CARACTÈRES DE LA ROYAUTÉ FRANÇAISE
D'abord, jamais le roi de France n'a été un « despote », un « autocrate ». Retz, dans ses Mémoires, définit l'autorité du roi « une autorité tempérée par des coutumes, reçues et comme mises en dépôt, au commencement, dans les mains des états généraux, et, depuis, dans celles des parlements ». Et il vante « ce sage milieu que nos pères avaient trouvé entre la licence des rois et le libertinage des peuples». — Michelet écrit à propos de Charles V : « Le roi se reconnaît mieux en son Parlement qu'en lui-même. Il distingue en lui ce double caractère : il se sent roi et il se sent homme ; et le roi ordonne de désobéira l'homme. » Et encore : « Charles V laisse à la France le type du roi moderne. »
Machiavel, qui connaissait bien les Français et leurgouvernement, qui était venu plusieurs fois chez nous, qui avait plusieurs fois traité avec Louis XII, et qui, voyant les choses du dehors, en jugeait peut-être mieux, Machiavel dit en parlant de la France : « Ce royaume, qui est, de notre connaissance, le plus tempéré par les lois. » [Discours sur Tite-Live, 1. I, c. li). Et ailleurs : « Le royaume de France est heureux et tranquille, parce que le roi est soumis à une infinité de lois qui font la sûreté du peuple. »
Enfin, il ne faudrait pas oublier que la dynastie capétienne est sortie d'une espèce d'élection. — Un chapitre de Michelet est intitulé : « La
famille populaire et nationale des Capets succède aux Carlovingiens. » Et voici une phrase propre à désarmer peut-être un cœur républicain et à lui faire absoudre la royauté : « Celait, dit Michelet, une opinion répandue parmi les gens de condition inférieure que la nouvelle famille régnante (celle des Capets) sortait de la classe plébéienne ; et cette opinion, qui se conserva plusieurs siècles, ne fut point nuisible à leur cause. » — Et Dante, dans la Divine Comédie, reproduit l'opinion populaire qui faisait descendre les Capets d'un boucher de Paris.
Cette royauté nationale revêt, surtout avec saint Louis, une beauté religieuse. La royauté, alors, paraît vraiment un sacerdoce. Le peuple s'aperçoit que Louis IX est même plus saint que le Pape. — Commines nous dit que le roi de France, avant de toucher les écrouelles, se confessait, afin d'être en état de grâce. — Pour le peuple le roi est saint, guérisseur, faiseur de miracles. — En somme, cette couleur religieuse prêtée à la royauté exprime son caractère essentiel de bienfaisance publique. Michelet appelle quelque part la royauté française « la providence du peuple ».
On sait que la sainteté de Louis IX fut sans emphase ni solennité. 11 est accessible et familier; il converse avec tout le monde (relisez le déli-