A M. SUARD
Nfiples, «4 juillet 1770.
Tiens I voilà encore des gazettes. Satia te gazettis quas semper sittslt*, vous dirai-je, moi, nouvelle reine des Amazones, à vous nouveau Gyrus des gazetiers : Ah I que l'abbé Arnaud^ a bien raison de ne point se soucier
1. Allusion au présent «d'un service magnifique en porcelaine* que madame Geoffrin venait de recevoir de l'impératrice Marie-Xhérèse, à laquelle, à la suite de son voyage à Vienne, elle avait, elle-même, adressé une Vierge de Carlo Maratte. Jfem. secrets^ t. Y, p. 123, i 5 juin 1770.
2. Parole de Tomyris, en recevant la tète de Cyrus : Satia te sanguine quem sitisti. JiMftn, 1, 8, 13.
3. L'abbé François Arnaud (1721 «1784), grand ami de Suard, auquel il avait cédé la direction de la Gazette de France, dont il ne voulait pas s'occuper, membre de l'Académie française en 1771. Voir Eseai de Ifémoires, par madame Suard, 1820, p. 41.
de cette lecture ennuyante ! A propos, que fait-il ce cher abbé ? Serait-ce lui qui aurait fait l'extrait de mes Dialogues qu'on voit dans la feuiUe de Fréron ? car enfin il faut que quelque diable y soit, lorsqu'on voit Fréron dire du bien d'un ouvrage dans lequel on dit du bien de Voltaire.
Morellet est donc tout à fait mamolh'ble^. Il veut, iratts dits et omïm'bus, écrire contre moi, et donner cet échec à la plus tendre amitié et à la plus encyclopédique philosophie! Le cruel! Mais M. le contrôleur général ne le veut pas, et il a raison. 11 n'est plus temps de disserter ; il est temps que vous songiez au pain et à la cruelle disette qui vous menace, en rétractant une mauvaise loi que vous avez faite. Ah ! j'ai été Gassandre I On ne m'a pas cru, et mes prophéties sont accomplies ! Pour vous consoler, je vous dirai que nous avons une récolte très abondante, ' et que je me flatte d'être plus heureux à faire corriger ici l'excès des défenses, que*je n'ai été à faire corriger aux Français l'excès de liberté. Ih'acos intima muros peccatur et extra ^, et le milieu est toujours glissant. Un philosophe vous dirait que ceci est fait exprès pour qu'il y ait un principe de mouvement, et une éternité de mouvement. Voyez les pendules. Tout est pendule dans ce monde ; les saisons, les empires, les gouvernements, les hommes, le bonheur et le malheur, la vertu, le vice. On monte, on descend, et on ne saurait jamais s'arrêter au milieu. Si on s'y arrêtait, on s'y trouverait si bien, que le mouvement finirait. Ceci est philosophique, et du plus sublime ; mais voilà pourquoi on rencontre tant de coglioni^ dans le