Voir Correspondance entre G, Sand et G. Flaubert^ p
grammes de poussière as-tu avalés? Il me semble que tu dois te donner bien du mal, avec un personnel aussi restreint et voulant faire des économies sur l'emménagement. C'est tout au plus si mon appartement sera prêt quand j'arriverai? ce qui aura lieu vers le 6 ou le 8 novembre, car mon compagnon quittera Concarneau vers cet t6 date...
11 a plu beaucoup cette semaine ; aussi les promenades n'ont pas été nombreuses. Cependant, j'en ai fait une, jeudi, que j'ose qualifier de gigantesque, car j'ai marché pendant quatre heures. Le petit Julien F Hospitalier n'avance guère et m'occupe un peu ; c'est là le principal. Enfin, je ne croupis plus dans l'oisiveté qui me dévorait; mais j'aurais besoin de quelques livres sur le moyen âge! Et puis, ce n'est pas commode à écrire, cette histoire-là ! Je persévère néanmoins, je suis vertueux.
J'ai reçu, hier, une boi>ne lettre du vieux Taurguen^ff, qui me charge de te faire ses compliments. Quel charmant homme! Lui et la mère Sand m'ont écrit, depuis six mois, des phrases qui m'ont touché.
Comme j'envie G. Pouchet! En voilà un qui travaille et qui est heureux! Tandis qu'il passe ses journées courbé sur son microscope, dans son laboratoire^ ton Vieux rêvasse tristement au coin du feu, dans une chambre d'auberge. A l'heure qu'il est, des gamins jouent aux billes sous mes fenêtres, et un bruit de sabots retentit. Le ciel est grisâtre ; la nuit peu à peu descend. Mlle Charlotte m'apporte deux bougies.
Un mot m'a fait bien plaisir dans ta lettre d'hier, pauvre chat : « J'ai confiance dans l'avenir ». Ah ! si tu pouvais me communiquer un peu de cet espoir !icar j'ai beau faire, je retombe toujours sur des idées tristes, et je me sens le cœur serré. Comment dépouiller le vieil
homme? Comment rajeunir? Quelle boisson prendre pour se fortifier?...
Vieux.
CCLXXVIIT
Concarneau, jeudi 22 octobre 1875.
La pluie tombe à seaux ! Décidément Concarneau n'est pas TÉgypte. Voilà quinze jours que je suis très souvent obligé de garder le logis à cause du mauvais temps. Nous n'avons pu faire qu'une promenade cette semaine. Hier nous en avons essayé d'une en mer et nous avons été trempés. Cette .mouillade jointe à un mal de ventre m'avait assombri et je suis resté pendant tout le reste de la journée couché sur mon lit et dans un piètre état nervoso-moral. Mais ce matin, après une nuit de neuf heures, me revoilà retapé provisoirement; car j'ai souvent des rechutes, pauvre loulou. C'est à cela que je m'aperçois de mon âge. L'énergie du fond me manque. N'importe, le séjour de Concarneau m'aura été bon; et puis la société de G. Pouchet est très saine : tu n'imagines pas quel bon garçon ça fait ! S'il restait ici tout l'hiver, j'y resterais. Mais, \m parti, je n'aurais plus personne à qui causer. Or, je redoute la solitude; elle m'est bien funeste maintenant. Tu me reverras donc vers le 5 ou le 6 novembre, je ne sais pas encore le jour fixe?
Pour me consoler de mon prochain départ je me dis que j'ai besoin de quelques livres sur le moyen âge, — ce qui est vrai, et qu'il m'ennuie de ma pauvre fille, ce qui est encore plus vrai.
Je suis ravi que tu te plaises dans ton nouveau logement. Serai-je comme loi? Tu ne me dis pas si l'on
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entend trop le bruit des voilures? Voilà ce que je redoute par-dessus tout! Et j'ai peur de regretter le parc Monceau; mais qu'est-ce que je ne regrette pas !
Je comprends le mal que Julie a eu à quitter Croisset ! Quand on devient vieux, les habitudes sont d'une tyrannie dont tu n'as pas l'idée, pauvre enfant. Tout ce qui s'en va, tout ce que l'on quitte a le caractère de l'irrévocable, et on sent la mort marcher sur vous. Si à la ruine intérieure que l'on sent très bien, des ruines du dehors s'ajoutent, on est tout simplement écrasé.
Mdgré mes résolutions. Saint Julien n'avance pas vite. Dans mes moments de désœuvrement je lis quelques passages d'un Saint Simon qu'on m'a prêté. Je relis pour la centième fois les contes de M. de Voltaire. Et puis le Siècle, le Temps, et le Phare de la Loire régulièrement. Ici, on est très radical et libre penseur (ce qui contrarie les idées reçues sur la Bretagne). Quand je dis (( on est », j'entends parler de cinq ou six petits bourgeois qui viennent au café. Quels paresseux! quelles existences! Je finirai peut-être par les imiter. Ce serait peut-être ce qui serait le plus sage. Avec 6,000 livres de rentes, on peut vivre, ici, toute l'année très bien ! Mais les aurai-je, ces 6,000 francs de rentes?...
Ernest a-t-il été voir M. Guéueau de Mussy? Et toi, es-lu retournée chez M. Blot^? A quand le bon atelier consolateur?
Je ne vois plus rien à te dire, pauvre loup. Je vais écrire quelques petites lettres, une entre autres à Mme Régnier % de Mantes, qui m'en a adressé une, charmante et très cordiale, et une autre au bon Laporte. Je suivrai ton conseil. Je lui demanderai son avis, relati-