‹ Lettres à mon filsChapitre 36 sur 36 · MÉMOIRE · texte numérisé non relu

MÉMOIRE

SOUMIS PAR M"»« d'ÉPINAY A SON TUTEUR SUR LA SITUATION DES AFFAIRES DE SON MARI. .

Quoique le moment du malheur soit celui qui exige le plus de ménagements, la nécessité de parer les maux à venir. oblige cependant à se faire à soi-même un tableau vrai de sa situation et de son caractère, afin que les fautes passées servent au moins à en prévenir d'autres plus graves et peutêtre plus sinistres.

Je proteste que^ dans tout ce que je

vais dire, je n^ai nullement dessein de faire des reproches à M. d'Épinay:

leur inutilité seule m'en empêcherait présentement, si je n'avais pas des raisons plus honnêtes pour m'en abstenir ; mais je me dois ainsi qu'à mes enfants d'indiquer avec franchise les moyens que je crois seuls efficaces pour sauver au moins son honneur et le nôtre, puisque nous n'avons pu garantir notre fortune.

Je dois aussi observer que ce que je vais dire n'est pas le fruit de quelques idées passagères qui m'occupent depuis huit ou dix jours, mais que c'est le résultat des réflexions qui m'ont absorbée depuis plus de trois ans, et que M. d'Épinày retrouvera pour la plupart dans les lettres que mon devoir

m'a fait lui écrire de temps à autre depuis ce temps; et quand même toutes ces réflexions ne seraient pas toutes absolument justes , je suis persuadée qu'elles méritent au moins l'attention la plus sérieuse et la plus réfléchie.

Une longue expérience doit avoir convaincu M. d'Épinay ainsi que nous, que toutes ses fautes et ses malheurs sont venus de la légèreté de sa tête et de la facilité de son caractère, qui lui ont réellement causé plus de maux que s'il eût été méchant et corrompu. La délicatesse me défend d'entrer dans aucun détail là-dessus, et je veux que M. d'Épinay soit seul son juge à cet égard. De ce manque de caractère il est arrivé que mes instances et mes

représentations continuelles ont été ab* solument infructueuses auprès de lui ; que celles que la fieunille y a ajoutées de temps en temps n^ont pas fait plus d'effet, ou lorsque Papparence du danger Ta ramené à des réflexions ou à des projets plus sensés, ils ont été bientôt effacés par Phabitude de la dissipation et du désordre, ou par le défaut de fermeté dans Pexécution, jusqu'à ce que d'abîme en abîme nous ayons été absolument perdus. Il ne faut pas croire que la cause de ces malheurs puisse changer : une grande résolution peut nous défaire d'un grand vice, de plusieurs si Pon veut, mais elle ne peut changer le caractère, donner Pesprit d'ordre, ni une tête posée et réfléchie qu'on n'a point; à l'âge de vingt ans

on pourrait peut-être l'espérer, mais à l'âge de quarante ans ce serait se faire illusion que de compter sur un changement miraculeux opéré dans un quart d'heure. Que M. d'Épinay compte ou non, je dis que dans les deux cas les sentiments d'honneur qui doivent l'occuper uniquement, à présent que sa fortune est perdue, ne lui laissent pas le choix de sa conduite*, il n'en est qu'une décente, droite et honnête, c'est de se livrer sans réserve et avec une entière confiance à une famille dont il vient d'éprouver tant de marques d'intérêt et de tendresse, en la conjurant de le guider dans le labyrinthe de ses affaires, de la laisser l'unique arbitre et maîtresse de les arranger de la manière qu'elle jugera la plus convenable.

