AVANTAGES DE L'ÉTAT DESPR1T ROYALISTE
abaissée et abêtie, et qu'elle en souffre sans se l'avouer, et qu'elle en meurt ? Quelle absurdité qu'un pays où l'on apprend aux petits enfants lahaineetle mépris des aïeux î Seule, la France en est là. Seule, elle a cette affreuse déchirure dans son histoire. Chez tous les autres peuples, le présent aime le passé : ce qui est une si grande force et un si grand plaisir. Seule, la France se renie et se hait elle-même, par je ne sais quel abominable sortilège.
Du moins, ce sortilège, je l'ai complètement rompu. J'avais encore, jadis, des préjugés de manuel scolaire, qui, sans me détourner tout à fait des ancêtres, diminuaient fâcheusement la somme des sentiments que je pouvais avoir en commun avec eux. Je les comprenais mal quand ils parlaient du roi. J'avais le chagrin un peu grotesque de signifier, à part moi, à Montaigne, à Corneille, à Racine, à Bossuet, que nous n'avions pas la même opinion politique ! Mais aujourd'hui, quand les aïeux me sont rendus présents par leurs monuments, leurs œuvres d'art, le tableau de leurs mœurs, et les plus grands d'entre eux par leurs livres, quelle joie de médire que j'ai leurs sentiments en politique aussi, que je suis tout près d'eux, que je suis l'un d'eux, que je suis eux-mêmes, et que j'ai, pour mon compte, comblé le trou stupide et renoué la tradition !
Et je suis bien sûr, en pensant ainsi, de penser sans bassesse ni sottise. D'abord parce que nos aïeux étaient de fort bonnes têtes, qu'ils ont eu la plus fine et la plus profonde connaissance de la nature humaine, et que leurs artistes et leurs écrivains valaient assurément les nôtres. — Puis, aujourd'hui qu'on a le culte et même la su perstition de la science, n'est-il pas agréable de songer que, tout justement, le royalisme est une opinion d'un caractère scientifique, s'il est vrai que la royauté est le gouvernement qui répond le mieux aux exigences de la réalité scientifiquement observée. — Ajoutez qu'on est certain de ne pas s'encanailler en épousantles idées politiques de Rivarol, de Bonald, de Maistre, de Balzac, de Comte, deTaine, de Renan, deFustel. Nos maîtres et nos répondants sont les meilleurs cerveaux de lafindu dix-huitième siècle etde tout le dix-neuvième. Ces noms-là représentent incontestablement, je ne dis pas plus d'imagination ou de sensibilité, mais plus de raison, de pénétration, d'esprit critique' et d'intelligence proprement dite que ceux des poètes ou des historiens romantiques. — Enfin, le royalisme est peut-être une élégance, s'il est le meilleur préservatif contre les visions confuses, les crédulités, les chimères, les « nuées». La doctrine démocratique est sans beauté, parce qu'elle est sans clarté ni raison. Elle part du fond le plus trou-
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ble de la sensibilité. Mais la doctrine royaliste implique le bon sens, l'observation, la connaissance des hommes et de l'histoire, et de belles émotionsque l'on peut toujours justifier, et auxquelles la raison n'est jamais étrangère. Il me semble bien que c'est le système politique où il y aie moins de déclamation et de niaiserie.
Et enfin, si je ne craignais de retomber ici dans le dilettantisme, je dirais que c'est un plaisir d'orgueil assez vif que de faire partie de certaines minorités intellectuelles.