Ed. T* : d'abord qu'on
A HADAMB D'ÉPINAY. 97
cafetiers qui sont ici, devrais en savoir plus que les autres^ je ne sais autre chose, sinon que les Grecs modernes sont aussi fripons, aussi menteurs que leurs ancêtres, et qu'ils vendent le plus abominable café du monde, à la place du nectar et de l'ambroisie d'Homère. Au reste, que cherchezvous à savoir des Turcs ? Ne voyez-vous pas la nouvelle comète ermite qui nous menace ? Cette comète va leur coûter encore une bataille, car ils sont assez bêtes pour en avoir peur. Vous saurez que le Grand-Seigneur fait chercher les magiciens et les sorciers dans tout son Empire, pour les faire rôtir tout vifs, parce qu'ils sont la cause de tous les malheurs. Le grand-visir a réussi à en dénicher un, qu'il a grillé à l'instant, et il a expédié un courrier à Constantinople avec cette agréable nouvelle, qui a comblé de joie tout le sérail. On a découvert que c'est ce coquin qui a fait régner pendant sept mois les vents du sud, qui empêchent la flotte Ottomane de débouquer des Dardanelles . D'après ces faits, qui sont très sûrs, vous n'avez plus besoin de gazettes. Lorsque les causes sont connues, il n'y a que les sots qui ne savent pas prévoir les effets ; mais peut-être que je me trompe sur mes soupçons avec vous. Ce n'est pas aux nouvelles turques que vous visiez en me demandant no^ gazettes, vous vouliez m'engager à vous écrire. Si c'est là votre objet, vous avez bien fait : l'occasion fait le larron. Oui, je vous écrirai, et si vous me répondez, je vous écrirai souvent JMon amour-propre , en est tellement chatouillé, est si flatté de votre souvenir, qu'il me serait impossible de ne pas entretenir, avec vous, une correspondance qui me fait tant de plaisir. J'ai tant d'amitié pour vous et pour madame ! car elle y rentre pour quelque chose ; elle est si douce ! si bonne I combien je regrette de l'avoir autrefois un peu négligée I Une nous manquera pas de quoi remplir nos lettres ; la matière est
assez vaste. J'ai reçu le Système de la Nature ^ mus je ne vous en dirai rien ce soir. Je vous parlerai plutôt de mes Dialogues; j'ai vu l'extrait qu'en adonné Fréron^ j'en suis parfaitement content ; on ne pouvait pas mieux saisir la masse de mes idées. Gomment se peut-il que Préron l'ait saisie, et l'abbé Morellet l'ait manquée ? De grâce, mon cher Suard, dites-moi, vous qui pouvez le savoir, qu'est-ce. qui a pu donner la berlue à l'abbé, au point de croire que
1 . Voici quelques passages de cet article du journal de Fréron : • Tout le système de Tauteur se réduit à quatre points, savoir : 1* La nécessité de suivre des règles différentes selon la diversité du pays ; 2" l'importance des manufactures, fondée sur les secours que l'agriculture en reçoit; 3° la nature du blé, ses qualités, ses rapports aux besoins de l'homme, au commerce, à rindustrie, et 4* les avantages de la liberté d^ex porter, et les modifications nécessaires pour en prévenir les abus... L'auteur, à la fin de son ouvrage, propose des moyens pour empêcher les abus qui pourraient résulter d'une liberté indéfinie dans le commerce extérieur des blés. Il est à propos que, dans l'intérieur du royaume, cette denrée jouisse d'une immunité entière et inaltérable ; mais au dehors, il faut la restreindre, et charger d'une taxe modique le blé qui sort et celui qui entre. • Les raisons que l'auteur 'donne paraissent solides et fondées sur des principes lumineux et naturels. 11 conseille encore de favoriser l'exportation des farines préférablemcnt à celle des blés, parce que les profits de la mouture sont une richesse industrielle dont on ne doit pas négliger le profit. Cet ouvrage est écrit avec beaucoup d'esprit et de feu ; les plaisanteries dont il est semé en rendent la lecture agréable ; on y voit revivre l'art de Socrate, ses interrogations, son ironie, ses comparaisons et sa dialectique subtile et persuasive. Le ton familier qui règne dans ces Dialogues^ loin de faire tort au fond du sujet, y répand un nouvel intérêt qui fait disparaître les épines de la discussion. Enfin, malgré quelques négligences, quelques comparaisons populaires, quelques mauvais jeux de mots, l'ouvrage appartient tout entier au génie, tant pour te style que^ pour les idées. L'auteur est M. l'abbé G..., Napolitain, homme en place, et ce <mi vous estimerez encore plus, homme de lettres. » (iinnee/t(tér.,t770, t. i7p>289.)Danfrle volume suivant, Fréron prit encore la défense de Galisni contre Lemercier de la Rivière, dont il dit : « Je me garderai bien de soupçonner le réfutateur de mauvaise foi ; mais il ne m'est pe^ possible de vous dissimuler combien il s'est éloigné du sens de l'auteur qu'il veut réfuter. Je ne vous en citerai qu'un exemple. L*auteur des DialO' gves avance qu'en fait d'économie publique les exemples et les comparaisons de peuple à peuple sont la source de toutes les erreurs où l'on est tombé ; croiriez-vous que le réfutateur, part de là pour reprocher à l'auteur une foule de contradictions prétendues, sous le prétexte qu'il emploie souvent des comparaisons pour éclaircir les principes qu'il met en avant. > {Année liltér.^ 1770, t. II, p. 187.)
j'étais rennemi de la liberté et de Texportation ? C'est pour moi inconcevable qu'un si versé dans la matière, si rompu à ces sortes de lecture, ai manqué net le sens de tout ce que j'ai voulu dire. Vous ne sauriez imaginer à quel point cela me fâche. Au fond, c'est une honte, un opprobre immense, ou pour moi, ou pour lui, que nous ne nous soyons pas entendus. Il faudra en accuserou l'obscurité de mon style, ou le transport de sa passion ; et il en résultera qu'il aura fait un livre contre moi, qui aura toute l'aigreur de la réfutation, et qui répétera mot à mot ce que j'ai dit, ou du moins ce que j'ai voulu dire. L'abbé, pensant comme moi (car il est impossible qu'il soit d'un autre avis), se trouvera au beau milieu de la cohue économique, criaillant à tue-tête, liberté, sûreté, propriété, prix proportionnel, paix nécessaire, compensation habituelle, marché général , bêtise éternelle. Quelle ignominie pour notre abbé, d'être tout à côté de l'abbé Rhubarbe^, qui a lâché huit épîtres contre moi, trèslaxatives, et dont je n'ai lu que l'extrait dans le Mercure de juin ^ ! Je suis si aise que ces gens-là n'aient pas entendu