non-seulement sans s'opposer aux sacrifices qu'elle pourrait exiger de lui (sacrifices qui au fond ne peuvent tomber que sur des objets au moins frivoles), mais en renonçant absolument à se mêler d'aucune partie de l'exécution du plan qui aura été arrêté par elle de concert avec lui, parce que l'expérience de tous les temps doit lui avoir appris qu'il n'est pas capable de suivre un plan, ni de tenir strictement les engagements que la nécessité lui fait prendre (i). Je déclare, quant à moi, que je ne me trouve ni la capacité ni la santé suffisante pour mener les affaires de mon mari, et que je ne veux ni ne puis m'en mêler que sous les

(i) Annotation de M. d'Épinay : a Cest mon intention. »

auspices de ses frères et sœurs. Après le malheur qui vient d'arriver, je ne veux plus être responsable d'auciin événement, et mon expérience me défend de prendre aucun engagement que ce ne soit de concert avec la famille. Je n'ai pas besoin d'ajouter que si cet arrangement est pris par la famille et qu'elle en reste le garant et l'exécutrice, à cette condition expresse, et sous aucune autre, je suis prête de me sacrifier entièrement, pourvu que toutes les épargnes soient employées, de ma science certaine, par la famille, à l'extinction de ses dettes et à l'arrangement de ses affaires (i] Je demande, pour l'exécution des

( lyo)

plans qui seront arrêtés par la famille, qu'elle choisisse un homme qui ne soit ni à ma dévotion ni à celle de M. d'Épinay, mais qui réponde de Pintégrité de sa conduite et de la sûreté de ses opérations par son caractère public et par une réputation reconnue.

Voilà mes observations sur Parrangement général, dans lequel il y a deux points dont je dois dire un mot avant d'entrer dans les détails de Tordre à établir dans Pintérieur du ménage.

Par un malheureux effet de cette légèreté que M. d'Épinay doit regarder comme la source de tous ses malheurs, il a confié les papiers, les titres et toutes les affaires de sa terre à deux hommes dont la réputation n'a aucun garant, et dont la probité m'est fort suspecte par

plusieurs manœuvres que j'ai eu occasion d'apercevoir, mais surtout par le soupçon de friponnerie qu'ils ont voulu jeter plusieurs fois sur un de nos plus honnêtes et de nos plus anciens domestiques. Cet homme est à portée de les éclairer, et leurs plaintes ont toujours eu le caractère de la fausseté. Le plus simple soupçon à cet égard suffirait pour alarmer vivement tout autre que lui; mais, en convenant de la vraisemblance démon soupçon envers l'un de ces deux hommes, il n'y a apporté aucun remède -, il m'a constamment accusée de prévention envers l'autre, sans considérer que naturellement je suis on ne saurait moins portée au soupçon et à la défiance, par la raison que ces gens ne peuvent que m'être indifférents.

n'ayant aucune sorte de rapport avec moi, et que, d'ailleurs, lui appartenant, mon premier sentiment pour eux serait de bienveillance, s'ils pouvaient le mériter (i).

M. d'Épinay n'a nulle connaissance des titres de sa terre; ils sont, sans état ni reconnaissance, entre les mains de gens suspects; une ou deux infidélités, la soustraction de quelques titres, suffiraient pour le ruiner de fond en comble et pour achever d'ôter â ses enfants le seul morceau de pain qui leur reste. La certitude où lis sont à présent de n'avoir plus de récompense ni de fortune à attendre de lui me fait trembler; je le conjure, et toute sa fa-

(■73) mille, de faire une sérieuse attention à cet article et d'y remédier promptement.

