‹ Lettres à sa nièce CarolineChapitre 128 sur 160 · Un porlrait et une étude ((ue j'étais en train de faire · texte numérisé non relu

Un porlrait et une étude ((ue j'étais en train de faire

us LETTRES DE G. FLAUBERT A SA NIÈCE CAROLINE

le froid nous coupe le museau. Hier, au bord de la mer, c'était insoutenable. Nous avons passé quatre jours à Caen et dans les environs. Le soir nous sommes arrivés ici par une forte pluie. Nous nous portons très bien et ne perdons pas notre temps. La seule débauche de la table est celle du poisson et des huîtres.

Laporte est « aux petits soins » : quel bon garçon ! Son activité brûlante me talonne pour que je finisse ici ma courte épître. Je te raconterai mon voyage plus longuement. Tu as su sans doute nos tribulations du départ. Aujourd'hui je vais tâcher de découvrir cette bonne Fanny. Demain nous nous mettrons à la recherche de l'emplacement du veau d'or^

CCGXVII

Falaise, samedi matin, 24 septembre 1877.

Oui, mon loulou, j'ai reçu tes deux lettres adressées à Caen, et ce matin la troisième datée de mercredi.

Mon bon compagnon m'a quitté avant-hier, devant être à Rouen aujourd'hui, à 1 heure, pour coopérer comme conseiller général à la confection des listes de prix. Son absence lui aurait coûté 500 francs d'amende.

Donc, je suis seul, pour la fui de mon voyage aj^tique. Hier j'ai revu, avec ravissement (le mot n'est pas trop fort), Domfront et ses environs. Aujourd'hui je vais me promener en voiture aux alentours de Falaise. C'est là

1. Voir Bouvard et Pécuchet, pp. 112-143 — « en 1715, relate dom Martin, un sieur Héribel exhuma, aux environs de Baveux, plusieurs vases d'argile pleins d'ossements, et conclut (d'après la tradition et les autorités évanouies) que cet endroit, une nécropole, était le mont Faunus, où Ton a enterré le veau d'or ».

le pays de Bouvard et Pécuchet. Demain sera sans doute consacré à la même occupation. Puis j'irai à Séez, à Laigle et à la Trappe. Je t'assure que je ne perds pas mon temps ! Monsieur est toujours levé drès 7 heures et se trimbale toute la journée en prenant des notes. J'ai vu des choses qui me serviront beaucoup. Bref, ça va bien, j'ai bonne maine=m\ne et un appétit qui effrayait Yalère î Mon seul accident a été le bris de mon lorgnon.

J'ai vu Fanny qui m'a reçu avec une émotion de joie manifeste. Monsieur et Madame nous ont même invités à dîner. Elle a poussé des cris et des soupirs et n'en revenait pas d'étonnement ! A plus tard les détails.

J'avais l'intention d'aller à Rabodanges, mais c'est trop loin et ce serait une journée de perdue.

Sans doute je serai revenu au bon vieux Croisset et près de la chère nièce, mercredi ou jeudi. Il m'est difficile de rien préciser, mais tu seras avertie. Monsieur, en rentrant, aura besoin de prendre ung bain.

Bonne pioche picturale, mon pauvre chat. Bonne santé et bonne humeur. Il me tarde de te revoir.

Ton Vieillard de Cro-Magnon.

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