‹ Lettres à sa nièce CarolineChapitre 66 sur 160 · Alfred Maury · texte numérisé non relu

Alfred Maury

temps, puisque tudoisre-partir de Croisset, pour Dieppe, dès samedi.

Ce sera peut-être ce jour-là que j'aurai enfin la visite de mes deux députés ? J'ai chargé Raoul Duval de me donner de leurs nouvelles, et même de les ramener.

Je voudrais bien qu'Ernest, avant de rejoindre sa « délicieuse villa », s'arrêtât un peu dans la nôtre, pour parler au jardinier et pour épurer mes comptes !

Mme Bonenfant nous a écrit qu'elle lui avait envoyé de r.irgent de Courtavent, et de l'argent de la ferme de l'Isle.

Je voudrais bien que ta grand'mère, avant de partir pour Dieppe, payât environ 800 francs (c'est ce qui lui reste de dettes); et quant à moi (qui n'ai reçu depuis le mois de janvier que 1,500 francs de ta grand'mère), j'aurais besoin, dans une dizaine de jours, de 3,000 francs, car je voudrais aussi payer mes dettes lors de mon prochain voyage à Paris. Préviens donc ton époux.

J'en ai fini. Dieu merci, avec les dieux de l'Inde ! mais ceux de la Perse ne sont pas commodes ! et à ce propos, je passerai peut-être une partie du mois d'août, à laBibliollièque impériale, uniquement pour creusericeux. Telle sera ma villégiature I Je compte m'en donner une autre, en allant chez « ma fameuse nièce ». Mais comment arranger cela avec Tourgueneffquidoit venir àCroissetdu 1 5 au 20 août et les dam es Vasse qui doiven t y venir, quand ?

Nous causerons de tout cela jeudi.

En attendant, un bon baiser de ton Vieux.

Croisset, mercredi soir, 1871.

' Je ne m'amuse pas extraordinairemenl, ma chère Caro, et même, pour dire la vérité, je m'embête consi-

dérablement. Mon voyage à Paris m'a dévissé et le travail ne va pas. Je n'ai pas de cœur à l'ouvrage. L'état mental de Paris, bien plus que ses ruines, m'a rempli d'une mélancolie noire.

J'ai eu cependant, aujourd'hui, la compagnie de la mère Lebret qui a déjeuné et dîné avec nous î dîné à 6 heures juste, si bien que j'ai faim maintenant. Ah! la vie n'est pas tous les jours drôle !

Je te prie de me faire deux commissions : 1« Vois, sur le boulevard Montmartre, 18, si le sieur Suireau, lampiste, existe encore, et demande-lui si je peux lui envoyer mes deux carcels éreintés par MM. les Prussiens, nos sauveurs.

2^ Fais- moi le plaisir de te transporter chez Benjamin Duprat, libraire, rue du Gloître-Saint-Benoît, 7, près le Collège de France, et demande-lui le Lotus de la Bonne Loi, traduit, je crois, par Foucaux. Ce doit être un in-4** ? Si c'était trop cher, c'est-à-dire si ça dépassait 20 francs, je m'en priverais. Sinon, achète-le, et envoie-lemoi par le chemin de fer. Je ne peux pas me débrouiller avec mes dieux de l'Inde î J'aurais besoin, pour mon travail, d'être à Paris, afm de consulter un tas de livres et de causer avec des savants spéciaux! Monsieur est agacé...

Dis-moi ce que tu as fait relativement aux comptes de ta grand'mère : l"" As- tu additionné toutes les notes à payer? En as-tu payé quelques-unes? Je ne sais pas ce que je dois faire. 2° Quels sont les gages de ses deux bonnes?

Ta grand'mère a été hier à Rouen, ce qui Ta un peu fatiguée. Cependant elle ne va pas mal et me semble moins triste qu'il y a quinze jours.

Raoul Duval est venu déjeunera Croisset lundi. Je l'ai trouvé très calme et très raisonnable, chose rare. Hier

j'ai eu la visite de Georges Pouchet ^ qui n'a nullement été arrêté, comme on Tavait dit. Demain nous aurons àdîner ta tante Achille. Voilà, ma chérie, toutes les nouvelles.

Je pense à toi et je te regrette.

Les prévisions de ton mari étaient justes quant au sieur Dumas : « il vise à la députation ! î î »

L'idée seule de mes contemporains me fatigue.

Croisset, samedi, 3 heures, 1871.

Mon pauvre loulou,

Je suis attendri par le mal que tu t'es donné pour moi ! Le récit de ton excursion dans le logis de Mlle Duprat m'a fait rire. Comme le Lotus de la Bonne Loi est trop cher, je m'en prive î Mais j'écris à Renan (rue Vaneau, 29) de me le prêter. Envoie-le chercher chez son concierge mardi prochain. Emballe-le proprement de manière à ce qu'il ne soit pas gâté, et expédie-le à Pilon. C'est, je crois, le plus sage...

J'ai fait faire tantôt à ta grand'mère un tour de terrasse. Elle est décidément mieux qu'il y a quinze jours...

Je t'attends toujours vers le commencement de juillet.

Nuit de samedi, 1871.

Rien de neuf, ma chère Caro ! Ta bonne maman ne va pas mal, n'est pas trop triste. Moi, je suis toujours dans

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