Je touche le dernier point avec la plus vive douleur, il regarde mon fils, il serait inutile de dissimuler que son éducation n'a point répondu à mes soins et à mes désirs. Soit le peu d'étofle qu'il y a dans cet enfant, soit qu'on ait pris des moyens faux, il n'en est pas moins constant que mon fils est parvenu à l'âge de quinze ans sans rien savoir que la musique, sans contracter aucune bonne habitude, sans promettre aucune de ces espérances qui font la joie et la consolation des parents; au contraire, la facilité, la mollesse et le défaut de caractère que je remarque en lui me font craindre 1. i5.

depuis longtemps qu'il ne tombe dans les mêmes malheurs qui ont causé la ruine de son père, surtout lorsque les dangers de l'oisiveté et du séjour de Paris l'assiégeront au moment du développement de son tempérament. Le malheur a voulu que nous l'ayons confié à un homme absolument inepte à son métier, M. d'Épinay ayant eu l'imprudence de faire à cet homme au bout de six mois une rente de cinq cents livres, et moi ayant eu l'imprudence de ne m'y opposer que faiblement, et point du tout au supplément des cinq cents autres livres qu'il lui a fait au bout de trois ans : il est résulté de la part de M. Linant depuis cette dernière époque une négligence extrême dans ses soins, qui, jointe à une

incapacité totale, a porté à mon fils un préjudice des plus funestes. En vain, mëtant aperçue depuis quelques années de tous ces malheurs , ai-je voulu y apporter remède; en vain j'y ai sacrifié mes soins et ma santé en faisant travailler mon fils auprès de moi, M. d'Épinay n'étant point jusqu'à présent entré dans mes vues, croyant que j'exagérais le mal que je pensais du gouverneur de son fils, et estimant d'ailleurs qu'un homme pour qui il a tant fait ne saurait en être indigne, mon fils est parvenu, comme je lai déjà dit, sans avoir contracté Thabitude du travail et de l'application. Je laisse à juger quel serait notre malheur si cet enfant venait à se déranger et à achever notre honte par sa mauvaise con-

duile. J'ai déchiré mon cœur en prévoyant les dangers dont nous sommes menacés et en les confiant au sein de ma famille. S'ils se réalisent, il ne me reste qu'à mourir de douleur. Si l'on veut les éviter, il faut un parti ferme et prompt qui coûtera à ma faiblesse, mais que je conjure ma famille de prendre malgré moi. J'observe que dans l'état malheureux où nous sommes, il feudrait que mon fils fût un sujet de distinction pour réparer les malheurs de son père, et que nous sommes exposés à la dernière confusion s'il n'est pas au moins un sujet médiocre.

Je pense premièrement qu'il ne peut rester entre les mains de son gouverneur ; secondement qu'il ne peut rester même à Paris sans le dernier danger;

('77) troisièmement qu'il est absolument nécessaire de lui faire prendre un genre de vie où il soit occupé fortement, afin qu'il s'accoutume au travail, qu'il acquière des connaissances qui puissent le mettre en état de faire un chemin quelconque par son propre mérite, et que par une éducation sévère , exacte et ferme, on remédie à cette moliesse de caractère, à ce défaut d'émulation et d'âme qui me fait trembler pour lui(.). ^

J'ai dû pour l'acquit de ma conscience exposer à M. d'Épinay et à la famille tout ce que je viens de dire.

Je les conjure tous de prendre les mesures les plus sérieuses pour prévenir

(i) Apnolation de M. d'Épinay : a 11 n'y a qu'à le

(■78) les malheurs qui nous menacent. Mais, après avoir supplié mon mari constamment depuis la mort de son père de se sauver du malheur qui lui arrive aujourd'hui, sans avoir pu y réussir, je déclare que je ne peux et ne veux plus être responsable d'aucun événement, et que ce ne sera pas ma faute si l'on n'y met pas ordre pour toujours par un plan de conduite sage et ferme, et en veillant à son exécution.

Je répète que je me sacrifierai entièrement aux intérêts de mes enfants, et à ceux de mon mari autant qu'ils seront d'accord avec ceux de mes enfants; mais si je ne puis prévenir les malheurs que je prévois, et s'il faut mourir de douleur au bout de quinze ans de chagrins continuels, je

veux au moins mourir sans reproche.

Voici présentement sur quoi principalement doivent, je crois, tomber les réformes.

