vous, si vous parlez? Allons, dites-en quelques mots à votre très humble et obéissant sei^viteur, etc. ,
396 LEtTBES DE L'âBBS GALIANl
(Rép. au n" 13.) — Naplet, 5 décembre 1772.
Ma belle dame, je ne suis resté que deux semaines ou trois, tout au plus, dans le courant d'octobre, sans vous écrire. Je ne m'amusais pas; mais je m'ennuyais trop pour pouvoir vous écrire. Depuis ce temps, je vous ai écrit régulièrement sous l'enveloppe de M. Magalion. J'ai cru, en cela, vous faire plaisir, et répondre à vos intentions, car vous vous plaigniez des retards dans la main de Garaccioli, et MagalLon m'avait encouragé à lui écri[re en droiture. Je crois que les lettres se sont égarées, parce qu'elles étaient des plus longues et des plus intéressantes que je vous aie jamais écrites. Il y avait mon inscription pour la statue du czar Pierre, mon projet pour le tombeau de Saxe-Gotha, et mille autres choses dont je ne me souviens pas. Je suis en butte aux chagrins, aux malheurs, aux petites disgrâces, depuis quelque temps, d'une manière incroyable. Elles affectent mon humeur bien plus que ma santé. Je n'ai la force de rien vous mander, puisque je n'aurais pas celle de vous faire tenir mes lettres* Si on inventait des bombes à lettres !
lo9. — A LA MEME.
(llép. aux n«* 14 et 15.) — Naples, 12 décembre 17^1.
Ma belle dame, vos deux lettres du 15 et du 22 novembre ine sont parvenues dans la même semaine ; elles se contredisent, puisque la première me donne le baron j)***i pour'guéri ; la seconde me le peint malade à faire