‹ Lettres à sa nièce CarolineChapitre 67 sur 160 · G. Pouchet, le naturaliste · texte numérisé non relu

G. Pouchet, le naturaliste

le Bouddhisme et je te remercie, à ce propos, d'avoir été chercher le Lotus de la Bonne Loi chez l'infâme Renan, auteur de l'incendie de Paris, selon Mme Stroehlin (sic).

Il est probable que dans quelques jours, vers la fin de la semaine, je te prierai d'aller me chercher un autre livre chez le père Baudry qui est en train de déménager. Son nouveau logis est rue Bonaparte^ 76. Mais le livre en question ne sera trouvable qu'à la fin de la semaine. • Ainsi ne te dérange pas encore...

Dis à Ernest que nous n'avons plus d'argent. Maman écrira demain à M. Després, car nous sommes fort à sec. Mais j'ai peur qu'il ne tarde dans l'envoi des monacos, si toutefois il en a à nous envoyer.

Ta grand'mère a écrit hier à Flavie pour l'inviter ainsi que Mme Vasse à venir ici, dès qu'elles quitteront Saint- Servan. Insiste pour qu'elles acceptent. Je serais bien aise d'avoir, pendant quelque temps, leur aimable compagnie. Tu sais que j'aime beaucoup Flavie. Je la trouve (( une belle âme ».

Les colleurs auront fini, lundi, de coller les papiers que tu as choisis et qui sont gentils. (Pouvait-il en être autrement?)

Ma lettre manque complètement de transitions, et ne sent pas l'auteur. Donc, sans chercher aucune tournure finale, ma belle dame et chère Caro, je t'embrasse sur tes deux bonnes joues.

Ton vieux ganachon.

J'ai écrit deux lettres à mes députés de Versailles pour savoir quand est-ce qu'ils viendront me faire une visite. Pas de réponse !

La non-visite de Mme L*"^* ne m'étonne nullement. La psychologie de la chose est bien simple. Elle se résume par ce petit mot qui occupe une certaine place dans les

relations particulières et qui est pour les trois quarts dans les révolutions politiques : Venvie.

Si tu avais un logement de 1,200 francs, elle viendrait chez toi, avec grand plaisir ! C'est comme ça.

« Vous êtes dur, dit Candide.

— C'est que j'ai vécu », dit Martin.

Dimanche, 6 h. 1/2,1871.

Mon loulou,

Ta grand'mère a été désappointée, ce matin, de n'avoir pas de lettres de toi. Je ne sais pas ce que j'en ferai demain si nous n'en recevons pas. Elle s'imaginait que tu étais très malade, « morte », j'ai entendu, à travers ma cloison, le dialogue avec Julie. Après quoi elle s'est imaginée que tu devais venir aujourd'hui à Rouen pour la location de ta maison. Et elle a envoyé ensuite à Rouen, tout exprès.

Nous avons eu tout à l'heure une lettre de Flavie qui nous dit qu'elle viendra, mais sans nous préciser d'époque. Et toi, chérie, quand te revoit-on? Tu ne m'as pas l'air d'aller très bien? Les rhumatismes et les migraines s'apaiseraient peut-être dans le pauvre vieux Croisset?

N'oublie pas d'envoyer chercher le livre chez Baudry et de m'expédier (si tu dois tarder à venir) ledit bouquin.

J'ai été aujourd'hui voter à Bapaume et je tombe sur les bottes naturellement, d'autant plus que je suis très fatigué depuis quelques jours; j'ai la poitrine oppressée. Ça vient d'être depuis trop longtemps courbé sur ma

table, et puis aussi d'être obligé de parler hors de ma voix à ta grand'mère pendant l'heure des repas.

Demain j'irai dîner à l'Hôtel-Dieu où je dois faire la connaissance du maire de Rouen ! ! ! Mon ami Raoul Duval pourrait très bien ne pas être élu. Il a fait une profession de foi, peu noble selon moi. Tu as dû recevoir deux billets pour la Chambre?

Mes deux députés commencent à m'embêter avec leurs retards infinis.

Adieu, pauvre chérie. Je t'embrasse bien fort.

Ton Vieux.

Paris, vendredi matin, 9 heures, 1871.

