‹ Lettres à mon ami, 1909Chapitre 3 sur 14 · LETTRES · texte numérisé non relu

LETTRES

prud'homie dans ces honorables et délicieuses maisons.

Au temps de mes erreurs, lorsque le tsar vint visiter Paris (j'écrivais alors dans un des grands journaux qui ignorent si obstinément l'article 445), je me suis réjoui que la République française, héritière d'un passé monarchique plus long et plus illustre que celui d'aucune des nations européennes, eût deplusvieuxchâteaux, de plus vieilles églises, de plus vieux meubles, de plus vieux parchemins que tous les rois et tous les empereurs du monde, et que, pour accueillir dignement un puissant'souverain, elle n'eût qu'à faire saluer les trois siècles delà jeune Russie par neuf cents ans d'histoire de France.

N'aurais-je pas dû plutôt m'en attrister et m'en scandaliser? Ce dont la République s'honorait aux yeux d'un monarque, c'était ce que la Révolution aurait voulu détruire et qu'elle a épargné malgré elle. Cette vieille France dont ils se faisaient gloire ce jour-là à cause de ses monuments et de son antiquité, nos démocrates la haïssent au fond de leur cœur. Et, en effet, qu'y a-t-il de commun entre cette République et Notre- Dame ? entre cette République et Versailles ? Mais quelle pitié et quelle douleur que cette rupture d'une grande nation avec le passé qui l'a faite ! Passe si elle en était plus heureuse ! Mais qui ne voit qu'elle en est toute désorientée,

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