Le doct'jur Blot
2. Romancier et auteur dramatique sous le nom de Daniel Darc.
LETTRES DE G. FLAUBERT A SA NIÈCE CAROLINii: 361
vement à la place ! Mais cette perspective me répugne bien ! Moi, qui suis né si fier, recevoir de l'argent du publiCj être commandé, avoir un maître ! Enfin, nous verrons.
Je t'embrasse bien tendrement.
Ton pauvre Vieux.
CGlXXIX
Lundi matin, 8 heures, 25 octobre 1875.
Chère fille,
Voici du nouveau. Pouchet est obligé d'êlre à Paris le 3 ou le 5, c'est-à-dire mercredi ou vendredi de la semaine prochaine.
Je partirai avec lui. Mais^ comme je vois que tu te donnes beaucoup de mal pour arranger mon gîte, si j'arrive avant qu'il ne soit tout à fait prêt, tu ne jouiras pas de la surprise que tu voulais me faire. Et peut-être, d'autre part, serais-je pendant quelques jours mal installé. Dans ce cas-là j'aimerais mieux rester ici quelques jours de plus. Je trouverais bien à m'occuper. Répondsmoi donc ce qu'il faut que je fasse.
Ta lettre de jeudi est charmante, mon Caro. Je suis bien content de voir que tu te plais dans ton nouveau logement et que tu ne regrettes pas la rue de Clichy et que tout y est bien, depuis l'humeur du portier jusqu'aux W.-C. de miss Putzel. Malgré les migraines, ton moral est vaillant. Je tâcherai de t'imiter. A peine si j'ai le temps de porter cette lettre à la poste.
Comme il faisait très beau hier, nous avons fait une
longue excursion et sommes rentrés tard. Mais aujourd'hui la pluie va recommencer.
Un bon baiser de
Ta pauvre vieille Nounou.
•Chenonceaux, vendredi matin; 11 heures, 1876.
Mon loulou,
Je viens d'écrire h Chevalier, pour qu'il révèle à Clémence le secret des Bottes, car la clef de mon pauvre vieux cabinet est dans une de mes bottes en cuir de Hussie. La trouvera-t-elle? Monsieur Vieux a une si analheureuse imagination que la vue de ton billet m'a tort troublé. J'avais peur. De quoi? je n'en sais rien ! anais j'avais peur!
L'hospitalité d'ici est charmante. Je couche dans le lit de François P^ Un lit à estrade et à baldaquin ! Quelles cheminées, etc.
M, Wiison n'est pas à Chenonceaux. J'ai pour compagnon un peintre charmant. Il sait par cœur toutes mes ceuvres, ainsi que Mme Pelouze^
J'arriverai demain soir à Paris, vers 9 heures, je crois,
cl à la maison pas avant 10 heures. Qu'on me garde à
dîner.
Bécots de
Ta vieille Nounou.
a^ Propriétaire du château de Chenonceaux.
CCLXICXI
Croisset, mardi, 3 heures, 14 juin 187©.
Ma chère Caro.. Me voilà revenu dans mon paurre vieux Croisset, que j'ai trouvé en très bon élat, et prêt à y piocher de toutes mes forces.
Mon voyage s'est passé dans la compagnie d'Anglais stupides qui ont joué aux cartes tout le temps. Je lisais des journaux qui relataient les funérailles de ma vieille amie*, et le trajet ne m'a pas semblé long. Arrivé à Rouen, afin d'éviter la>\ue des boulevards et celle de l'Hôtel-Dieu, j'ai fait prendre à mon fiacre la rue Jeanned'Arc.
Emile m'attendait. Avant de défaire mes cantines, il a été me tirer une cruche de cidre que j'ai entièrement vuidée, à sa grande terreur, car il me répétait : « Mais Monsieur va se faire mal ». Elle ne m'a point fait de mal.
Au dîner, j'ai revu avec plaisir la soupière d'argent et le vieux saucier. Le silence qui m'entourait me semblait doux et bienfaisant. Tout en mangeant je regardais tes bergeries au-dessus des portes, ta petite chaise d'enfant, et je songeais à notre pauvre vieille, mais sans peine et plutôt avec douceur. Je n'ai jamais eu de rentrée moins pénible.
Puis j'ai rangé ma table. Je me suis couché à minuit ; j'ai dormi jusqu'à 9 heures. Ce matin j'ai fait un tour dans le jardin, et j'ai causé avec Chevalier q^ii m'a fait des récits pittoresques des inondations, et je vais me remettre tout à l'heure à mon Histoire d'un cœur simple^