Projet de monument pour Louis Bouillict
le dérange de son Olympe ! Il me faudra encore quinze bons jours de préparation avant de commencer les phrases. Je crois que tes louanges, mon pauvre loulou, m'ont encouragé... La compagne que tu vas avoir ne remplacera pas l'autre. Frankline doit être d'une société charmante.
J'irai probablement cette semaine à la iNeuville voir le père Baudry, bien que ça me dérange. Mais j'ai besoin de causer avec ce savant.
T'ai-je dit que d'Osmoy m'avait annoncé sa visite pour le commencement d'octobre? C'est à ce moment-là aussi que j'attends Tourgueneff. Je voudrais bien que mon Olympe fût arrêté avant leur (ou sa?) visite.
Adieu, pauvre chère fille.
CLXtV
Jeudi soir, octobre 1871.
Pauvre chère Caro,
Tu m'as bien amusé et bien attendri ce malin avec ton plan de roman ! Vexige que tu le montres à Vieux ! Comprends-tu combien cela me charme de l'avoir pour disciple. Moi qui n'ai plus d'amis littéraires.
Je tombe sur les hottes! Néanmoins j'arriverai à mes fins. Il est inutile que je t'ennuie avec le détail de mes courses, ou plutôt que je me fatigue à te les écrire. Bref, je ne désespère pas de faire jouer cet hiver Aïssé aux Français. Mais il faut de l'astuce...
J'ai dîné hier chez les Cloquet. Madame a été extracharmante et ce matin j'ai déjeuné chez le bon Feydeau
qui s'est beaucoup informé de toi et qui désire te voir. 11 va un peu mieux, car il marche avec une canne.
Comme les intrigues dramatiques avaient un moment de relâche cet après-midi, j'ai passé trois heures à la Bibliothèque impériale, d'où je suis sorti gelé. Il fait très froid et j'ai peur que notre pauvre vieille ne s'enrhume il Ouville.
Il m'est impossible de savoir quand je la rejoindrai : ce ne sera pas toujours avant mardi, car j'ai, pour ce jourlà, rendez-vous avec Perrin.
J ai vu la femme de Crepet. Elle lui ressemble en beau, c'est-à-dire qu'elle est grande avec un nez pointu ; en somme jolie et l'air aimable. Mais tout le temps de ma visite, je songeais à l'autre, à la première.
Croirais-tu que la mère Sand a eu peur de m'avoir offensé dans son feuilleton et qu'elle m'a presque envoyé des excuses. Cette naïveté-là me paraît tout à la fois très bête et très délicate ^ Continue, mon pauvre loulou, à ruminer de la littérature. Cela te rapproche de ton vieux chanoine de Séville qui te chérit.
Ton oncle bedolard.
Nuit de jeudi, 1871.
Non, mon loulou, je ne sais pas encore quand j'irai à Paris pour la lecture d'Aïssé aux acteurs. J'attends une
1. Une lettre adressée par George Sand à Gustave Flaubert, en date du 14 septembre 1871, et publiée par elle, sous le titre : Réponse à un ami, publiée dans le Temps du 3 octobre 1871. (Voir Correspondance entre George Sand et Gustave Flaubert^ p. 266 et
lettre de Duquesnel, directeur de rOdéon. Ce sera, sans doute, au milieu de la semaine prochaine?
J'ai passé ma journée de dimanche à faire des coupures, surtout dans le deuxième acte. Travail embêtant et dont je ne suis pas mécontent. A mes moments perdus je fais de petites recherches dans les livres de Concourt, pour la mise en scène.
Le brave Saint Antoine n'est pas, pour cela, négligé. J'ai fini l'Olympe ^rec et préparé le reste des Dieux; encore sept à huit pages! Aurai-je le temps de les écrire avant de gagner a la capitale » ?
Je ne me souviens pas très bien de Jacques^, car je ne l'ai certainement pas lu depuis une trentaine d'années. Mon pauvre Alfred^ l'admirait beaucoup. Je me rappelle que Jacques casse ses pipes par amour pour sa femme, une petite fille, Sylla, qui court tout en sueur sur une falaise ; une femme en peignoir rose, qui regarde une vue du Dauphiné.,. Yoilà tout. Donc je ne peux pas apprécier la critique de mon élève, de ma chère Caro, avec qui j'aime tant à causer littérature...
Les Achille avec le jeune Ernest sont venus dîner. Juliette, bien entendu, est à Ouville « avec ses ouvriers » !
Je suis de l'avis des Arabes : les riches, en Europe, ont une drôle de manière de s'amuser.
Nous nous sommes décidés à donner au bon Bataille le déjeuner promis depuis longtemps. Ce sera pour samedi prochain.
Hier, j'ai eu la visite de Caudron et celle de l'indomptable Allais. Il m'a promis un échantillon de café.
Telles sont les nouvelles.