‹ Lettres à sa nièce CarolineChapitre 70 sur 160 · Roman de George Sand · texte numérisé non relu

Roman de George Sand

2. Alfred Lepoittevin. Mon oncle dédia Saint Antoine à sa mémoire.

J'oubliais un événement extraordinaire. Tantôt, après mon déjeuner, comme j'étais seul, fai fait un tour jusque dans le potager ! ! f Le temps était splendide. Je suis resté en contemplation devant la nature, — et j'ai été pris d'un tel attendrissement pour le petit veau qui était couché près de sa mère — sur les feuilles sèches éclairées par le soleil, que je l'ai baisé au front, le susdit veau!

Tache de guérir ton rhume, pauvre Caro, et aime toujours

Ton vieux chanoine de Séville.

Croisset, nuit de mercredi, 3 heures, 2 novemhre 1871.

Je crois que je n'ai jamais travaillé comme à présent. Je ne dors plus, ou presque plus. Ton vieux chanoine de vSéville a le bourrichon démesurément monté. C'est ce qui fait que j'attends avec patience le moment de m'en aller à Paris. Les petits Dieux de Rome me donnent néanmoins un mal d'enfer. J'ai montré tant de Dieux que je suis à bout de tournures nouvelles.

Samedi nous avons eu à déjeuner le bon Bataille avec les dames Lapierre, chez lesquelles j'ai dîné lundi. Monsieur ton oncle n'a pas dé-parlé de tout le repas!

Aujourd'hui visite de la mère Heuzey et du jeune Desbois (pour le monument de Bouilhet). Voilà toutes les nouvelles, pauvre loulou. Et toi, que deviens-tu? Tu n'as pas trop l'air de t'amuser? Est-ce que les affaires d'Ernest t'inquiéteraient plus que tu ne le dis? Il me semble que tu étais moins ce morose » à Dieppe qu'à

Paris. Quel dommage, pauvre Caro, que nous ne vivions pas ensemble. Cela serait doux et bon pour l'un comme pour l'autre !

iV. B. — J'allais oublier le Positif! Prie ton époux de nous envoyer de l'argent. Je n'ai plus que 40 francs pour tenir la maison. C'est peu.

Ton Vieux.

Duquesnel ne m'ayant pas encore écrit, je ne sais rien de ce qui se passe à l'Odéon : il ne m'appellera qu'après la première de Charles-Edmond. Mais comme je ne lis aucun journal de théâtre, j'ignore si les Créanciers du bonheur durent encore?

Bref, il m'est impossible de te dire Tépoque de notre arrivée.

Croisset, lundi soir, 11 heures, 7 novembre 1871.

Ouf! je viens de finir mes Dieux! encore trois pages et j'aurai terminé la cinquième partie du bon Saint Antoine qui en aura huit en tout. C'est peut-être très beau, mais ça pourrait bien être profondément stupide? Je ne sais plus qu'en penser? Je crois que j'aurais besoin de donner un peu de repos à ma malheureuse cervelle! Les répétitions d'Aïssé la distrairont en me tapant sur les nerfs. Ce sera un changement. Nous avons eu hier à dîner les Achille qui avaient passé leur après-midi chez l'élégant Saint-André, à la chasse! Voilà un double plaisir que je comprends peu. Demain nous aurons à

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dîner et peut-être à coucher Mme Marie Schlesinger^ Voilà toutes les nouvelles, pauvre loulou. J'oubliais de te dire que j'ai reçu de Dieppe 500 francs. Quelle signature que celle de Daviron! Quel paraphe! Est-ce assez splendide !

Comme je ne reçois aucune lettre de Duquesnel, je vais lui écrire ce soir même pour savoir ce que deviennent les affaires théâtrales.

Tu ne me parles pas de la Peinture, ni de la Musique ? ni de tes lectures. Il me semble qu'il y a très longtemps que je ne t'ai vue, chère Caro, extrêmement longtemps ! Pourquoi cela?

Es-tu contente de ton Hougrois"?

Croisset, dimanche, 1 heure, 12 novembre 1871.

J'ai bien des choses à te dire, mon pauvre loulou : 1^ ta grand'mère a une femme de chambre! donc ne t'occupe pas de lui en chercher ; 2" nous serons à Paris à la lin de cette semaine, peut-être même jeudi.

J'ai reçu ce matin une lettre de Duquesnel qui me dit de venir. Les répétitions commenceront dans dix jours et la direction veut régler les décors et la mise en scène tout de suite. Comme j'étais ennuyé de n'entendre point parler de ces messieurs, j'ai expédié Philippe qui doit être à Paris maintenant. C'est à son retour, demain soir

1. Mme Schlesinger, à laquelle sont adressées plusieurs lettres publiées dans la Correspondance ; — elle lut la femme idéale rêvée par la vingtième année de mon oncle; c'est elle qui lui a inspiré le personnage de Madame Arnoux. {\oirï Kducation sentimentale.)

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