‹ Lettres à mon filsChapitre 11 sur 36 · XXIII · texte numérisé non relu

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elle avait affaire à des imbéciles, et ce choix ferait peu d honneur à sa sollicitude maternelle; ou bien les personnes qu'elle avait prises pour gouverner ses enfants n'étaient ni au-dessus ni au dessous du commun, et dans ce cas elle a tort de ne pas laisser davantage à leur discernement. M^^ dÉpinay a T esprit d empire^ le goût de régenter , la manie de Vartificiel'j elle va jusqu'à arranger de petites comédies à la Rousseau pour faire sentir à ses enfants leurs défauts.

L éducation n^ est pas seulement un devoir pour elle^ c'est encore un jeu.

Le plus étrange est qu^vec tout cela elle ny croit qu'à demi. Un des meil^ leurs passages de ses lettres est celui où elle émet des vues très-justes sur le pouvoir borné de l'éducation, sur l'opposition de ce qui se dit aux enfants et de ce qu*ils voient dans le monde : « Je

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dirai bien à mon fils qu'il est d'un homme vil de mal remplir les devoirs de son état; mais il verra tous les jours que ces hommes vils ne laissent pas que dêtre considérés. Je lui dirai qu'on na droit à sa propre estime et à la considération publique qu'autant qu'on est utile à ses concitoyens, et que pour y réussir le vrai moyen est de se mettre en état de rendre des services à sa patrie ; je l'entends me demander ce que c'est que citoyen et patrie, et je me garderai bien de l'envoyer faire cette question dans le monde : on lui rirait au ne:[; on lui dirait qu'en France il n'y a jamais eu et ne peut y avoir ni l'un ni l'autre. »

Un peu plus, et elle s'affranchissait des idées à la mode, elle sortait des sys' Jèmes et de la déclamation, elle se rapprochait de la vérité en se rapprochant de la définition profonde et plai-

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santé que donnait de l'éducation^ à la barbe des théoriciens et des réformateurs^ Vabbé Galiani : « L'éducation est la même pour les hommes et pour les bêtes; elle se réduit toute à ces deux points : Appprendre à supporter Tinjustice, apprendre à souffrir l*ennui. Que /ait' on faire dans un manège à un cheval? Le cheval fait naturellement Pamble, le trot, le pas; mais il le fait quand bon lui semble et selon son plaisir. On lui apprend à prendre ces allures malgré lui, contre sa raison (voilà l'injustice) , et à les continuer deux heures (voilà ï ennui). Ainsiy qu'on fasse apprendre ou le latin, ou le grec, ou le français, à un enfant, ce n'est pas l'utilité de la chose qui intéresse, c'est quil faut qu'il s'accoutume à faire la volonté d autrui (et à s ennuyer) et à être battu par un être né son égal (et à souffrir). »

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