‹ Lettres à sa nièce CarolineChapitre 45 sur 160 · Louis Bouilhet avait été nommé bibliothécaire à Rouen · texte numérisé non relu

Louis Bouilhet avait été nommé bibliothécaire à Rouen

dans ta « délicieuse villa » lui fait grand bien, retiens-la le plus que lu pourras.

Ya-t-elleà Ouville?

Et la peinture? Et tes promenades roniantiques au bord de la mer?

Il fait beau, mais froid. Le fond de l'air n'est pas chaud, et sa surface peu bouillante.

Adieu, pauvre loulou. Comme il m'ennuie de toi, et que je voudrais te voir plus souvent!

Paris,

Mon loulou,

Je n'ai rien à te dire, si ce n'est que je m'ennuie de toi beaucoup et que j'ai fort envie de te voir.

N. B, — Fais-moi le plaisir de demander à ton époux combien j^ai à attendre de lui, le 1'"^ avril? Car, depuis le 1" janvier, mes vastes capitaux déposés en ses mains se sont accrus par l'apport nouveau de... est-ce mille ou deux mille francs ? je ne sais plus.

Oui, ma belle nièce, j'admire beaucoup les Châtiments, et je trouve ces vers-là hénaurmes! bien que le fond du livre soit bête, car c'était la France, le peuple, qu'il fallait engueuler.

Je ne connais pas l'ouvrage de Bûchner dont tu me parles; mais je vois avec plaisir que mon ancienne élève se livre à des lectures sérieuses. Quant à mon avis sur ces choses, le voici en un mot: je ne sais pas ce que veulent dire ces deux substantifs Matière et Esprit; on

ne connaît pas plus Tune que l'autre. Ce ne sont peutêtre que deux abstractions de notre intelligence? Bref, je trouve le Matérialisme et le Spiritualiine deux impertinences égales.

Demande à Monseigneur de te prêter le Banquet et le Phédoii de Platon (dans la traduction de Cousin). Puisque lu aimes l'idéal, mon loulou, tu le boiras, dans ces livres, à la source même. Comme art, c'est merveilleux.

J'ai diné hier chez Bataille, avec le duc et la duchesse de Persigny, le terrible Jollibois et l'ancienne sous-préfète de Mantes, Mme de Marcilly. Ce brave Bataille a encore reparlé du bon diner que ta grand' mère lui a donné l'année dernière; il a l'estomac reconnaissant. (C'est, du reste, un bon père de famille; la façon dont il bécotait sa petite fille m'a attendri.) Il s'est aussi étendu sur la beauté de Mme Fortin. Après quoi, j'ai été chez la Princesse, où j'ai vu plusieurs anges. Quelles plumes, r.om de D... !

As-tu lu Thérèse Raquin?

Jeudi, probablement, je dînerai avec mon chéri Tourgueneff^ qui vieut de publier un nouveau roman que je t'engage à lire : Fumée,

Je me suis livré cette semaine à des recherches dans les vieux Tintamares, ce qui fait que mon répertoire de calembours s'est accru : je pourrai briller à la noce d'Emilie 2.

Adieu, ma chère Caro, je t'embrasse tendrement.

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