Comment vas-tu? Comment va notre pauvre vieille? Quand arrivent chez toi les dames Vasse? etc. Aujourd'hui je vais retourner chez M. Delestre pour la troisième et dernière fois, j'espère! C'est jusqu'à présent les seules visites que j'aie faites, car tout mon temps a été pris par les notes pour Saint Antoine, Cet aprèsmidi enfin je vais aller à Saint-Gratien. Je ne me suis pas encore occupé de l'Odéon, et il est même impossible de savoir qui est directeur de ce théâtre.

Mes soirées se passent très solitairement, et j'ajoute tristement. Car je songe à la manière différente dont je les passais autrefois quand j'avais près de moi mon pauvre petit Duplan î Donc, je lis au bord de ma fenêtre tout en regardant le parc Monceau qui est charmant. Puis je me couche de très bonne heure. Hier j'étais non

LETTRES DE G. FLAUBERT A SA NiftCE CAROLINE 203

dans mon lit, mais sur mon lit dès 9 heures et demie.

Ernest a diné avant-hier chez moi. Il m'avait paru, la veille, s'ennuyer tellement que je n'ai pas résisté à l'envie de l'inviter. Il pourra te dire qu'il ne m'a pas surpris au milieu « d'une partie de plaisir ». — Style Bonenfant.

Yous rappelez-vous un de vos premiers domestiques nommé Armand? Il m'a rencontré hier et m'a demandé des nouvelles de M. et Mme Commanville. Voilà tout.

Comme je vais beaucoup à pied, je rencontre ainsi un tas de monde. La chaleur depuis deux jours est supportable et je sue un peu moins. Mais quel débordement lundi et mardi î

Adieu, pauvre chérie. Embrasse bien notre vieille pour moi. Force-la à s'occuper un peu et quand elle m'écrit à m'écrire un peu plus longuement.

Deux bons bécots sur ta bonne mine.

A propos de ta mine, voici un mot qui a été dit sur elle, samedi dernier, par Mme Lapierre, au milieu de son dîner. On parlait des (( jeunes dames » de Rouen et quand ton tour est venu. « Celle-là est d un genre différent. Charmante, etc., etc. »

Mme Lapierre : «Oh! Mme Commanville, c'est un type f »

Sous-entendu d'élégance, de distinction, d'instruction, etc., etc., etc.

Ton vieux ganachon.

Paris, mardi 1*^' août 1871.

Ma chère Carô, j'ai reçu hier au soir, une lettre de toi si gentille qu'elle m'a attendri « presque, presque » jus-

qu'aux larmes si bien qu'il m'ennuie de toi et que j'ai fort envie de te revoir pour te bécoter.

Ton mari sortait de chez moi lorsque j'y suis rentré. Tu me dis qu'il part de Paris aujourd'hui ou demain. Je n'ai donc chance de le revoir que la semaine prochaine? Aujourd'hui je vais à l'arsenal voir le père Baudry, et aux Archives chez Maury, toujours pour Saint Antoine, lequel attend ta visite, dans le mois de septembre, comme il est convenu. J'ai reçu, ce matin, la visite de l'acteur Berton. Les affaires de l'Odéon sont fort embrouillées et je ne sais ce qui adviendra d'Aïssé. Ce qu'il y a de sûr, c'est que je ne veux pas la faire jouer par des acteurs médiocres.

J'ai écrit à Emile de revenir dimanche, car jeudi prochain j'aurai probablement à dîner d'Osmoy et Bardoux. Je passerai la fin de la semaine chez la Princesse. Ensuite, je retournerai peut-être aux Bibliothèques? En tout cas, il faut que je sois revenu à Croisse! avant le 20, à cause de TourouenelT

Paris, mercredi soir 9, 1871.

Mon loulou,

Je tombe sur les bottes! 1^ à cause de la chaleur et 2'' à cause du mal de dénis. Voilà six ou sept fois, au. moins, que je vais chez M. Delestre qui m'engage toujours à conserver ma dent. Mais je suis bien résolu à me la faire enlever vendredi, car je souffre trop. Je me livrerais à cette distraction demain, si je n'avais un billet d'entrée

pour le conseil de guerre. J'irai donc demain à Versailles, afin de voir quelques-unes des figures de la Commune. Puis, vendredi, j'irai dîner et coucher chez la Princesse, on j'emporterai des livres qu'on m'a prêtés à la Bibliothèque.