Je ne crois pas qu'il convienne à M. d'Épinay de garder au delà d'un cocher et de trois chevaux de carrosse pour lui et pour moi ; et afin que nous ne soyons pas dans le cas de nous gêner réciproquement pour Pusage de cet équipage, nous conviendrons que des sept jours de la semaine, je n'en disposerai que de trois. La nourriture des trois chevaux et d'un cheval de selle, qu'il me semble que mon mari doit aussi garder, sera partagée par moitié (i); alors il faudra un palefre-

(i) Annotation de M. d'Épinay : a Cela ne se peut. Il nous faut chacun notre équipage; il me faut au

nier ; cette dépense le regardera, et moi je me chargerai en entier du cocher.

Vous voyez bien pourquoi, mon cher tuteur, je m'étais réservé ce dernier article : j'étais bien sûre qu'un homme à moi, qui en dépendrait uniquement, ne manquerait jamais à son service, au lieu que s'il eût été à lui et obligé de me servir, j'aurais souvent été dans le cas de lui rappeler son devoir et d'en porter des plaintes; qui sait même si elles seraient toujours écoutées ?

Je désirerais en ce cas qu'on prît pour palefrenier le fils aîné du co-

moins quatre chevaux à moi seul, un cocher et un postillon. C'est le seul amusement qui me reste ; et après les sacrifices que je fais, je ne prétends pas m*en priver. »

cher qu'on est obligé de renvoyer ( i .

Je crois qu'une cuisinière peut servir d'une manière tout aussi honorable qu'un cuisinier et qu'elle est moins dépensière (2).

Je demande avec instance que mon valet de chambre soit placé et supprimé (3).

Quant à celui de M. d'Epinay, je crois qu'il peut d'autant plus se procurer l'avantage de le garder qu'il peut lui tenir lieu des deux hommes d'affaires dont j'ai parlé et régir sa terre, qui n'est pas d'un grand détail (4} ; il

(i) Annotation de M. d'Epînay : « Cela ne se peut, il est trop laid et pas assez alerte. »

(3) Idem, tt II faut garder le cuisinier et rabattre ses gages de moitié, n

(3) Idem, a Bon. d

(4) Idem, u Cela est difficile, mais n'importe, Yy consens. »

en est capable, et Ton peut compter également sur son intelligence et sur sa probité.

Je ne parlerais pas de supprimer le vieux maître d'hôtel, si je ne croyais qu^il peut être [dus heureux hors de la maison et d^une manière moins dépensière pour mon mari. Il a déjà quatre cents livres de rente. Il nous sert sans gages depuis cette malheureuse époque, et il a été , j'ose le dire en tremblant, dans le cas de nous avancer non-seulement ses épargnes, mais depuis trois mois de répondre pour M. d'Épinay chez tous les fournisseurs de la maison. Je crois qu'il est de devoir étroit de lui donner pour lui et sa femme un logement à la Chevrette, de lui faire avoir un débit de tabac dans

le village et de lui augmenter sa rente de deux cents livres (i); bien entendu qu'on prendra les termes les plus prochains pour acquitter les sommes qu'on lui doit. On trouvera peut-être étrange que je propose dans ce moment de charger son bien : c'est que je mets cette obligation au rang des dettes d'honneur, et pour que cet acte de justice et de bienfaisance ne trouve aucune opposition, je me chargerai pendant les six premières années seulement de l'augmentation de rente de deux cents livres.

Si l'on juge nécessaire de retrancher un des deux établissements , comme je

(i) Annotation de M. d'Épinay : « J'y consens^ aux conditions que M<n« d'Épinay se charge des six premières années. »

le crois, j'avoue que je crois qu^il faut conserver celui de la campagne par préférence ( i ) . On m'accusera peut-être de partialité dans cette décision; je conviens qu'il en coûterait moins de renoncer tout à fait à Paris que de renoncer tout à fait à la campagne , mais indépendamment de la préférence que je lui donne, je trouve mille raisons qui doivent porter M. d'Épiriay à penser de même (2).

