L'historien
Paris, mercredi, 3 heures, décembre 1863.
Monbibi,
MlleVirginie^sortd'ici. Elle m'a appris que Mlle Ozenne^ devait arriver ce soir à Croisset. Vous allez donc avoir de la compagnie et ne pas vous ennuyer si fort. Je plains moins ta grand'mère d'être dans son lit par le froid hotrible qu'il fait. Avez- vous reçu l'édredon? Je n'ai aucune nouvelle de la Féerie. Voilà deux jours que Pagnerre (d'après une lettre de lui) doit venir me voir, et je l'attends en ce moment même. Saint-Victor m'a dit que le directeur des Variétés en avait envie : il n'y a donc rien de fait, comme tu le vois. Maintenant causons de la grande affaire.
Eh bien, ma pauvre Caro, tu es toujours dans la même incertitude, et peut-être que maintenant, après une troisième entrevue, tu n'en es pas plus avancée? C'est une décision si grave à prendre que je serais exactement dans le même état si j'étais dans ta jolie peau. Vois, réfléchis, tâte bien ta personne tout entière (cœur et âme), pour voir si le monsieur comporte en lui des chances de bonheur. La vie humaine se nourrit d'autre chose que d'idées pratiques et de sentiments exaltés; mais, d'autre part, si l'existence bourgeoise vous fait crever d'ennui, à quoi se résoudre? Ta pauvre grandemère désire te marier, par la peur où elle est de te laisser toute seule, et moi aussi, ma chère Caro, je vou-