‹ Lettres à mon ami, 1909Chapitre 1 sur 14 · VI AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

VI AVANT-PROPOS

croyaient encore à la république sont désabusés à leur tour.

C'est à cette nouvelle « couche » de lecteurs que ce petit livre pourra servir.

Je voudrais leur dire à tous : « J'ai connu votre état d'esprit, je sais comment on en sort. Voici les chemins par où fai passé. »

Jules Lemaitke.

L ACTION FRANÇAISE

Permettez-moi, mon cher ami, de reprendre ici, sous forme de lettres, les profitables entretiens que j'eus avec vous il y a cinq ans (1).

Ne croyez-vous pas comme moi que, pour qui essaye de bien voiries choses, l'événement politique le plus important de l'année, le plus neuf, le plus riche de signification et le plus gros de conséquences, c'est très probablement la fondation du journal Y Action Française?

Puisque je n'y entre qu'aujourd'hui, je puis encore dire, des amis que j'y rejoins, ce qu'ils ne pourraient décemment dire d'eux-mêmes. Vous avez déjà senti, n'est-ce-pas ? que ce journal est surprenant et qu'il ne ressemble à aucun autre.

(1) Un nouvel état d'esprit, publié chez Juven, ensuite à la Gazette de France, a été reproduit au troisième livre de l'Enquête sur la Monarchie, de Charles Maurras (1 vol. in-8°, Nouvelle Librairie Nationale).

Il n'est à aucun degré une entreprise commerciale, maisune œuvre de pensée, et aussi d'amour et de haine. Il est le plus entièrement libre des journaux, et sur tous les points ; et il le fait assez voir à qui sait regarder et comprendre. Et ce journal royaliste est totalement royaliste.il l'est jusque dans les faits divers et dans la chronique de la mode.

Groupe admirable d'intelligences diverses étroitement unies dans un même dessein ! Au centre, un grand Latin, profond théoricien politique, d'observation pénétrante, de dialectique forte et souple, de tactique ingénieuse et hardie, et qui exerce sur ses collaborateurs un ascendant comparable à celui de Lamennais sur ses compagnons de La Ghesnaye. Esprit, d'ailleurs, merveilleusement hospitalier et compréhensif, et qui n'oublie jamais qu'il ne combat et ne frappe que pour réunir et reconstruire un jour. — A ses côtés, un patriote d'enthousiasme ardent, comme dévoré d'une flamme sombre, et qui, venu de très loin à V Action Française , est le plus émouvantexemple de conversion politiquequ'elle puisse proposer aux méditations des républicains inquiets. Puis, un polémiste de grand cœur, d'imagination passionnée sur un fond de culture scientifique, prodigieusement inventif dans l'invective et dans la bouffonnerie, et qui a ressuscité chez nous la grande satire dramatique et

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lyrique, celle d' Agrippa d'Aubigné, de Rabelais, de la Ménippée. — Autour d'eux, une petite troupe serrée d'historiens, de philosophes, de critiques, d'anciens officiers qui, contraints de renoncer au service, continuent de « servir » d'autre façon. — Tous ces hommes vivent dans une mâle et cordiale fraternité d'armes. Ils ont une doctrine, etcomplèle, et harmonieuse. Ilsont la foi. Ilsont la discipline. Ils ont le désintéressement et le courage ; ils sont prêts à tout, et notamment à payer de leur peau.

Et tout cela ensemble constitue une force incalculable.

On le voit à ce qu'ils ont déjà fait. Vous n'ignorez pas combien il est difficile de faire durer un journal nouveau... L1 Action Française repose, non sur des forces d'argent, qui peuvent se dérober, mais sur des forces morales, sur des dévouements capables de sacrifices longs et renouvelés. A cause de cela elle durera, et même le « frappez à la bourse » ne peut rien sur elle.

