‹ Lettres à mon ami, 1909Chapitre 2 sur 14 · DE QUELQUES AVANTAGES DE L'ÉTAT D'ESPRIT ROYALISTE · texte numérisé non relu

DE QUELQUES AVANTAGES DE L'ÉTAT D'ESPRIT ROYALISTE

C'est d'abord une grande sécurité morale, le sentiment d'être dans la vérité, dans la vérité humaine, dans la vérité de toujours.

Car, — pour ne pas entrer aujourd'hui dans le détail, — voici d'abord un axiome simple et solide : « Le meilleur gouvernement, et le plus conforme à la nature des choses, est celui d'un chef héréditaire dont l'intérêt coïncide nécessairement avec l'intérêt nalional. » — Et si l'on objecte que l'hérédité peut élever au trône un homme de médiocre intelligence, voici la réponse : « La mieux douée des nations, pour avoir laissé descendre trop bas (par le système électif) son centre de gravité intellectuel et moral, vit ses destinées remises aux caprices d'une moyenne d'opinion inférieure à la portée d'esprit du souverain le plus médiocre appelé au frêne par les hasards de l'hérédité. » (Renan.) — Et enfin il est trop facile de voir que toutes les

autres grandes nations d'Europe, quelles que puissent être leurs misères, se trouvent assurément mieux de la monarchie que la France de la République.

Quand on est pénétré de ces vérités élémentaires et de leurs conséquences, on est merveilleusement tranquille. Non que cela dispense d'agir et d'espérer ; au contraire : mais cela vous épargne les mouvements stériles et les petites espérances au jour le jour, qui ne sont que duperies. On ne rêve plus d'améliorer la République ; car on sait qu'elle ne peut être que ce quelle est. On connaît l'inutilité de « travailler aux élections ». On sait que la réforme de la loi électorale, fût-elle possible, ne changerait rien aux choses. On ne s'excite plus sur les « fissures » du Bloc ni sur les querelles apparentes qui peuvent survenir entre les gens du gouvernement. Comme on n'attend rien de bon du régime, on s'épargne les fausses joies et l'amertune des déceptions. On s'épargne aussi le ridicule de croire, de temps en temps, à des sauveurs issus de la démocratie; car on n'ignore point que la fatalité du régime les réduira toujours, eussent-ils du mérite et de la bonne volonté^ n'être finalementquede pauvres hommes malfaisants malgré eux. Bref, on est affranchi des petites illusions un peu sottes; mais on vit dans une grande et belle espérance qui remplit

AVANTAGES DE L'ÉTAT d'eSPRIT ROYALISTE 19

tout le cœur et qui magnifie nos actions, môme modestes.

Outre cette sérénité, le royalisme apporte avec soi une extrême douceur. Je me sens mieux d'accord, aujourd'hui, avec la France du passé et je goûte encore mieux les vestiges et les témoignages qu'il a laissés d'elle sur toute notre terre. Avez-vous remarqué? Dans les plus petites villes de France, s'il y a quelque belle chose, église, place, hôtel de ville, cloître, marché, statue, fontaine, curieuse ou élégante maison, immanquablement cela nous vient du temps de nos rois. (Et il est difficile de croire que la société à laquelle nous devons ces merveilles ait été si courte d'esprit, ou plus malheureuse que ne l'étaient dans le même temps les autres pays d'Europe.)

Eh bien I je ne dis pas que des républicains soient incapables de jouir de tous ces beaux ouvrages de notre passé royal ; mais je suis sûr que j'en jouis plus pleinement qu'eux, parce que j'aime le régime où l'on eut ce goût honnête, noble et souvent hardi ; parce que j'aime les institutions qui ont permis aux communes de construire ces admirables hôtels municipaux, et aux ordres religieux, aujourd'hui chassés et dépouillés, de bâtir ces églises et ces couvents; parce qu'eniin j'aime les mœurs, — conditionnées par ces institutions, — des bourgeois qui ont vécu avec

Page 1