DIX-SEPTIEME LETTRE
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Toujours en votre qualité de père de la Justice, TOUS écrivez dans votre préface :
(( Comme le roseau de la fable, l'Église plie et ne rompt pas. Du train dont la mènent ses ineptes rivaux, elle durerait encore dix-huit siècles en pliant toujours. Elle plie devant la puissance politique et elle dure ; devant la philosophie elle plie et elle dure ; devant la science elle plie et elle dure:» devant la Réforme elle
plie et elle dure. Elle durera tant qu'elle ne sera pas attaquée dans son fort, tant que la Révolution, élevant plus haut le débat, n'aura point débarrassé la Justice de cette sanction divine qui la rend boiteuse, (!t dont l'Éj^lise est le suprême représentant. » (Tome I, pa^es 36 et 37.)
Voilà, monsieur, comme vous écrivez l'histoire au nom de la Justice : l'Église ne dure qu'à la condition de plier.
Elle plie devant la puissance politique.
Dans les trois premiers siècles de son existence et pendant le règne de votre sublime Révolution, l'Église, en eflet, s'est courbée devant la puissance politique, mais c'était pour ofTrir sa tête à la hache du bourreau.
Jadis des millions de fidèles plièrent ainsi sous le glaive persécuteur des Néron, des Dioctétien, des Tibère.
L'Église pliait, lorsque, par la voix de saint Ambroise, elle arrêta au seuil du temple et condamna à une pénitence publique celui devant lequel s'inclinait
le reste de l'univers, Tliéodore, souillé du meurtre de sept mille habitants de Tliessalonique.
L'Église pliait dans la personne de saint Athanase, qui défendit avec un courage héroïque le christianisme naissant contre la haine et la puissance des empereurs schismatiques ou païens.
L'Église pliait quand, au siècle d'Attila, Rome, Orléans, Troycs, Paris, furent sauvés des llammes et du massacre par saint Léon, saint Aignan, saint Loup et sainte Geneviève.
Elle pliait quand saint Grégoire de Tours protégea contre les fureurs de Chilpéric et de la sanguinaire Frédégonde le jeune Mérovée, qui était venu chercher un asile auprès du tombeau de saint Martin, — comme elle pliait aussi lorsque cette même Frédégonde, voulant donner un libre essor à ses crimes, cloua par un coup de poignard le reproche et la censure dans la gorge d'un vertueux évêque.
Elle pliait quand le pape Grégoire V imposa à Robert, roi de France, une pénitence de sept années pour le punir d'avoir violé par son m.ariage les lois ecclésiastiques.
Elle pliait quand Grégoire \ll, ce fils de charpentier couronné de la tiare, soutenait intrépidement les
prérogatives de sa couronne spirituelle et temporelle contre les envahissements de l'empereur Henri IV, réduit à venir s'humilier aux pieds du fier pontife.
Ne pliaU'dla pas aussi lorsque Uoniface VII combattit les prétentions de Frédéric d'Allemagne et de Philippe-le-Bel ?
Ne pîiait-cWe pas encore lorsque seule, opposant une digne aux effroyables désordres, aux sanglantes guerres civiles qui désolaient la France et l'Allemagne, vers le treizième siècle, elle força les partis qui s'entr'égorgeaientà accepter la Trêve de Dieu?
L'Église a plié pendant tout le moyen âge, lorsque, représentant l'intelligence, la raison, la justice, et faisant contrepoids au pouvoir brutal, elle prit en tutelle la société mineure, défendit les peuples contre les rois, les faibles contre les forts, et ne craignit pas de foudroyer de ses armes spirituelles les diadèmes et les sceptres.
Elle a plié quand, à l'aurore des temps modernes, elle refusa de satisfaire les caprices impudiques de Henri VIII, retranchant du tronc de sa puissance un de ses rameaux les plus ^ erdoy^nt? , plutôt que de
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sonftrir une atteinte à la morale éternelle et à la Justice.
An dernier siècle enfin, nos pères l'ont vu pUei\ quand, — pour ne pas obéir aux Tibères et aux Dioclétiens de la Terreur, — fidèles, prêtres, pontifes donnaient leur tête au couteau de la guillotine, ou mouraient déportés, sous le ciel dévorant de Sinnamari.
Mais l'Église, vous écriez- vous, a conclu des traités, des concordats, des pragmatiques-sanctions.
Belle merveille, en vérité, que deux pouvoirs, s'exercant depuis dix-huit siècles côte à côte, aient songé parfois à s'entendre sur la délimitation de leurs frontières respectives ! Ne serait-il pas prodigieux qu'il en fût autrement? Si parfois l'Église a consenti à restreindre sa puissance temporelle, jamais elle n'a abandonné un seul de ses dogmes à la pression de l'autorité politique.
Vous le reconnaissez vous-même. (ï. I, p. 25.)
« A présent que la Réforme n'est plus qu'an
mot, le concile de Trente régit encore sans conteste l'univers orthodoxe, n
Kllk plie bevakt la philosophie.
Où? quand, monsieur?
Pliait-oWo devant Mancs ressuscitant le dualisme de Zoroastre, devant les néoplatoniciens d'Alexandrie, devant Plotin, Pliilon, Porphyre, Jamblicjue et Proclus?
A-t-elle plié devant Spinosa et son Ethique, devant Voltaire et V Encyclopédie ?
]3e nos jours, a-t-elle plié devant le rationalisme allemand qui, parti du doute spéculatif, est arrivé à l'athéisme pur et simple; devant Kant, Schelling, Fichte, Hegel, Feuerbach? A-t-elle plié devant le sensuaHsme de la Romiguière et le panthéisme de M. Cousin? A-t-elle plié devant Lamennais? A-t-elle plié devant les mille systèmes contradictoires qu'il a plu à la philosophie moderne d'inventer ou plutôt de rééditer? Plie-i-cMe, devant M. Jean Reynaud et sa métempsycose, devant M. Jules Simon et sa rchgion naturelle ?
Croyez-vous qu'elle pliera devant les trois volumes impies publiés chez Garnier frères ?
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Elle plie devant la Réforme.
Quand on hasarde des assertions de ce i^enre, on prend au moins la peine de les appuyer de quelque preuve, soit l'une, soit l'autre.
Vous vous en cjardezbien.
Pourtant, je me trompe, vous en domicz une ; c'est la phrase déjà citée :
a Les églises dissidentes tombent en ruine ; elle en recueille les débris et se reforme sans cesse. ))
Voilà comment l'Église plie devant la Réforme.
Allons, monsieur, prenez la liste des innombrables fondateurs de sectes ; évoquez-les tour à tour, se nommassent-ils Henri VIII, Luther ou Calvin, et questionnez-les afin de savoir si l'Éghse a plié devant leur révolte ! Elle a ressenti, vous n'en doutez pas, une douleur profonde au départ de ses enfants parjures; elle est pour eux toujours prête à la miséricorde et au pardon.
Mais, assise sur le roc immuable de son dogme,
cllo ne donne aucun signe de faiblesse, aucun signe de crainte.
Ses ennemis passent, elle reste debout.
Elle plie devant la science.
Vous n'avez pas prévu, sans doute, en écrivant ces mots, que plus loin vous diriez absolument le contraire.