Pourtant, jamais journal nouvellement né n'a senti à ce point, autour de soi, la « conspiration du silence ». Des journaux qui n'avaient, commercialement, rien à craindre du nouveau venu lui ont opposé un silence tenace et comme désespéré. Le Temps et les Débats se seraient fait tuer plutôt que de nommer ['Action Française. Ilsont ignoré opiniâtrement l'art. 445 et les défis portés

à la Cour de cassation. Cependant ce sont des journaux sérieux (certes !) et qui se piquent d'information exacte ; et, après tout, même à ne la considérer que comme un « fait divers », cette campagne de l'Action Française était peutêtre aussi importante et aussi intéressante qu'un assassinat ou un attentat aux mœurs. Mais sans doute elle leur paraissait plus criminelle et plus inconvenante. Etrange pudeur, et presque incompréhensible, si elle ne prouvait justement que ces journaux, encore liés au régime par des intérêts ou des illusions, ont flairé là les germes tout au moins et les commencements du plus grand danger que leur triste République puisse courir.

Mais qu'importe ce silence ?Nos amis ne se sont point découragés. Pendant des mois, ils ont crié obstinément dans une cave ; et maintenant il n'est plus possible de ne pas les entendre et il est même un peu comique de paraître les ignorer.

Car voici ce qu'ils ont fait en sept mois (et il faut dire que leurs actes avaient été préparés et rendus plus faciles par l'ardente et sérieuse prédication philosophique et critique de la petite Revue de l'Action Française).

Il y a quelques années,le parti royaliste n'existait plus qu'à peine. J'ai tort de dire « le parti », puisque nos amis aspirent à n'en plus être un, et que, précisément, le retour du Roi mettrait

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fin à la dispute du pouvoir entreles partis. Disons donc plutôt : l'opinion royaliste militante. Les royalistes ont aujourd'hui leurs cadres, leurs journaux, leurs revues, leurs réunions publiques, leur Institut de conférences, leurs Congrès.

Parce que c'est l'« Affaire » qui a fait le bloc, et les lois infâmes et le ministère actuel et le reste, et parce que, au fond, T «Affaire », c'est la République, ils ont voulu, énergiquement voulu la remettre en question ; et, chose étonnante, ils y sont parvenus, et cela malgré l'indifférence ou la résignation de beaucoup de braves gens peu clairvoyants ou fatigués. Ils ont proclamé pardes milliers d'affiches la falsification du Code par la Cour de cassation ; et on ne les a pas poursuivis, et il est de plus en plus difficile de croire que ce soit par dédain. La vérité, c'est qu'on n'a pas osé. Ils ont contraint la plus haute magistrature du pays à subir en silence les plus violents outrages, et les plus déshonorants, et les plus publics, et les plus répétés. On leur doit ce fait si extraordinairement significatif : l'absolution par le jury parisien du geste de Grégori. Us se sont mis au-dessus des lois républicaines. Ils ont réduit le gouvernement à tout supporter d'eux. Ils l'ont acculé à cette alternative, ou d'assurer, en Cour d'assises, leur triomphe contre la Cour suprême (ce qui serait l'écroulement de tout l'ordre judiciaire), ou d'inventer un complot, et

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de les traduire devant une Haute-Cour, d'où nul ne sait ce qui pourrait sortir ; car toute V Action Française ne serait pas dans la salle du Sénat.

Mais surtout (car l'action ne vaut que si elle rencontre dans le public un grand nombre d'esprits disposés à la comprendre et à la favoriser), ils ont prêché et propagé leur doctrine. Ils ont combattu bien des préjugés et dissipé bien des « nuées ». Leur apologétique a été originale. Ils se sont attachés à présenter la monarchie comme le régime qui satisfait le mieux et l'intelligence et le sentiment de l'utile. Ils ont revendiqué pour leurs maîtres les plus pénétrants génies du siècle passé : Maistre, Bonald, Comte, Balzac, Le Play, Taine, Renan. Leurs formules ont paru saisissantes parce qu'elles n'étaient que des vérités abrégées: « la monarchie positive... le roi arbitre... le roi protecteur des républiques françaises». Ils ont montré que la raison, le bon sens, la « nature », l'observation des réalités, la connaissance des hommes, concluaient à la monarchie; que la royauté, c'est la raison ; et que la démocratie et la république, c'est l'absurde. Et, tout de même, c'est quelque chose de voir clairement qu'on a la raison pour soi, quand on ne s'endort pas sur cette constatation.

