CCCLXXVI
Mercredi, 5 heures, 12 février 1880.
Ma chérie,
Ton mari va-t-il venir ce soir? Je suis plein d'inquiétude. L'acte est-il signé ? Que se passera-t-il vendredi? Jamais je n'ai été plus anxieux et impatient de nouvelles. Guy, heureusement, m'a tenu compagnie pendant trois jours, et cet après-midi j'ai eu Jules Lemaitre. Ils m'ont disirait de mes pensées.
Il faut se remettre au travail. Mais comment travailler n'ayant pas l'esprit libre? Et le sentiment du temps que je perds me désole. J'ai beau me faire des raisonnements. L'imagination rebelle se tient cachée! et j'ai si bien travaillé cet hiver!
Si Ernest ne doit pas venir demain, envoie-moi un télégramme m'expliquant la situation en deux mois.
Je t'embrasse bien tendrement.
Vieux
ai;ilé.
CGCLXXVII
Vendredi, 5 heures, 6 février 1880,
Ma chère fille,
J'ai reçu tes deux volumes, Robin et Laprade.
Le père Grout m'a écrit ce matin qu'il mettait sa bibliothèque à ma disposition. Il a des livres pouvant me servir. Je lui ai écrit pour lui demander ses jours et heures.
Mon disciple viendra déjeuner à Croisset dimanche et restera jusqu'à mardi. Mais, dans l'après-midi de dimanche, je le lâcherai pour aller chez Gally présider notre dernière séance du comité % à laquelle il ne viendra personne, j'en suis sûr. Ce sera vite fait.
Le Journal de Rouen a reproduit en entier \ai préface de Bergerat (avec une introduction aimable). Mamzelle Julie en a entendu parler chez Leroux ! et m'a dit, hier soir, un mot sublime : « Il paraît que vous êtes un grand auteur! »
J'ai demandé deux fois à Charpentier de m'envoyer le numéro du Fo/^aér^du,^^ janvier. Tâche de te le procurer. Il te plaira. Tu verras comment des gens que je ne connais pas parlent de Vieux, non comme « grand auteur » mais comme ecclésiastique ou plutôt comme évangélique.
Jules Lemaître^ (du Havre) viendra me voir mercredi. Ainsi pendant trois jours je vais causer littérature, bonheur suprême! Ça me reposera.