‹ Lettres à sa nièce CarolineChapitre 44 sur 160 · Amaury Duval, peintre · texte numérisé non relu

Amaury Duval, peintre

silion avec la princesse Mathilde. Je dînerai chez Mme Husson, mais demain et après-demain je ne sors pas de chez moi, afin de piocher pour finir mon chapitre avant mon retour dans ma patrie.

Voilà des nouvelles peu intéressantes, mais je n'en ai pas d'autres à te donner. Quant à la politique, les bourgeois ont toujours une extrême venette de la guerre. Je ne crois pas. quoi qu'on dise, qu'elle ait lieu maintenant. Beaucoup de personnes de ma connaissance sont déjà parties pour la campagne. «Tout part. » Je n'ai pas envie de faire comme tout : le plus grand charme de la campagne est pour moi le voisinage et la société de ma belle nièce.

Ton vieil oncle.

Mardi, 1867. Chère Caro,

Je suis revenu hier au soir mourant de faim et de froid, et, après un somme de dix heures, mon premier soin est de t'écrire. Il paraît que je ne vais pas être longtemps sans te voir, mon pauvre loulou. Tant mieux, car je m'ennuie beaucoup de ton aimable personne; il me semble qu'il y a fort longtemps que je ne t'ai vue.

Tu serais bien gentille de m'écrire un petit mot pour me dire quand est-ce que tu viendras. Ta bonne maman repassera sans doute par Dieppe jeudi; tu peux la garder encore, car elle s'amuse et se plaît beaucoup plus chez toi que chez elle. Le temps est magnifique. Qu'elle en profite !

90 LETTRES DE G. i^LAUBERT A SA NlKCE CAROLINE

Julie est retombée malade le jour même de mon départ. Elle est couchée et Fortin vient la voir tous les jours; mais elle va mieux. Pas n'est besoin de te dire que ton hospitalité Ta ravie.

Je te quitte, mon pauvre loulou, pour écrire au père Michelet qui m'a envoyé son Louis XVL

Adieu. A bientôt j'espère.

Ton vieux ganachon d'oncle qui t'aime.

Croisset, mardi matin, 1867.

Je viens de lire avec bien du plaisir ta gentille lettre, mon Carolo. Tant mieux que vous soyez contents de mon logement! c'est dans cet espoir-là qu'il était offert. Il me serait impossible de vous suivre dans vos promenades, car au mal de dents a succédé un rhumatisme du pied qui m'empêche de me tenir debout; aussi, je n'irai pas voir demain les Bohémiens, Monseigneur viendra dîner ici et passera la journée de jeudi.

Je n'ai aucune nouvelle à Rapprendre, je n'ai pas vu un chat depuis votre départ; ma plus grande distraction a été l'orage dans la nuit de dimanche. Le temps s'est rafraîchi.

Ton vieux ganachon qui t'aime.

Tu diras à Ernest que j'ai retrouvé le paquet de lettres dont j'étais inquiet; embrasse-le de ma part (pas le paquet de lettres, mais l'homme).

Mon propriétaire, ou plutôt le séquestre^ m'avait promis de mettre des persiennes neuves aux deux fenêtres qui sont sur le boulevard. Rappelle celte promesse au

portier : j'aimerais à ce que ce travail se fil pendant que vous êtes là, n'aimant point à ce que les ouvriers batifolent dans mon logement quand il n'y a personne. Le séquestre s'appelle M. Brûlé, mais son activité n'est pas brûlante!

Croisset, vendredi, 4 heures, 1867.

Ma chère Caro,

Les Souverains désirant me voir comme une des plus splendides curiosités de la France, je suis invité à passer la soirée avec eux lundi prochain.

Mon intention est d'arriver à Paris dimanche, à A heures 20.

N'y aurait-il pas moyen de loger dans mon logement? pour deux nuits seulement? car je repartirai mardi matin. Après quoi je vous rendrai ma propriété.

Je me contenterai du divan qui est dans mon cabinet, mais il faudra que tu me prêtes ma table de toilette.

Tu me prêteras également « your little Tiger Anselme y> pour aller aux Tuileries le lundi soir.

Si vous n'avez pas d'invitation dimanche, il me serait plus commode ce jour-là (comme le suivant, du reste) de dîner chez vous. Ta grand'mère arrive à l'instant d'Ouville. Elle va très bien.