C'est par là qu'ils ont pu conquérir une partie de la jeunesse cultivée. Beaucoup d'adolescents ont accueilli l'enseignement royaliste, et parce

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qu'ils sont arrivés à la vie pensante dans un moment où le spectacle politique était particulièrement affreux, et parce qu'ils n'étaient pas enchaînés comme leurs pères par une longue accoutumance des préjugés républicains. — Et nos amisontfait des recrues jusque chez les ouvriers syndicalistes. Non qu'ils leur aient jamais rien cédé sur ces dangereuses erreurs : anticatholicisme, antimilitarisme, songerie collectiviste. Mais, lorsqu'ils ont abordé la nouvelle classe créée par le machinisme et la grande industrie, ils l'ont fait avec les pensées mêmes du Roi, avec des pensées qui se soucient de toute la France. De sorte que certains ouvriers-chefs commencent à entrevoir que la République jacobine ne peut que les haïr, qu'il y a des problèmes qu'elle ne résoudra jamais, et que le Roi, par état et par tradition, serait meilleur à ces associations professionnelles qui sont devenues une condition de vie pour une notable partie du monde ouvrier. L1 Action Française n'a pas, si je puis dire, l'accent bourgeois. Elle n'a pas non plus l'accent confessionnel. — Un journal proprement catholique a trop aisément le ton pieux; il ne peut guère que maintenir le troupeau des fidèles ; il risque de verser, s'il ne se surveille, soit dans le cléricalisme, soit dans la démocratie. Ne pouvant ni oublier ni prendre tout à fait au mot la déclaration de l'Evangile : « Mon royaume

n'est pas de ce monde », il est exposé, dans la politique, à d'étranges contradictions. — Pour Y Action Française, le catholicisme est la religion nationale, celle qui, avec la royauté, a fait la France. Sur le reste, une réelle liberté d'esprit. Il y a parmi eux des catholiques et aussi des positivistes, et même, — excepté surle point qui les réunit tous, — d'honnêtes pyrrhoniens. L'Action Française a de quoi plaire, il me semble, aux intelligences les plus affranchies.

Elle a de quoi plaire aussi aux jeunes gens énergiques et un peu aventureux. Elle entend procurer le retour du Roi, c'est-à-dire ce qu'elle considère comme !e salut national, « par tous les moyens», y compris, au besoin, la violence. Nos amis l'avouentfort tranquillement, se souvenant qu'il y a eu, au siècle dernier, une bonne demidouzaine de révolutions, autrement dit de changements de régime par la force, et que l'histoire s'est toujours faite, en réalité, par des minorités et quelquefois infimes, pardespoignées d'hommes résolus. Et sans doute le « coup » qu'ils souhaitent et qu'ils annoncent se fera, s'il se fait, dans des conditions qu'on n'a pas encore vues ; et leur révolution, à eux, n'aura pas eu de modèles dans le passé. Mais pourquoi cela les troublerait-il? Ils se disent qu'une situation inédite peut amener une révolution de forme neuve. Et, en attendant, qui sait s'ils ne trouvent pas déjà la

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secrète récompense de leurs héroïques efforts dans la jouissance très spéciale de travailler, par des moyens d'aspect révolutionnaire, au rétablissement de l'ordre français ?

Vous me demandez, mon cher ami, d'où et comment je suis venu à Y Action Française. — De très loin, et très simplement. Je puis vous parler de moi sans manquer à aucune convenance, puisque ce que j'ai à dire n'a rien d'intime et m'est commun avec beaucoup de Français de ma génération.

