‹ Lettres à sa nièce CarolineChapitre 40 sur 160 · LXVII · texte numérisé non relu

LXVII

Paris, mercredi matin, 18G6.

Mon loulou,

'Ma lettre va t'arriver au milieu dés prépai^atifs de ta soirée. Car je sais que demain jeudi Madame donne une fête du grand monde. Auras-tu seulement le temps de lire les baisers du pauvre oncle.

Demain je ferai des courses du matin au soir, c'està-dire que je me repasserai six ou sept heures de voiture, ce qui n'est ni économique ni amusant. Après quoi je dînerai chez Mme Husson. Ce soir je vais dîner chez ma Princesse.

Et toi, pauvre chérie, ton mal de gorge est-il enfin passé? Quand pensez-vous venir « dans la capitale ». Comme je m'ennuie de ne pas voir ta bonne mine fraîche !

Je suis peu sorti depuis quelque temps. Je tâche d'arranger le plan de ma troisième partie et je lis un tas de choses ineptes. De sorte qu'au fond, Monsieur est assez bougon et rébarbaratif.

J'ai dos remords à l'endroit des dames Vasse ! mon intention est d'aller chez elles demain. Mais vraiment, à Paris, on n'a le temps de rien faire. Tu n'imagines pas la quantité de blagues que j'invente pour refuser des invitations. Autrement je ne resterais pas un jour chez moi, et adieu la littérature.

Quand tu m'écriras, n'entrecroise plus tes lignes. Ça m'agace. Donne-moi des nouvelles de ta bonne maman et envoie-moi de longues lettres. Bavarde un peu avec Ton pauvre vieux ganachon qui t'aime.

Embrasse pour moi ton mari et ta grand'mère, — pas n'est besoin de le dire. Monseigneur m'écrit que Lagier^ est à Rouen.

Quel dommage que je n'y sois pas. Je l'aurais amenée chez toi pour embellir ta soirée ! ! !

Paris, jeudi, 11 heures, 28 février 1867.

Mais, mon pauvre loulou, il me semble ^w^ la décence exigeait que ce fût la nièce qtii écrivît d'abord à son oncle. Il est vrai que ton vieux ganachon ne tient pas beaucoup à la décence! C'est là ce qui te justifie à mes yeux des reproches amers que tu m'envoies.

Je savais le voyage peu agréable de ton époux. L'important, c'est que la ferme est vendue, et qu'on sera délivré des lamentations du gérant et du fermier.

Quant à ta grand'mère, ne crois pas qu'elle en sera plus tranquille. Il est dans sa nature de se tourmenter toujours. Quand les sujets d'inquiétude lui manquent, elle en invente : elle ne sait que s'ingénier pour se rendre malheureuse.

En fait de nouvelles « du théâtre et des Arts », je ne puis t'en donner aucune. Je n'ai pas encore été à aucun spectacle et n'irai probablement de tout l'hiver que pour la première de Ponsard et la première de Dumas. Je m'occupe exclusivement de l'histoire de 48. Cela remplace les faïences. Mes courses principales sont finies, et j'aurai écrit à la fin de celte semaine deux pages. Ce qui est beau. Il est probable que j'irai voir samedi pro-

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