Je t'embrasse, mon loulou.

Ton vieux Dérangeur d'oncle.

Croisset, mardi, 2 heures, 1867.

Mon loulou,

J'ai les boutons de manchettes de Ion époux attenant à une chemise.

Tâche de me retrouver: 1° mon écrin et ma croix; 2" mon passe-partout; 3^ la clef de ma cantine.

Le père Cloquet arrivera seul ici jeudi.

Dans quelle exaspération j'étais ce matin* ! !

Je vous embrasse, en exceptant de mes tendresses votre bon petit domestique de voyage.

Ton Vieux.

Ce à quoi je tiens le moins, c'est à mon paletot, quoique je serais content de le retrouver.

Ta mère va très bien.

Nous vous attendons toujours demain par le train express du soir.

1. Le paletot avait été égcaré au bal des Tuileries, par la faute de mon domestique, « le petit Tiger » ; puis, au moment de refaire la caisse, plusieurs objets ne s'étaient pas retrouvés. Ce qui avait exaspéré mon oncle, c'est qu'à 5 heures du matin, mon domestique, très correct, avait cru devoir remettre un tablier de service pour aider aux préparatifs du départ. Alors mon oncle était entré dans une fureur « homérique », comme il appelait lui-même ces accès d'exaspération.

LETTRES DE G. FLAUBEIiT A SA NIÈCE CAROLINE 03

Mercredi, 4 heures, juillet 1867.

Mon pauvre loulou,

Tes deux pauvres vieux n'ont pas été d'une gaîlé folle après ton départ. Enfin! il faut bien se résigner. Ta gTand'maman a eu une petite attaque de nerfs qui n'a pas eu de suites ; cela lui est venu à propos de ses comptes de cuisine ; mais, depuis lors, elle est beaucoup mieux. En fait de nouvelles, Monseigneur est venu dîner avec nous samedi et est reparti lundi matin. Croirais-tu que les Achille s'en vont aujourd'hui à Paris, voir l'Exposition?

M. et Mme B'ortin nous ont donné sur ton ami le père Calame les détails les plus déplorables : il parait (|ue c'est un vieux pochard. et pas trop honnête.

Nous attendons toujours Juliette avec ses mioches samedi prochain, et notre intenlion*est de partir jeudi (de demain en huit). Je crois que les dames Vasse viendront ici vers le milieu d'août.

Nous avons maintenant des couvreurs sur le toit; le tapotement a succédé à l'infection. Combien je le plains d'elre au milieu de la peinture! Tes maux de cœur ne m'étonnent nullement : je regarde comme insensé d'habiler dans une maison pareille! Je n'ai pas dit à ta grand'mère ce que tu m'avais recommandé de lui cacher ; mais à l'avenir, quand tu voudras m'écrire quelque chose de particulier, mets-le sur un petit bout de papier spécial, car il faut, bien entendu, que je lui lise tout haut tes lettres ; autrement la bonne femme se blesserait.

N'oublie pas de m'envoyer très prochainement des bouffeltes pour mes pantoufles.

N'as-tu pas le premier volume du Chateaubriand de Sainte-Beuve?

Adieu, ma chère Caro, et tout à toi.

Groisset, mardi, 5 heures, 1867.

Ma chère Caro,

Je n'ai rien du tout à te dire, si ce n'est que je baise ta gentille mine. Tu m'as écrit une lettre qui mériterait pourtant une longue réponse, si j'en juge par le plaisir qu'elle m'a fait.

Aujourd'hui, j'ai eu tout l'après-midi A. Baudry. J'irai dîner chez lui vendredi prochain, puis un des jours de la semaine prochaine chez Monseigneur \ afin d'aller le soir à la foire Saint-Romain.

Je travaille beaucoup et redoute le monde, Ce n'est pas dans les bals que raveiiir se fonde.

(Camille Doucet.)

Cependant, des renseignements dont j'ai absolument besoin, et que j'ai demandés plusieurs fois, ne m'arrivent pas, ce qui lait que je suis indigné. ,raurai fini mon chapitre (le second de la troisième partie) dans une quinzaine de jours.

Si ta grand' mère était encore chez loi à cette époque, je serais homme à aller la chercher. Comme son séjour

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