Ses principales affaires vont être à l'avenir celles de sa terre; en y demeurant, il est non-seulement à portée de les suivre, mais peu à peu d en prendre le goût; on y vit à meilleur marché.

(i) Annotation du comte d'Houdetot : « Cela me paraît trcs-raisonnable. »

(2) Annotation de M. d'Epinay : « Je ne puis me passer d'un logement à Paris. »

Il n'aura pas sous les yeux de censeurs sévères à redouter ; il rentrera le soir au sein de sa famille, et si cette vue excite d'abord ses remords, elle doit en même temps lui inspirer le désir et le courage de la réparation, et peu à peu rendre son âme sensible au respectable et doux nom de père. Que ne doit-on pas attendre de tous ces avantages ?

On m'a déjà fait pressentir la nécessité de vendre la vaisselle, les tableaux et les livres de la Chevrette ( i ) . Je comprends que ces objets peuvent produire un capital de deux cent mille francs; mais, de tous les sacrifices, il faut que je l'avoue, celui-ci me coûte le plus et ne me paraît pas le mieux entendu. De

(i) Annotation de M. d'Épinay : « Bon pour la i^aisselle et les tableaux. »

la vaisselle, on ne peut guère se dispenser de garder les plats, les couverts et quelques flambeaux; le reste ne produira guère que quarante mille livres , et c'est fort bien fait de vendre ce surplus. Quant aux tableaux, ce ne sont pas des effets dont on trouve de l'argent tout d'un coup ; il faut attendre l'occasion ou les donner au-dessous de leur valeur: qui pourrait s'y résoudre?

Pourquoi se presser ? Il vaut mieux ne pas compter sur ce fonds pour payer les dettes, attendre une occasion favorable, et alors le réserver à être placé et à augmenter le revenu. On se gênerait quelques années de plus, et l'on payerait les dettes sur le revenu. Qui sait même si Ton ne pourra pas, par la suite, se passer de ce secours? J'en dis de même

pour la bibliothèque ; mais je demande grâce pour huit ou neuf cents volumes (i) qui deviennent une ressource nécessaire pour quelqu^un qui s'isole à la campagne; et si Ton a besoin d'une somme pour suppléer à ces deux objets, que ne se défait-on des meubles du château d'Épinay? Que ne loue-t-on le grand château et le grand parc, et que ne nous réservonsnous le petit château, qui, à tous égards, convient mieux aujourd'hui à notre position ?

Je crois inutile de dire qu'il faut supprimer toutes les petites loges ; j'en excepterais peut-être celle de la Comédie

(i) Annotation de M. d'Épinay : « Neuf cents ▼olumes, c'est trop; trois cents, à la bonne heure. Le reste yendu. »

Française. Je pense aussi qu'un laquais doit nous suffire, et je ne garderai qu'une femme pour me servir , pour servir ma fille, et sa gouvernante (i).

J'observerai qu'il me paraîtrait équitable de ne pas suivre absolument Tordre des dates dans l'acquit des dettes (2) , mais de consulter plutôt l'état et les besoins des créanciers. Par exemple, le tailleur des domestiques, qui est veuf, chargé d'enfants, ayant été dans le cas de faire beaucoup d'avances, me paraît,

(i) Annotation de M. d'Épinay : « On voit bien que M"*^^ d'Épinay ne retranche pas pour elle; je la prie de considérer que si on m'ôte le spectacle, il ne me restera rien, et pour peu que j'y aille, il m'en coûtera plus cher. Je veux donc les garder toutes trois. Pour l'article des laquais, je le veux bien, j'en serai quitte pour faire mes commissions moi-même ; après ce sacrifice, on n'a rien, je crois, à me dire. »

(2) Annotation de M. de Jully : « Cela est juste et j'y souscris. »

quoique des derniers en date, mériter la préférence. Le Boursier est dans le même cas.

