L'ABBÉ GALIANI A MADAME D'ÉPINAY
(Rép. au n? 20.) — Naples, 8 septembre 1770.
Ma belle dame, vive Dieu et les longues lettres I La reconnaissance voudrait que j'en fisse au tant. Mais je vous dirai
i. Les Lettres sur la Théwie des lois civiles, Amsterdam, 1770, m-12, dans lesquelles Linguet, dont* la Théorie des Lois civiles, Londres, 1767, avait été fort critiquée par les Ephéméides, prenait à partie Dupont de Nemours et l'abbé Baudeau, ce qui n*était pas fait pour déplaire à GaKani. V. les Mém. secrets, t. V, p. 145. « H s'est engagé dans la plus belle querelle du monde avec les économistes ; c'est entre eux un modèle 4'égards et de politesses que cette guerre littéraire, c'est-à-<lire que les injures les plus grossières pleurent contre M. Linguet et le rêveur économiste Dupont. • Corresp, littér,, t. IX, p. 197.
2. Le 3 février 1771, madame Geoffrin écrivait au roi de Pologne : a Nos malheurs consistent : 1* En une disette de blés depuis deux ans, qui répand une misère affreuse dans toutes nos provinces et dans le peuple de Paris, ce qui fait, pour ceux qui l'habitent, un spcjctade effroyable. » Corresp. inédite, publiée par U. de Houy, 1875, p. 391.
3. L* arrêt du 29 août 1770 par lequel le Parlement ordonnait à toute personne qui voulait faire le commerce des grains et farines, de faire inscrire au greffe ses nom et domicile, et aux commerçants en grains d*apporter une quantité suffisante de blés dans les marchés, et défendait aux fermiers de les vendre en vert. Gazette de France, p. 290.
que, voulant répondre à Suard, ma verve m'a entraîné, et j'ai^écritla plus sérieuse etlaphis longue lettre, en fait de blé, que j'aie encore écrite. Sans doute il vous la communiquera. A tout hasard, j'en ai gardé copie ; faites-en tous les usages qu'il vous plaira. Je voudrais bien qu'on la communiquât à M. de Sartine ; voilà toute mon ambition et tous mes désirs.
Fatigué par la lettre à Suard, je serai très court ce soir avec vous, et je ne répondrai que sèchement à vos articles. Puisque vous m'avez « envoyé les satires des économistes contre moi, envoyez-moi donc ce qui paridt contre eux ; cela m'amusera dans les moments de loisir.
Vous pouvez achever le payement à M. Nicolaï ; mais il à un compte avec moi et .Gatti, qui est embrouillé. Gomme j'ai affaire à des hommes très sûrs, je ne me souviens point des détails. Nicolaï avait reçu certain argent de M. Pellerin pour des médailles, et je ne sais pas trop s'il n'en a pas reçu d'autre part. Il m'a acheté des livres; il a, je crois, donné de l'argent à Gatti ; s'il voulait compter avec vous, je serais enchanté de n'avoir qu'un seul caissier, et de solder mes comptes.
Je dois vous dire qu'un sentiment d'humanité m'a engagé à faire donner 12 livres par mois à une femme, pour qu'elle puisse élever un enfant qu'un père dénaturé abandonna, après l'avoir maladroitement engendré* Cette dame s'appelle madame de la Daubinière, rue Saint^ Honoré, vis-à-vis le petit hôtel des Noailles^ Gatti était le payeur de cette rente; Faites^moi l'amitié de soldei* Gâtti, et de vous charger de continuer ce secours à cette personne, qui Viendra Votis ttouVer, et que je vous
1 . où aTàient dehieuiré monsieur et madame d'épinay atant leur séparation.
recommande en même temps aussi vivement que je puis. Elle est, après vous, ce que j'ai laissé de plus cher à Paris. Elle ne mérite pas son malheureux sort, et elle mérite très fort votre protection. Je vous prie de ne lui donner les 12 livres que fois à fois, parce qu'elle serait tentée de les dépenser. Vous aurez pour longtemps, si Merlin ne disparaît pas, des fonds pour ce payement ; ensuite nous verrons.
C'est donc M. l'intendant d'Auvergne^ ? embrassez-le bien fort de ma part. Vous avez raison de Testimer beaucoup; j'en fais tout autant, et je ne m'en repens pas. Priez-le de présenter mes respects à madame de Fourqueux ^ et à toute la famille. J'aime à me persuader qu'on m'aime encore dans ces maisons, malgré les écrits des économistes contre mes Dialogues. Qu'importe une différence d'opinions politiques à l'amabilité? N'ai-je pas rendu toute la justice aux intentions de M. de Trudaine de Montigny?
Mille grâces du conte des Mille et une nuits. Je suis fâché que le bâton tombe toujours perpendiculairement sur la tête de quelqu'un. S'il allait horizontalement à la Ironde, il balayerait bien du terrain, et on aurait moins de presse; mais il y faudrait des bras bien plus fermes.
L'aventure de Morellet me fâche, quoique je l'eusse prévue. Pour le consoler, contez-lui ce qui m'est arrivé avec Merlin. Je gagerais que le cher marquis a donné