‹ Lettres à Madame d'EpinayChapitre 88 sur 181 · L'ABBÉ GALIANI A MADAME D'ÉPINAY · texte numérisé non relu

L'ABBÉ GALIANI A MADAME D'ÉPINAY

(Rép. au n<* 28.) — Naples, 10 tiOYembrti 1770.

Si vous saviez quelle rage et quelle impatience vous me causez parfois, vous remercieriez Dieu que je n'aie pas les bras longs de trois cents lieues, car, pour le coup, je vous battrais. Il est vrai que d'autres fois, je vous embrasserais, si mes bras allaient jusqu'à Paris. Quoi! vous raffolez de ma Bagafrc, et vous avez la monstrueuse cruauté de ne pas vous procurer l'ouvrage original de M. de la Rivière. Vous voulez le lire à mes amis, et vous n'avez pas sur la cheminée le texte pour en faire la confrontation. Y a-t-il rien de plus horrible et déplus inouï? Non, il faut que je vous batte absolument. Tenez, prenez le papier ci-joint, et voyez comment il faut s'y prendre pour faire goûter la plaisanterie. Mettez au net tout l'ouvragp, comme je vous l'indique, et alors assemblez le

i . Syndic de Sorbonne, et censeiur, célèbre par sa çeniure de BéUtaire»

comité, et lisez-le en entier a\ec la tournure que je viens de lui donner, et voyez l'effet qu'il produira. Je vous assure que lorsqu'on lit d'unehaleine le texte économique, et qu'en face on voit la parodie fidèle, et calquée avec la plus exacte précision, il est impossible de ne pas étouffer de rire ; et il paraît impossible que la chose soit comme elle est.

Je vous ai envoyé une antique, et j'attends votre réponse. Nicolaï me dit que vous n avez pas encore soldé son compte. Vous n'avez donc pas reçu d'argent de Merlin? Si vous voulez que je vende ici quelques livres de lui, envoyez-moi une petite note des ouvrages que vous compteriez prendre, et des prix. Je suis si pressé d'argent, que c'est une chose incroyable.

Pour ma gloire, je me repose entièrement sur vous, et sur le hasard, père de la fortune, et souvent beau-père de la vertu. Adieu, aimez-moi. Je suis au désespoir. J'ai perdu à la loterie. Je n'ai envie de rien ; et puis le poème en prose que je viens d'enfanter, m'a épuisé la verve. Embrassez tous mes amis. Schomberg a-t-il recouvré ma lettre? Adieu.

(Rép. aa n» 29.) — Napies, 13 novembre 1770 î.

Ma belle dame, plaisanterie à part, il n'y a rien de si vrai que vos lettres sont maussades depuis quelque temps. Pourquoi cela ? Êtes-vous malade? Êtes-vous sans argent comme moi? Expliquez-vous. Vous pend-il quelque chose sur la tête, comme le sabre à ce tyran de Syracuse, et la cuisse femelle au marquis? Eh bien ! cette cuisse est-elle

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