Vous remarquerez, mon cher tuteur, que M. de Juily est le dernier des créanciers et un des plus forts.

Je demande comme une grâce, et peut-être comme une justice, d'accommoder le procès qu'a M. d'Épinay avec le fermier de T Ermitage. Le succès est douteux, et si nous gagnons, malheureusement le pauvre fermier est totalement ruiné; nous ne pourrions donc que perdre à attendre l'événement (i).

Que ne puis-je exprimer ici ce que je veux dire sans nommer les auteurs de

(i) Annotation de M. d'Épinay : « A examiner de plus près, je ne me refuse pas à cet avis. » ^

tant de malheurs ( i j ! Cet anicle regarde M"' Rose (ai. Je demande que Ton fixe et que l'on assigne des fonds suffisants pour la rembourser et lui tenir lieu de la rente que M. d'Épinay s'est engagé de lui faire. Il vaudrait mieux, pour l'y faire consentir, lui donner au delà de ce qu'elle a droit de prétendre, afin qu'on n'ait point annuellement de dettes scandaleuses à payer (3;, Je ne veux point que mon fils apprenne à contracter de pareilles dettes à l'exemple de son père.

(i) AnnoUtïoii de M. d'Épinay : u le ne demandu

(i) C'était la maîtresse de M, d'Epinaf, liqiislle lui avait prête quarante mi)ls lirres, dont il lui faiïoit

(3) Annotation du comte d'Houdetot : u A la bonne heure, quand toutes les dettes aeronl payées, mais je ne cède pas mon rang pour cslle-l&, pareiemple. "

Comme il peut arriver que dans deux ou trois ans d'ici il se présente des établissements pour ma fille, et que, les dettes n'étant point alors éteintes à beaucoup près, cela nous mettrait dans le cas de refuser peutêtre des partis avantageux, je demande que dans l'arrangement général il en soit pris un sûr et convenable pour pourvoir à sa dot (i).

Le comte ne dit mot à cette honnête et généreuse proposition ; cela pourrait faire au bout de quatre ans un fonds de cent mille livres à peu près, sans comp-

(i) Annotation de M. de JuUy: « Je propose k chacun de la fomille de remettre pendant quatre ans les intérêts de nos créances pour former un fonds qui puisse doter ma nièce, me réserrant personnellement tous les arrangements qui pourraient dans ce cas faciliter une bonne affaire. »

ter ce que fera son oncle alors, comme il le fait espérer.

Je crois encore qu'il convient que le ménage de M. d'Épinay soit administré par moi pour son compte jusqu'au mois d'octobre prochain (i), en y apportant toute l'économie dont je suis

(i) Annotation du comte d'Houdetot : « M««» d'Épinay ne doit pas administrer la maison au mois d'octobre autrement qu'elle ne doit l'être jusqu'à cette époque. Il n'est pas question d'entrer en possession de son reyenu, ni de celui de M">« de Gondrecourt) puisqu'on doit faire de la totalité des recettes une masse qui senrira à acquitter les dettes (*) après avoir prélevé la dépense nécessaire pour la maison et les pensions de ces dames et de M. d'Epinay. Mme d'Épinay doit se rappeler que, dans aucun cas, il ne peut être question des avantages de la croupe. La totalité des revenus doit être mise en commun; ces dames ont renoncé à tout autre arrangement, et verbalement lors de la première assemblée, et par écrit par une lettre de M»»» d'Épinay que j'ai entre les mains. »

O N. B. Le comte d'Houdetot est un des principaux créanciers, mais un des derniers en date.

capable. Au mois d'octobre^ ma mère entrant en possession de la grâce que le roi lui a accordée, et moi jouissant alors de tout mon revenu sans aucune retenue de sa part, nous déciderons des dépenses que nous prendrons sur notre compte lorsque nous connaîtrons la valeur de ces deux objets.

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