G. DOUCET
Du même :
Il fera son chemin, ce jeune homme! il me plaît. Je viens de Tamener dans mon cabriolet.
Tout cela est à méditer, mon pauvre loulou! Mais voici un chef-d'œuvre découvert par moi dans ies mémoires de l'Académie de Saint-Quentin :
Un soir, atrendu par Hortense, Sur la pendule ayant les yeux fixés Et senlatU son cœur battre à mouvements pressés» Le jeune Alfred séchait d'impatience.
Avec laquelle j'ai l'honneur d'être
Ton vieil oncle en baudruche qui t'aime.
Croisset, samedi, 5 heures, 1868.
Oui, mon bibi, je viens de finir mon chapitre. Il est même recopié et lundi j'espère commencer le suivant.
Ta bonne maman réclame Mlle Julie et désire qu'elle soit rentrée à Croisset lundi soir, parce qu'elle a besoin d'elle mardi.
Elle attend le moment de te revoir avec une certaine impatience, et serait très dupe si ton mari ne venait pas mercredi.
Je ne demanderais pas mieux que de l'accompagner. Mais il faut être raisonnable et rester à son sacerdoce.
Mme Cloquet m'a écrit hier pour me dire que M. de Montblanc m'attendait afin de partir ensemble vers Toulon. Le beau temps qu'il fait présentement ajoute à mes regrets. J'aimerais fort à batifoler sur les rivages de la Méditerranée! mais mon cinquième chapitre que deviendrait-il? Un dérangement de quinze jours me ferait perdre tout mon hiver.
J'irai samedi prochain à la foire Saint-Romain avec
Monseigneur. C'est moins loin, moins long et moins cher.
Mon fameux tricot est fini. Il me va admirablement et ne manque pas de cachet.
Nous avons hier dîné à l'Hôtel-Dieu sans aucune compagnie que les maîtres de la maison.
Voilà, mon pauvre loulou, toutes les nouvelles. Il me reste maintenant à te remercier pour ta charmante lettre de ce matin, laquelle m'a donne envie de te couvrir de bécots. Pourquoi ne lis-tu plus de choses sérieuses ? C'est ainsi que peu à peu on s'enfonce dans l'abjection ! Tu as cependant assez emporté de livres. Mets-toi à ce bon Froissart, ça t'amusera.
J'oubliais deux choses : l"* Mme Fortin a disposé de son toutou; 2*^ Monseigneur m'a dit que DonDick d'Arrah était devenu d'une moralité suspecte. Il est un peu filou. Quelle désillusion !
3** Fait important. L'amour d'horloger a comparu jeudi, à Croisset, avec le bras en écharpe. Le pauvre chéri a cuydé se casser la gueule en tombant d'un escabeau sur lequel il était juché pour remonter une pendule: il y a eu échappement de sa personne par terre.
Adieu, chère Caro. Embrasse ton mari pour moi.
Ton pauvre Vieux qui t'aime.
Croisset, vendredi 186S.
Mon bibi,
Je suis hhhhindigné!!! contre toi !
Comment, le jour où ton oiseau va à Dieppe, tu ne viens pas déjeuner chez ton Vieux?
Lui bon oncle pourtant. Lui bon nègre. Lui aimer petite nièce. Mais petite nièce oublier lui. Elle pas gentille! Elle cacatte. Lui presque pleurer!
Lui faire bécots tout de même.
Achète-moi des joujoux pour Ernest et pour Jenny. Je me fie à ton goût artistique.
Paris, mercredi malin, 5 mai 1869. "
Mon loulou,
Le père Gloquet pense que ton voyage en Norvège te fera grand bien; que ne puis-je vous accompagner! Moi aussi, j'aurais bien besoin d'un petit voyage ! mais...
J'espère dans quinze jours ou trois semaines avoir enfin terminé mon roman! c'est-à-dire donné au copiste les premières pages vers le 20 ou le 25 de ce mois. Quel soulagement! Quanta une lecture entre nous deux, la partie me semble manquée, irrévocablement; il faut attendre le livre imprimé. Toi et ton mari, vous ne devez pas manquer de sujets de conversation : l'' le voyage; 2° Tameublement de l'hôtel! Penses-tu à la manière dont ton oncle Achille Dupont en parlera? Tu vas marcher dans son estime, immédiatement après la baronne, puisque : ayant déjà une « délicieuse villa » à Dieppe, tu auras c( un charmant hôtel » à Paris.
Mais comment faire passer la chose à notre pauvre vieille? Pourvu qu'elle ne l'apprenne pas avant votre retour!
Tu as, sans doute, lu dans les feuilles le détail de la
fête qu'a donnée jeudi dernier la princesse Mathilde à son cousin? J'ai contemplé de près, pendant longtemps, celui qui nous asauvés. Son épouse paraît m'avoir oublié? En revanche, j'ai beaucoup causé avec Mme de Metternich. Je suis invité à aller demain entendre chanter, chez Mme Espinasse*, une dame de Bordeaux que j'ai entendue déjà il y a deux ans et qui est fort curieuse. Je n'irai probablement pas, car j'ai envie de me cloîtrer pendant quelques jours pour avoir fini plus vite.
En fait de bêtise parisienne, que dis-tu de ceci? Hier, pendant que la pluie tombait le plus fort, les bourgeois qui habitent en face de moi dînaient sur leur terrasse^ à Tabri d'une tente, et il faisait un froid de chien ! J'avais du feu !
Adieu, pauvre loulou: Écris-moi longuement et aime toujours
Ton vieil oncle en pain d'épice qui t'embrasse.
Dimanche matin, 23 mai 1869.
Je suis si exténué que j'ai à peine la force de t'éci'irc. Maintenant que j'ai fini mon roman, je m'aperçois de ma fatigue. J'ai passé la semaine à recaler mon manuscrit que je donne demain à recopier^; ce sera l'aiîaire de huit à dix jours. Il faudra que je le relise, puis je m'en retournerai à Groisset.
Si vous pouvez différer votre départ jusqu'au 8 ou 10 juin, ta grand'mère de cette façon ne resterait pas seule.