J'ai été républicain longtemps, ardemment, presque religieusement. J'avais dix-sept ans au moment de la guerre; je lisais en secret des pages des Châtiments, et je regardais le deux décembre comme le plus grand des crimes. Lorsque la République fut proclamée, ce fut pour moi, malgré l'horreur de la défaite commencée, comme une « épiphanie ». J'étais enivré des souvenirs de la Révolution et de ce qu'il y eut en elle, soit de mélodrame, soit de vie intense, soit d'antiquité à la Plutarque. Je crus que la République allait sauver la France et y établir

le règne de la justice: on m'avait si mal appris l'histoire !

A l'Ecole normale, sous l'athénien Bersot, je continuai de croire à la République. Thiers, puis Guizot, vinrent nous visiter. Quelquesuns de mes camarades étaient des amis de Gambetta.La France, d'ailleurs, dans ces annéeslà, montra, je crois, du sérieux et de la bonne volonté. Plus tard, professeur en province, mes illusions persistèrent. Le « Seize mai » me remplit d'indignation, et j'eus la fièvre le jour de la réélection des 363. Et, cependant, je me repaissais de littérature romantique ; et la sensibilité désordonnée et l'humanitarisme vague et commode, et l'emphase somptueuse des Hugo, des Lamartine, des Michelet et des Sand me transportaient de plaisir.

Je rentrai à Paris. Plusieurs de mes anciens camarades étaient devenus des gens en place. J'avais des amis au pouvoir ou aux alentours du pouvoir. Je n'avais pas, personnellement, à me plaindre du régime. Poincaré et Roujon me comblaient d'honneurs. Mais déjà, en province, j'observais partout les monstrueux effets de la tyrannie républicaine. Toutefois, je ne fus pas boulangiste, et je m'en étonne encore. Mais c'est que j'avais eu l'occasion de voir de près le général.

La République commençait à me guérir de la

République. La vie m'avait déjà guéri du romantisme.

C'est sans doute pour cela, et aussi parce que les promoteurs de l'entreprise m'inspiraient une antipathie et une défiance insurmontables, que, lorsque l'Affaire vint, je fus, tout de suite, du bon côté. Heureux instinct, dont la justesse ne cessa de m'être confirmée par l'observation, par le raisonnement et par les faits. L'Affaire hâta singulièrement et précipita le développement logique de toutes les malfaisances, à demi cachées alors, aujourd'hui étalées et patentes, du système républicain : exploitation féroce de la France par un parti formé des « quatre Etats » qu'a si souvent dénoncés Maurras ; lois de persécution religieuse et de spoliation; guerrecivile immanente et permanente; politique extérieure aveugle ou nulle ; diminution des moyens de défense nationale ; déficits continus et croissants ; menaces d'anarchie, de révolution économique indéterminée et violente... oh ! mon Dieu ! tout ce qui a été soigneusement déploré, à mesure que les événements marchaient, parles Débats et le Temps, lesquels ont coutume, presque chaque jour, de condamner, dans quelque article, les effets dont ils vénèrent la cause dans un article voisin. Etat non tragique, mais angoissant et déprimant, où l'on végète encore, tout en pressentant, pour un jour assez proche, l'im-

possibilité de vivre ; et où les plus sceptiques et les plus détachésn'ont presque plus le courage de croire que « tout s'arrangera » ou que tout durera autant qu'eux-mêmes.

La « Patrie française » compléta mon expérience. On se rappelle peut-être la campagne généreuse, certes, mais un peu naïve, qu'elle mena, et comment elle fut contrainte de devenir une ligue électorale. Là, pendant plusieurs années, j'ai vu, entendu, touché, senti ; et, comme je ne recherchais pas pour moi-même le plus petit mandat et que mon jugement n'était troublé par aucun intérêt personnel, je crois avoir bien vu la réalité comme elle était. Or. elle était affreuse. J'ai vu ce qu'étaient, forcément, nécessairement, la plupart des candidats et la plupart des électeurs; les coulisses du suffrage universel et la cuisine de la démocratie; et comment le système électif, appliqué aux choses de la politique, devait aboutir mécaniquement au gouvernement des pires ; et que c'était cela la République, et qu'elle ne pouvait être que cela.

