‹ Lettres à sa nièce CarolineChapitre 21 sur 160 · Virginie Niel, cousine de ma grand'mère · texte numérisé non relu

Virginie Niel, cousine de ma grand'mère

2. Mlle Ozenne que mon oncle avait surnommée « la Divine », une ■ femme bas-bleu de nos amies.

drais te voir unie à un honnête garçon qui te rendrait aussi heureuse que possible! Quand je t'ai vue, Taulre soir, pleurer si abondamment, ta désolation me fendait le cœur. Nous t'aimons bien, mon bibi, et le jour de? ton mariage ne sera pas un jour gai pour tes deux vieux compagnons. Bien que je sois naturellement peu jaloux, le coco qui deviendra ton époux, quel qu'il soit, me déplaira tout d'abord ; mais là n'est pas la question, je lui pardonnerai plus tard et je Taimerai, je le chérirai s'il te rend heureuse.

Je n'ai donc pas même l'apparence d'un conseil à te donner. Ce qui plaide pour M. G..., c'est la façon dontil s'y est pris ; de plus, on connaît son caractère, ses origines et ses attaches, choses presque impossibles à savoir dans un milieu parisien. Tu pourrais peut-être, ici, trouver des gens plus brillants? mais l'esprit, V agrément est le partage presque exclusif des bohèmes. Or ma pauvre nièce mariée à un homme pauvre est une idée tellement atroce que je ne m'y arrête pas une minute. Oui, ma chérie, je déclare que j'aimerais mieux te voir épouser un épicier millionnaire qu'un grand homme indigent: car le grand homme aurait, outre sa misère, des brutalités et des tyrannies à te rendre folle ou idiote de souffrances. Il y a à considérer ce gredin de séjour à Rouen, je le sais, mais il vaut mieux habiter Rouen avec de l'argent que vivre à Paris sans le sou, et puis pourquoi, plus tard, la maison de commerce allant bien, ne viendriez-vous pas habiter Paris?

Je suis comme toi; tu vois bien, je perds la boule, je dis alternativement blanc et noir. On y voit très mal dans les questions qui vous intéressent trop : tu auras du mal à trouver un mari qui soit au-dessus de toi par l'esprit et l'éducation; si j'en connaissais un rentrant dans cette condition et ayant en outre tout ce qu'il faul.

j'irais te le chercher bien vite. Tu es donc forcée à prendre un brave garçon inférieur. Mais pourras- lu aiuier un homme que tu jugeras de haut? Pourras-tu vivre heureuse avec lui? Voilà toute la question. Sans doute que Ton va te talonner pour donner une réponse prompte. Ne fais rien à la hâte et quoi qu'il advienne, mon loulou, compte sur la tendresse de ton vieil oncle qui t'embrasse.

Écris moi de longues lettres avec beaucoup de détails.

Lundi matin, 19 janvier 1864.

Oui, ma chère Caro, j'obéis à ton désir : je serai à Croisset le mercredi. J'avais ce jour-là un dîner, je l'ai remis; je vais donc te voir dans le véritable état d'une jeune personne ayant un jeune homme î très bien ! très bien !

Embrasse bien pour moi notre pauvre vieille.

Ton ganachon d'oncle.

Lundi, 1 iieuie, 1861.

Je suis bien aise, mon Caro, de voir que tu es rétablie dans ton assiette. Espérons que toutes nos agitations sont terminées et que le calme va succéder à la tempête; ta bonne maman m'a l'air d'aller mieux et de ne plus tant se désespérer : tout a une fin, et « des jours tranquilles vont luire », comme dirait la Divine.

Pour te raconter toute l'histoire de Faustine il me faudrait un volume. Apprends seulement que c'est maintenant, ^rkcehmoi^ une affaire impériale ; eWeser^loiiée du 10 au 15 février avec un luxe inouï, toute la Cour y assistera, etc., etc.; la Porte-Saint-Martin est maintenant aux pieds de Monseigneur. Quant à la Censure, ayant en tête Camille Doucet, elle est furieuse et tremble dans sa peau, ne sachant d'où lui est venu ce terrible coup de bas. Bref, tout va admirablement et ton vieux ganachon d'oncle est content : j'étais né, peut-être, pour les intrigues politiques, car toutes les fois que je m'en suis mêlé j'ai réussi. Au milieu de lout cela je pense sans cesse à mon roman ^ ; je me suis même trouvé samedi dans une des situations de mon héros. Je rapporte à cette œuvre (suivant mon habitude) tout ce que je vois et ressens. Pour te donner une idée de mes occupations la semaine dernière et de la manière dont moi et mes fidèles trimions sur le pavé, sache que le jeune Duplan n'a fait dans la journée de jeudi que six fois le trajet du boulevard du Temple^ aux Invalides. Samedi dernier j'ai eu deux rendez-vous, un à minuit et un autre à 1 heure du matin. J'ai été très content de Florimont'^ dans cette affaire : il s'est conduit en brave.

j'étais invité à dîner aujourd'hui chez Mme Cloquet et demain chez Dumont^ J'ai refusé l'un et l'autre, n'ayant pas le temps d'y aller.

J'attends maintenant Tidiot d'Amsterdam (devenu exact ! ! !). Nous allons aller à la répétition de Faustine; de là aux Variétés pour notre traité; puis j'irai chez Flori-

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