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capable, je ne saurais , en vérité, ranger M^^ dE^inay parmi les écrivains dont il n'est permis de rien ignorer. Cependant son nom^ rafraîchi depuis cinq ou six ans par la réédition de ses Mémoires, est de ceux qui excitent la curiosité, et il donne quelque prix à tout ce qu'acné a fait. Tout mérite à part, c'est beaucoup pour elle de s'être accrochée en passant à un grand homme» Que serait-elle, malgré V énorme roman doU Von a extrait la matière de ce qu'il est convenu d'appeler ses Mémoires, sans ses relations avec Rousseau? Et ces Mémoires eux-mêmes, avec l'agrément qu'on ne peut refuser d'y reconnaître et les nombreuses qualités que certains critiques y ont complaisamment découvertes, combien l'intérêt en serait diminué s ils ne se rattachaient à la crise la
plus décisive de la vie du philosophe de I. a
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Genève! M°^^ dÊpinay a le bonheur d'être partie au procès dans lequel éclate la grande scission de Vesprit philosophique 'y elle a eu l'heureuse idée de rassembler^ elle aussi, bien entendu pour se donner gain de cause, les pièces du dossier. Elle a composé son plaidoyer comme Rousseau, et les personnages qui figurent dans l'un figurent aussi dans l'autre ; elle lutte avec Rousseau de courage dans les confidences; elle porte comme lui la franchise jusqu'à l'héroïsme, — les impertinents disent jusqu'au cynisme, — en prenant toute/ois y comme lui^ habilement ses mesures pour ne pas se faire tort et pour se parer des mêmes vertus. Sauf le génie de técrivain, ses Mémoires sont la contre-partie des Confessions, et c'est asse\ : cette concurrence la grandit infiniment, et consacre, en quel-
que façon, tout ce qui est sorti de sa plume.
C est justement vers l'époque de cette brouille fameuse, où s'agitaient^ sous r apparente frivolité des griefs^ des rivalités d un ordre beaucoup plus sérieux, c'est avant et pendant le voyage à Genève ^ qui fut l'occasion de la rupture, qu'ont été écrits la plupart de ces mor-
ceaux. Nous savons avec la dernière exactitude quelle est alors la situation réelle de M™* d'Épinay^ dans quelle situation d'âme et d'esprit elle se trouve.
Elle a trente ans. Fort maltraitée^ et de plus dune faqon^ par son mari, elle a reconquis sa pleine liberté. Elle a déjà épuisé plus d un roman; FrancueiU son premier amour ^ Va trahie et abandonnée. Elle a essuyé les injustices du mondCy défrayé à son tour les conversations oisives^ fourni matière à la ca-
lotnnie. Elle a aussi rencontré des chevaliers; elle en est ^ pour l'heure, à son second amant, M. Grimm, le Germain aux yeux de grenouille. Elle peut se considérer comme une femme d'expérience^ chose qui devient, vers la trentaine, une consolation bien nécessaire.
Elle vit entourée dun luxe extravagant^ dans lequel va s'engloutir peu à peUf du fait de son mari, une fortune considérable, une fortune de fermier général. Chaque matin, Vantichambre est encombrée de gens qui attendent; lorsqu'elle sort de son appartement, deux estaffiers crient : « Madame^ messieurs; voilà Madame! » et tout ce monde se range en haie sur son passage. Pour atteindre au bout de la journée, elle a la musique, la comédie; elle a Francueil ; elle a les conversations philosophiques avec Duclos, avec