Je ne crus pas très longtemps que le vote proportionnel ni le scrutin de liste pussent agir efficacement sur un mal si profond, sur un mal proprement constitutionnel. Mais un jour, ayant rencontré à Florence l'éloquent et séduisant Déroulède, je fis effort pour accueillir sa théorie plébiscitaire, et je lui promis de la répandre ;

ce que je fis par des articles, et même par des conférences. Oh ! l'on m'applaudissait, parce qu'il n'y avait là que des amis et qui auraient applaudi n'importe quoi : mais visiblement, « ça ne prenait pas ». Je dirai presque : heureusement ! Car quel aléa, quel risque insensé ce serait ! et qui peut prévoir le rôle de l'argent et de la corruption et le rôle des « quatre Etats » dominants, dans l'élection du chef ! Et qui ne voit d'ailleurs que, à tout mettre au mieux, et l'empire dût-il de nouveau sortir de là, ce ne serait encore rien d'assuré ni de durable : car l'Empire, c'est encore l'esprit révolutionnaire, et c'est, dans le passé, trois invasions et le rétrécissement des frontières lentement et prudemment conquises par la longue force capétienne.

En même temps, j'oubliais l'histoire qu'on m'avait enseignée et je tâchais d'apprendre la vraie. Le Journal politique deRivarol, les Considérations sur la France de Joseph de Maistre, les Questions historiques de Fustel de Goulanges, la Réforme intellectuelle et morale de Renan, les Origines de la France contemporaine de Taine, etc.. et j'ajoute laprécieuse petite Revue d'Action Française, me rendirent, à ce moment-là, d'inappréciables services. — J'achevai de reconnaître que le romantisme m'avait nourri de mensonges. (Non que je regrette d'avoir passé

par là. Il y eut parfois quelque dureté chez les hommes de l'ancien régime. De la sensibilité déréglée du romantisme, et de son humanitarisme révolutionnaire, on peut retenir du moins une certaine douceur de sentiments, un certain amollissement du cœur. Gardons de nos erreurs la petite «âme de vérité », qu'elles purent contenir. Nous sommes, Dieu merci, éducables, et l'histoire, pour nous, ne se déroule pas en vain. Et la royauté, cette éducatrice, estéducable, elle aussi ; et on le verra quelque jour.)

Et alors, en toute tranquillité d'âme, je me ralliai à la monarchie traditionnelle, comme au seul régime qui satisfît ma raison.

Une chose bien étrange, c'est que beaucoup d'honnêtes gens, et même d'excellents Français, jugent ou affectent de juger cette solution téméraire, aventureuse, surprenante, indigne d'un esprit pratique. On dirait vraiment qu'en ce pays, ce qui est bizarre et extravagant, c'est la royauté, et que ce qui est naturel et normal, c'est la République. Or, c'est précisément le contraire. La monarchie a duré vingt fois plus et est plus ancienne de huit siècles . Nous avons tous des pères et des grands-pères qui ont vécu sous la Restauration ou sous la monarchie de Juillet et qui avouent qu'ils s'en sont bien trouvés et qui s'en souviennent comme d'un temps de prospérité nationale. Mais, deuxfoisdéjà,la République

s'est tuée par ses désordres, et elle est en train de recommencer. La monarchie est le régime le plus naturel aux Français : ils le sentiraient tout de suite, si des événements d'une utile brusquerie les contraignaient à s'en rendre compte.

— « Mais il y a, contre votre solution, une montagne de préjugés ! Mais la monarchie, pour le peuple, c'est « le bon plaisir », et c'est le règne des prêtres et des nobles! Mais le peuple tient au suffrage universel ! Mais « la démocratie coule à pleins bords », et il y a des courants qu'on ne remonte pas !... »

J'examinerai tout cela avec vous, mon cher ami. Mais je vous expliquerai d'abord quelle admirable sécurité je trouve dans mon nouvel état d'esprit, — et aussi que c'est une profonde douceur de se sentir en harmonie avec la plus grande et la plus ancienne France.

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