Je compte être revenu à Croisset au milieu ou à la fin de la semaine prochaine, probablement jeudi. Mais entre nous (ou plutôt pas entre nous, ma chère Caro), je trouve que ta grand'mcre me talonne singulièrement pour revenir. Il me semble qu''à mon %^ j'ai bien le droit de faire, une fois par an, ce qui me plaît? La dernière fois que je suis venu ici, au mois de juin, je n'ai pas fait tout ce que je voulais faire, grâce à cette belle habitude que j'ai prise de fixer d'avance mon retour, comme si c'était bien important!

Ta grand'mère est chez toi, avec les dames Yasse, au bord de la mer. Trois conditions pour être bien. Tu peux lui dire que je ne la plains nullement et la gronde très fort. Après quoi tu l'embrasseras encore plus fort.

Mon séjour à Paris ne se prolongera pas au delà du 20 au plus tard. C'est le terme de rigueur.

Le bon Bardoux, avec qui je déjeunerai demain aux Réservoirs, s'est beaucoup informé de Madame Caroline !!

Les affaires de l'Odéon ne sont pas claires du tout. Mais ce serait trop long à l'expliquer. Il est fort probable que j'enverrai promener le sieur de Chilly? Adieu, pauvre loulou. Dis toutes sortes de choses aimables à tes compagnes. L'idée de passer bientôt quelques jours avec elles me réjouit infiniment.

Ton Vieux.

Saint-Gratien, dimanche, 2 heures, 1871.

Mon loulou,

Tourgueneffne me répondait pas parce qu'il est encore h Edimbourg. 11 sera mardi prochain à Londres et je crois qu'il arrivera à Croisset samedi? En tout cas, je partirai de Paris pour ledit Croisset jeudi soir ou vendredi matin.

J'aurais trop peu de temps à rester chez toi, pour que j'aille jusqu'à Dieppe. Cela n'en vaut pas la peine, n'estil pas vrai? Tes bonnes amies peuvent ramener ta grand' m ère.

Quelle chaleur, mon bibi ! quelle chaleur! Je viens de quitter la société pour roupiller dans le silence du cabinet et pour lire un peu des bouquins que j'ai empruntés à la Bibliothèque.

Mardi soir je reviendrai à Paris où j'ai encore beaucoup à faire. Putzel restera encore sans rival. Je ne remporterai pas le petit chien en question. J'ai vu que si j'insistais je me ferais détester par deux jeunes filles qui sont ici, et surtout par la femme de chambre de la Princesse.

J'espère demain voir mon pauvre Théo que je n'ai pas vu depuis dix-huit mois. Tout en tombant sur les bottes, j'embrasse ma chère Caro.

Son Vieux en baudruche.

CLXTI

Croisset, vendredi soir, 6 heures, 1871.

Voici le papier que me demande mon beau neveu. Tu l'embrasseras de ma part, en lui disant que je continue, de plus belle, à n'y comprendre goutte. Et puis, quelle rédaction! quel langage! Moi, signer des choses pareilles, horreur!

Tu me combles de compliments sur Saint Antoine, pauvre Caro ! Etje t'avouerai qu'ils me font plaisir, parce que je fais cas de ta jugeotte, de ta bonne petite boule, ferme et haute. J'aurai fini, dimanche, les plaintes d'Isis. Et huit jours après, j'espère commencer l'Olympe ? Mais je ne serai pas débarrassé des Dieux avant la fin d'octobre. Alors, je pousserai un joli ouf! car c'est un lourd fardeau.

« Quelle responsabilité! » comme dirait Berthelot.

Fais-moi le plaisir de m'envoyer le plus promptement possible le plan du monument ^ Je voudrais le montrer dimanche à Desbois. Depuis le matin la pluie tombe à verse et Monsieur va se priver de son bain. La mère Sand m'a envoyé hier les deux photographies de ses deux petites-filles qui sont des amours.

Mille félicitations, mon Caro, de votre enthousiasme artistique; je voudrais être avec vous pour faire la troisième Muse. Mes bons souvenirs à ta compagne.

Ton vieil oncle en baudruche.

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