L'abbé Roubaud, et ses Lettres au chevalier Zanobi
2. Voici quelques passages de cet article du Mercure, 1770^ juin, p. 1 1 8: • Les Dialogues de M. l'A. 6... sur le commerce des blés ont eu d'abord ce grand débit que le vulgaire prend pour un grand succès. L'auteur, avec le ton de la confiance, a persuadé ceux qui aiment à croire ; avec l'éloqoence du persiflage, il a entraîné ceux qui aiment à rire. L*ouvrage a été trouvé plaisant, parce que l'auteur Ta été quelque fois, et qu'il a souTent Toulu l'être. Il a eu beau dire qu'il ne savait pas ce quMl réfutait, bien des gens n^ont pas voulu l'en croire, quoi qu'ils le crussent volontiers sur sa parole, et ils se sont persuadés qu'il avait réfuté Tictorieusement ce qu'il ne savait pas. H. Tabbé Roubaud, après avoir traité, dans ses excellentes représentations aux magistrats, la matière du commerce des grains, suivant la dignité et l'importance du sujet, attaque, dans ses Récréations économiques^ H. l'A. G., avec ses propres armes... Cet ouvrage ne laisse à l'auteur des Dialogues, aucune ressource pour défendre ses opinions. Aussi amusant qu'instructif^ il plaira à tous les genres de lecteurs. La critique en est toujours vive et honnête. La plaisanterie, également soutenue depuis le commencement jusqu'à la fin, y est toujours de bon ton. A tra-
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une seule ligne de mes Dialogues, que je ne saui*ais vous rexprimer. Je Tavais prévu, et j'y aurais parié ma fête. On est bien content d'avoir été prophète. Épîctète se pâma de plaisir, lorsque son maître, en fermant une porte, lui cassa une jambe, parce qu'il l'avait prévu, et l'en avait averti.
Mais laissons cela, et venons aux choses sérieuses. Il vous faut embrasser bien du monde de ma part; d*abord, commencez par madame Suard ; mais n'allez pas prendre un air triste et un ton martial dans cette auguste cérémonie. Greluchonez-vous vous-même, d^rjpfin il vaut mieux que ce soit vous qu'un autre qui s'acqtittte de la commission; ensuite il faut embrasser madame Necker^;la commission n'est pas aisée, cependant avec la petita venta de monsieur, j'espère que vous en viendrez à bout; enfin, il faut embrasser madame de Marchais*. Oh 1 pour celle-là, elle sera furieuse contre moi, car elle était économiste à
vers la légèreté da style^ od y entreroit la profondeur de la science. Les raisonnements toujours simples et frappants y sont en quelque sorte déguisés par la gaieté avec laquelle l'auteur met sans cesse l'A. 6. en contradiction avec lui-même, en le réduisant à l'absurde. •
1. Suzanne Curchod (1739-1794), mariée, en i764, à Jacques Necker (1734-1804). Son salon littéraire se forma d'abord de^omas de Harmontel, des ambassadeurs de Naples (Caraccioli), et de Suède (baron de Creutz), et hérita de celui de madame Geoflrin. Elle donnait à dîner tous les vendredis ,
2. E. J. de la Borde, 611e de Jean-François, fermier général, et d'Elisabeth leVassear, née en 1735, mariée en 174R à Gérard Binet de Marchais, né eu 1712, fils de Georges-René, seigneur de Boisgiroux, 1**^ valet de chambre du Dauphin, et de Madeleine Mairon, i" valet de chambre du roi en 1754. Elle se remaria avec le comte de La Biilarderie d'Angiviller (fnort en 1810), directeur général des bâtiments du roi, et mourut le 14 mars 1808. Son salon était l'un des trois où se réunissaient les économistes. A propos d'une facétie, les Trois Maries^ on lit dans les Mim» secrets : « L'idée de l'auteur est d*y tourner en ridicule, trois virtuoses du parti économiste, fort liées avec le contrôleur général (Turgot), et chez lesquelles il tient des comités avec les coryphées de la secte : » Ce sont madame la duchesse d'Anville, madame Blondel et madame Marchais ; cette dernière surtout prête infiniment à la censure. • T. IX, p. 9S. Voir les Mém, de Marniontelf t. Il, p. 34.
brûler ; mais elle avait Tâme si tendre ! Ne pourrait-elle^ aimer un monstre ! Faites ressouvenir toutes les trois de ce souper mémorable, où moi, à force d'être un monstre, je fus si aimable ; où j'établis que je n'aimais que l'argent de mes amis, et le lit ds mes amies, et jen'aVais pas tout à fait tort. Mademoiselle de Lespinasse trouva que j'avais peut-être raison ; et enfin la cour du parlement philosophique, tous les dîners rassemblés, décida, par un arrêt irrévocable, qu'.un monstre gai vaut mieux (ju'un sentimental ennuyeux.
Mes lettres sont comme celles de saint Paul : Ecclesiœ quœ est Parisiis^. Laissez-les donc à mes amis. Si vous saviez combien j'aime encore tous mes chers amis, vous en pleureriez tous de tendresse. Adieu, mon cher Suard ; je suis pour la vie votre très humble, etc.
(Rép. au n» 12.) — Naples, 13 juillet 17..'
Ma belle dame, l'aventure de Merlin m'abat l'esprit au point que je n'ai ni la force de vous répondre sonico* sur les projets pour rattraper mon argent, ni celle de rien composer. Cependant, si je trouvais que le livre de l'abbé *Morellet montât mon imagination, il pourrait se faire que j'écrivisse encore quelque chose, soit une lettre, ou un dialogue ; et on pourrait faire réimprimer mes Dialogues avec cette addition et quelques fragments de mes lettres, et nous venger de Merlin le faquin.